29.10.2007

29 octobre 1956 : « Opération Mousquetaire »

L’expédition de Suez ou le glas de l’ère coloniale
Par René Naba, Octobre 1986-Octobre 2007

Le 26 juillet 1956, Nasser nationalisa la compagnie du canal de Suez dans le but de financer la construction du barrage d'Assouan suite au refus des États-Unis de fournir des fonds. En représailles, les avoirs égyptiens furent gelés et l'aide alimentaire supprimée. Les principaux actionnaires du canal étaient alors britanniques et français. De plus Nasser dénonce la présence coloniale du Royaume-Uni au Moyen-Orient et soutient les nationalistes algériens en lutte. Le Royaume-Uni, la France et Israël se lancèrent dans une opération militaire, baptisée « opération mousquetaire », le 29 octobre 1956.
L'opération de Suez dura une semaine. Les Nations unies confirmèrent cependant la légitimité égyptienne et condamnèrent l'expédition franco-israélo-britannique par une résolution
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Paris, 26 oct 1986 (AFP) – L’expédition franco-britannique de Suez, il y a 30 ans, a sonné le glas de l’ère coloniale et mis fin dans cette région aux ambitions des grandes puissances qu’étaient la France et la Grande-Bretagne, véritable tuteurs du Moyen Orient pendant un demi siècle.
Pour les historiens, cette expédition de par ses retombées militaires et diplomatiques a également permis aux Etats-Unis et à l’Union soviétique de faire leur entrée sur la scène proche-orientale.
Conçue en riposte à la nationalisation du Canal de Suez par Nasser, l’expédition a été l’œuvre de trois hommes, tous trois chefs de gouvernement, mus par des considérations différentes: le socialiste français Guy Mollet qui se déclarait «hanté par le spectre de Munich et le défaitisme européen » mais qui cherchait en fait à couper la rébellion algérienne de sa principale base d’appui dans le Monde arabe, le conservateur britannique Anthony Eden, pressé par son ami le premier ministre de la Monarchie irakienne Noury Said d’en découdre avec Nasser, nouveau chef de file du nationalisme arabe militant, ainsi que l’israélien David Ben Gourion, soucieux de prévenir l’édification d’une force militaire du plus grand Etat arabe, l’Egypte.
L’opération commence le 29 octobre 1956, alors que le monde entier a les yeux braqués sur les insurgés de Budapest. L’armée israélienne franchit le désert du Sinaï et parvient sur les rives du Canal de Suez. Cette première opération fait partie d’un plan secret anglo-franco-israélien visant à reprendre le contrôle de la voie d’eau qui symbolise, aux yeux des Arabes, le colonialisme. Construit par le Français Ferdinand de Lesseps, le canal qui assure la jonction du vieux continent au sous continent indien est administré par un consortium dominé par les Britanniques.
Paris et Londres, en application de l’accord de Sèvres, lancent un «ultimatum» aux Egyptiens et aux Israéliens. Ils exigent un cessez-le-feu et «demandent» aux seuls Egyptiens de «permettre» l’occupation de Port Said, Ismailia et Suez, les points-clé du canal, par les troupes franco-britanniques.
Nasser refuse. Le 5 novembre, au lendemain du retour à Budapest des chars soviétiques, Français et Britanniques débarquent. Ils occupent Port Said et se préparent à descendre le long du canal quand Moscou et Washington ordonnent un cessez- le-feu. Celui-ci devient effectif le 7 Novembre.
Si l’opération a été une réussite sur le plan militaire, elle a constitué par ses conséquences diplomatiques un désastre tant pour les Fraçais que pour les Anglais, à l’aube de la décolonisation et de la montée en puissance du tiers-monde.
Nasser coule des bateaux dans le canal pour y entraver la navigation, obligeant les pétroliers, qui ravitaillent l’Europe à partir du Golfe, à faire le long détour du cap de Bonne espérance (Afrique du sud). C’est la première utilisation de l’arme du pétrole au lendemain de la première nationalisation réussie par un pays du Tiers monde. L’Europe connaît ses premières pénuries d’or noir. Pour faire face au coût supplémentaire du transport du brut, la France instaure la vignette auto.
Le Commonwealth, sous la conduite du bouillant ministre indien de la Défense Krishna Mennon, est au bord de l’éclatement, tiraillé entre la solidarité du premier ministre indien Nehru avec Nasser et la «haine viscérale» du premier ministre britannique à l’égard du «Raïs» égyptien, selon l’expression de Robert Rhodes James, biographe d’Eden.
Le Monde arabe, à l’exception du Liban, rompt ses relations diplomatiques avec Londres et Paris. L’onde de choc de cette affaire qui a déclenché une virulente poussée anti-occidentale, se répercutera deux ans plus tard sur l’ensemble du Moyen-orient.
L’Egypte et la Syrie fusionneront en un seul Etat, en Février 1958, et forment la «République arabe unie, la Monarchie irakienne chutera cinq mois plus tard, en juillet 1958, conduisant les parachutistes britanniques à intervenir en Jordanie pour sauver le Trône vacillant du Roi Hussein, alors que, parallèlement, les Marines américains débarquaient à Beyrouth pour soutenir le président Camille Chamoun dont le pays est ravagé par la première Guerre civile.
Trente ans après cette expédition, plusieurs questions restent sans réponse et notamment la question de savoir quel fut l’élément déterminant dans l’instauration du cessez-le-feu du 7 Novembre: les menaces soviétiques d’employer l’arme atomique ou les pressions américaines ?
Pour Robert Rhodes James, il n’y a aucun doute: c’était le refus américain d’intervenir pour soutenir la Livre sterling qui a semé une «quasi-panique» à la City de Londres.
Pour d’autres, il s’agissait de l’irritation du Président Dwight Eisenhower devant l’incartade de ses alliés qui a terni sa réélection triomphale. Pour les Arabes, la menace du Kremlin a été déterminante.
Le retrait franco-britannique de Suez a fait de Nasser le champion de la Cause arabe, et dans l’imaginaire des peuples colonisés, un héros à l’égal de Mao Zedong, Nehru et Tito. Israël, après ce coup d’épée dans l’eau, apprît à connaître sa marge d’autonomie face aux États-Unis.
Quant aux populations arabes, elles vécurent cette «agression tripartite» comme une illustration de la «collusion entre Israël et les puissances occidentales». Pendant une décennie, l’épisode de Suez va donner un élan aux guerres de libération nationale dans le Tiers-Monde.
Epilogue
Cinquante ans plus tard, en juillet 2006, Israël soutenu cette fois par les Etats-Unis, la nouvelle puissance occidentale dominante de la zone, déclenche sa guerre de destruction contre le Liban, en représailles à la capture de deux de ses soldats par le mouvement chiite libanais «Hezbollah».
Suez s’est conçue comme une «expédition punitive» à l’encontre de Nasser, le nouvel «Hitler contemporain », selon l’expression des commentateurs politiques de l’époque. La guerre du Liban, en 2006, visait à imposer des «mesures coercitives» contre le Hezbollah, selon l’expression du président français de l’époque Jacques Chirac.
Cinquante après, les réflexes coloniaux demeurent tenaces dans les pays occidentaux à l’égard de toute velléité indépendantiste des pays arabes, de surcroît avec la même constance: l’alliance d’Israël avec la principale puissance occidentale du moment et le même revers militaire dans la satisfaction des objectifs stratégiques du camp occidental.
Source :
http://renenaba.blog.fr/2007/10/28/flashback_l_expedition...

22.10.2007

Bush: la Troisième Guerre Mondiale contre l'islamo-fascisme

Par Heinz Dieterich, Rebelión, 21 octobre 2007.
Traduit par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice
Tlaxcala.

1. La menace de Bush et l'attaque-test du 6 septembre 2007

Dans une conférence de presse à la Maison Blanche (17.10), George W. Bush a menacé le monde de l'apocalypse d'une Troisième Guerre Mondiale. Pour l'empêcher, a t-il dit, il faut éviter que l'Iran développe des armes nucléaires. La menace de Bush survient à peine un mois et onze jours après l'attaque aérienne surprise de la Force Aérienne d'Israël (IAF) contre de prétendues installations nucléaires de Syrie à la frontière avec la Turquie (6.09).
Les caractéristiques de cette agression militaire, dans laquelle Israël n'a connu aucune perte propre, sont illustratives pour la future attaque de l'Iran. L'opération a été préparée avec les renseignements recueillis par le satellite d'espionnage israélien Ofek 7, dévié à cette fin de sa position d'observation de l'Iran. L'exécution a été réalisée par huit avions de combat F-151 et F-161 dotés de fusées et de bombes, dont les cibles furent précisées par des forces spéciales israéliennes en Syrie avec des rayons laser. La Maison Blanche était d'accord avec l'attaque et a fourni à l'attaché militaire aérien israélien à Washington les codes électroniques des avions usaméricains dans la zone, afin d'éviter un conflit. Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a assisté à l'agression aérienne dans le centre d'opération qui l’a conduite. L'ambassadeur russe à Damas avait averti le Président syrien un mois avant l'attaque, mais avait suggéré que la frappe viserait les Hauteurs du Golan.

2. L'Islam et le Mein Kampf d'Hitler

Pendant qu'Israël applique « son pouvoir de dissuasion récupéré » face à la Syrie, au Hezbollah et au Hamas – ce qui inclut son terrorisme d'État à Gaza et la mise en route de grandes manoeuvres offensives dans les Hauteurs du Golan - pour aplanir le sentier de la guerre contre Téhéran, la phalange impérial-sioniste usaméricaine intensifie la préparation psychologique de la population nationale pour la guerre annoncée. Le « Freedom Center » de David Horowitz, ex-membre de la « Nouvelle Gauche » des années 60, a appelé à une semaine de sit-ins et de « protestations » dans les universités nationales, « pour aider nos braves troupes qui combattent les Islamo-Fascistes à l'extérieur ». L'objet de ces protestations sera, entre autres, des centres d'étude sur la femme, parce qu'ils « se taisent sur l'oppression de la femme dans l'Islam » et la distribution de brochures comme « La Guerre de Jimmy Carter contre les Juifs » et le « Mein Kampf islamique ». Mein Kampf (Mon Combat, en français) est un pamphlet raciste et impérialiste qui fut écrit par Adolf Hitler en 1924 pour propager les objectifs et l'idéologie des nazis, et notamment son obsession pathologique sur la prétendue « conspiration juive pour dominer le monde », qui se désintéressait de la véritable essence du sionisme : s'identifier de manière élitiste comme partie du système de domination mondiale de l'Occident, contre les « barbares » de l'Eurasie.

3. Le Mein Kampf du néo-fascisme actuel

Il y a quelques mois, Norman Podhoretz, l'actuel Conseiller de Politique Extérieure de Rudolf Giuliani, le futur candidat présidentiel du Parti Républicain aux élections de 2008, a exposé la pensée des chrétiens-fascistes qui prétendent combattre les « islamo-fascistes ». Dans une colonne d'opinion du Wall Street Journal, oppourtunément publiée dans le quotidien le plus important du grand capital mondial, intitulée « Les raisons de bombarder l'Iran. J'espère et je prie que le Président Bush le fasse » (30-5), Podhorez dit la chose suivante.
«Le 11 septembre 2001 nous sommes entrés...dans une nouvelle Guerre Mondiale que j'appelle la IVe Guerre Mondiale ». De même que la Guerre Froide, elle a ses « racines idéologiques et nous met face à l'islamo-fascisme, qui est une autre mutation de la maladie totalitaire que nous avons vaincu premièrement sous la forme du nazisme et ensuite du communisme; sa dimension est globale, il se combat avec une variété d'armes...et probablement durant des décennies ».
Les campagnes militaires en Afghanistan et en Irak ne doivent pas être considérées, par conséquent, comme des guerres autonomes, mais comme des « fronts ouverts dans les premières phases d'une lutte globale prolongée. Et il en est de même pour l'Iran. L'Iran est actuellement le « centre de l'idéologie islamo-fasciste, contre laquelle nous avons lutté depuis le 11 septembre et...le principal promoteur du terrorisme qui est l'arme privilégiée de l'islamo-fascisme. L'Iran est, pareillement, aussi un théâtre d'opérations dans la IVe Guerre Mondiale ». En outre, ses intentions de construire un « arsenal nucléaire en font l' élément potentiellement le plus dangereux de tous ».
La première priorité de l'Iran consiste, selon le président Mahmoud Ahmadinejad, à « effacer Israël de la carte ». Il veut aussi, « dominer le Grand Moyen-Orient et contrôler, de cette manière, le pétrole de la région et le flux du pétrole à travers le Golfe Persique ». Néanmoins, les « ambitions d’Ahmadinejad ne se limitent pas à la dimension régionale ». Il a un « rêve plus grand qui est l'extension du pouvoir et de l'influence de l'Islam sur toute l'Europe ». Et là va son rêve le plus grand: ce que Ahmadinejad décrit comme « un monde sans Amérique ».
Ahmadinejad est comme Hitler. Hitler n'était pas « un homme d'État conventionnel..., mais une révolutionnaire qui tenta de renverser le système international et de le remplacer par un nouvel ordre dominé par l'Allemagne, ce qu'a signifié aussi la culture politique du nazisme ». Ahmadinejad, tout comme Hitler, est « un révolutionnaire dont l'objectif est de renverser le système international et de le remplacer...par un nouvel ordre dominé par l'Iran et gouverné par la culture religieuse-politique de l'islamo-fascisme ». La voie des sanctions et la diplomatie ne servent à rien : « la vraie vérité est que, pour éviter que l'Iran développe un arsenal nucléaire il n'y a pas d'autre alternative que l'usage de la force, de même qu'il n'y avait pas d'autre alternative pour arrêter Hitler en 1938 ».

4. Pétrole et démographie: les véritables motifs de l'attaque de l'Iran

Derrière ce discours propagandiste se cachent, bien sûr, les véritables raisons de la future guerre. Le point de vue d'Israël a été exprimé par l'ex vice-ministre de la Défense et membre de la Knesset, Ephraim Snehr, qui s'est référé au plus grand frein du projet expansionniste d'Israël, qui est sa faiblesse démographique. Personne ne va vouloir « vivre en Israël sous la menace nucléaire », a averti le général, et pour cela il faut détruire, si c'est nécessaire par les armes, le nouveau « Persian Empire » et ses ambitions nucléaires.
Les intérêts de l'Occident ont été exprimés par Alan Greenspan, un des complices de l'agression usaméricaine, avec une parfaite clarté dans un entretien avec Bob Woodward, dans le Washington Post du 17 septembre 2007. « Mon point de vue est que, jugeant les trente années d'histoire de Saddam, celui-ci affirmait clairement qu'il allait contrôler le Détroit d'Hormouz par lequel passent quotidiennement 17,18, 19 millions de barils ». Selon Greenspan, la baisse du flux de l'ordre de 3 à 4 millions de barils par jour pourrrait élever le prix du baril jusqu'à 120 dollars. Et toute hausse au-dessus de ce seuil entraînerait le « chaos » dans l'économie mondiale. « Dans ces circonstances il était essentiel d'en finir avec Saddam » et sa destitution réussie « a permis d'assurer que le système [de marchés pétroliers] existant continue à fonctionner franchement, jusqu'à ce que nous trouvions d'autres [sources d'énergie] ce qu'en définitive nous parviendrons à faire ».

5. Poutine: barrière réelle mais insuffisante contre l'agression

La Troisième Guerre Mondiale, ou comme le dit le maître allumé de Bush et Giuliani, la Quatrième Guerre Mondiale, sera pour le pétrole, le maintien de la soumission du Tiers Monde et la démographie d'Israël. La seule barrière réelle à l'agression de la phalange Bush-Olmert-Sarkozy-Merkel-Brown, a été la position courageuse du président russe Vladimir Poutine, non seulement quant à la dimension politique mais en ce qui concerne l'appui militaire.
Cet appui, néanmoins, n'est pas suffisant pour empêcher la guerre. Le gouvernement iranien n'aura pas d'autres voie que chercher une solution négociée. Et il doit la chercher rapidement.S'il ne comprend pas le temps qui lui reste et la corrélation de force réelle, il est très probable que sa « révolution islamique » finisse comme la « révolution socialiste » des partis Baath au Moyen-Orient: en ruines

22.08.2007

Perspectives pour l’économie mondiale

 
Perspectives pour l’économie mondiale Cet article est l’extrait d’un discours qu’Alan Woods (photo) a prononcé, le 24 juillet dernier, lors d’une réunion de la Tendance Marxiste Internationale, à Barcelone. Tout en anticipant sur la crise boursière de ces derniers jours, ce texte permet de la replacer dans le contexte général de la situation économique mondiale.

L’économie américaine est toujours la force motrice de l’économie mondiale. Elle s’est remise de l’effondrement boursier de l’an 2000. Cependant, les économistes tablent désormais sur un ralentissement de la croissance, voire une récession. Jusqu’à présent, les Etats-Unis sont parvenus à éviter la récession. Mais la croissance ralentit : 0,6% seulement au premier trimestre de 2007, soit deux fois moins que prévu.

L’instabilité générale trouve son expression sur les marchés boursiers mondiaux. La nervosité des investisseurs se manifeste par des crises boursières périodiques. Le 29 juin dernier, The Economist écrivait : « Il y a de nombreux signaux inquiétants. Le marché immobilier s’affaisse, alors qu’il fut longtemps un pilier de la croissance américaine. La crise des "subprime" ne cesse de s’aggraver. L’inflation n’est pas vraiment contenue : abstraction faite de l’alimentation et de l’énergie, les prix à la consommation ont augmenté de 2,2%, en mai, par rapport au mois de mai 2006. Si l’on ajoute au tableau la faible croissance du PIB, on comprend pourquoi les consommateurs sont nerveux. »

Les investisseurs sont préoccupés, entre autres choses, par l’augmentation des taux d’intérêt (ce qui est caractéristique du pic d’un boom). Cependant, il est impossible de prédire avec précision le rythme du cycle économique. L’économie n’est pas une science exacte, et l’économie capitaliste est un système chaotique. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’une récession, aux Etats-Unis, est absolument inévitable.

Endettement

Il est vrai qu’au cours des vingt dernières années, il n’y a pas eu de récessions sévères, mais seulement deux récessions relativement légères. L’erreur que commettent les économistes bourgeois, c’est de supposer qu’il en sera de même à l’avenir. Ils n’ont pas appris cette vérité élémentaire : en économie, le passé n’est pas un guide pour l’avenir. Ils sont tous installés dans un sentiment de sécurité. Ils s’imaginent qu’une récession mondiale est exclue. Or c’est entièrement faux. A un certain stade, un retournement est inévitable. Et lorsqu’une récession adviendra, il y a de bonnes chances qu’elle soit sévère.

L’inflation a été relativement stable, au cours des 15 dernières années. C’est dû à une combinaison de différents facteurs, à commencer par le développement du marché mondial (la mondialisation), qui a exercé une pression à la baisse sur les prix et les salaires. En conséquence, les capitalistes et les économistes bourgeois sont devenus un peu « blasés » vis-à-vis de l’inflation. Les banques centrales ont mené une politique monétaire extrêmement souple, créant des problèmes pour l’avenir sous la forme d’un endettement massif. Or il faudra bien payer la note, tôt ou tard, et elle sera très salée. Il y aura une crise de surproduction, aggravée par une contraction brutale du crédit et un effondrement des marchés immobilier et boursier.

La consommation des ménages américains a soutenu la croissance du PIB, mais au prix d’un endettement massif des particuliers (le taux d’épargne est négatif) et de l’Etat. Aujourd’hui encore, malgré le ralentissement du marché immobilier, la consommation des ménages se poursuit à un rythme élevé. A terme, c’est insoutenable.

Pour l’instant, cependant, les capitalistes et leurs économistes se comportent comme une bande de soûlards dans une grande fête : ils prennent beaucoup de bon temps et, dans leur état d’intoxication avancé, ils s’imaginent que les festivités ne cesseront jamais. Ces gens se réveilleront inévitablement avec la gueule de bois. Il y a 10 ans, Alan Greenspan, l’ex-président de la Banque Centrale américaine (la Fed), s’alarmait de l’« exubérance irrationnelle » sur les marchés boursiers – avant de l’encourager en versant un peu de sa propre exubérance irrationnelle.

Au cours de la dernière période, les capitalistes ont fait fi de toute prudence. Ils se sont comportés d’une façon irresponsable, d’un point de vue capitaliste. Par le passé, les Républicains étaient le parti du budget équilibré, du dollar fort et d’une solide responsabilité en matière fiscale. Ce n’est plus le cas. Les Républicains ont laissé le dollar tomber et les déficits se creuser à des niveaux inédits. Lorsque Bush est arrivé au pouvoir, les dépenses publiques étaient de 18,5% du PIB, contre 20,3% en 2006.

L’« extra » est parti, pour une bonne part, dans des dépenses discrétionnaires, dont une augmentation d’un tiers des dépenses militaires. A cela s’ajoutent les lourdes subventions aux agriculteurs américains et les dépenses liées à la santé publique et la sécurité sociale. Tout cela crée des déficits structurels et place le fardeau d’une dette énorme sur les épaules des générations futures. Par ailleurs, cela mine les mécanismes par lesquels la bourgeoisie sortait d’une récession, par le passé.

La place des Etats-Unis dans le monde

Les Etats-Unis sont toujours la plus puissante économie au monde. Par conséquent, une récession américaine aura de profondes répercussions à l’échelle mondiale. Certes, les Etats-Unis ont perdu du terrain par rapport à d’autres pays. Ils étaient autrefois la première puissance exportatrice, avant d’être doublés par l’Allemagne, puis récemment par la Chine (qui a exporté davantage de marchandises que les Etats-Unis, au deuxième semestre de 2006).

Le dollar perd sa position dominante sur les marchés financiers mondiaux. Il y a désormais davantage d’euros en circulation que de dollars. Sur le marché international des titres, l’euro a déclassé le dollar. Et d’après le Financial Times, la capitalisation boursière de Wall Street est désormais inférieure à celle des bourses européennes (en incluant la Russie).

D’après le magazine Fortune, la plus grande entreprise au monde, en 2006, est toujours américaine : Exxon Mobil. Mais en fait, l’entreprise saoudienne Aramco (non prise en compte par Fortune) a des revenus plus importants. L’entreprise japonaise Toyota est sur le point de fabriquer davantage de voitures que General Motors, le plus grand fabriquant automobile au monde. En 2006, la Chine a produit davantage de voitures que les Etats-Unis. Surtout, l’économie chinoise croît trois fois plus vite que celle des Etats-Unis.

Tous ces chiffres ont poussé certains analystes a prédire que l’économie américaine finirait par être détrônée par la Chine. Goldman Sachs prévoit que le PIB de la Chine dépassera celui des Etats-Unis en 2027. A parité de pouvoir d’achat, certains prévoient la même chose pour dans quatre ans à peine. Cependant, ces prédictions n’ont pas de base scientifique. On disait la même chose du Japon – juste avant que son économie n’entre dans une crise longue de vingt ans.

Bien avant d’avoir rattrapé les Etats-Unis, l’économie chinoise connaîtra une crise sérieuse – exactement comme ce fut le cas du Japon, à l’époque. La quantité massive d’investissement dans l’industrie chinoise ne peut pas être absorbée par le marché domestique (malgré son développement rapide). La Chine se dirige tout droit vers une crise classique de surproduction, qui engendrera des développements politiques et sociaux explosifs, dans ce pays.

A ce stade, la Chine est le seul pays important au monde qui se développe réellement (ce qui renforce l’immense classe ouvrière chinoise). Mais une récession, au Etats-Unis, ou même un ralentissement prolongé, précipitera une crise de l’économie chinoise, ce qui aura de très sérieuses conséquences en Asie et à l’échelle mondiale.

L’Asie peut-elle sauver le monde ?

Certains économistes bourgeois se consolent en espérant que la croissance en Europe, en Chine et au Japon contre-balancera les effets d’une crise de l’économie américaine. Mais la Chine dépend du marché américain, et le reste de l’Asie dépend de la Chine. Par conséquent, en dernière analyse, le monde entier dépend de la croissance américaine – laquelle repose sur la consommation. C’est insoutenable. Des économistes cherchent à susciter un peu d’optimisme en expliquant qu’une récession, aux Etats-Unis, serait compensée par une croissance de la demande en Asie, qui, d’après certaines estimations, a pesé pour plus de la moitié dans la croissance mondiale depuis 2001.

Cependant, ces raisonnements ne tiennent pas compte du fait que la croissance asiatique reposait largement sur les exportations aux Etats-Unis, alors que la croissance du marché domestique était à la traîne. La balance des payements de l’Asie est excédentaire de plus de 400 milliards de dollars, ce qui indique qu’elle contribue beaucoup plus à l’offre qu’à la demande mondiale. Si la demande chute, aux Etats-Unis, la croissance des exportations et de la production asiatiques ralentira brutalement, ce qui affectera sérieusement la Chine.

Il est vrai, par ailleurs, que l’économie japonaise repart. Pour la première fois depuis 1991, les grandes entreprises manufacturières japonaises annoncent des capacités de production insuffisantes, et parlent d’augmenter les investissements de 17% d’ici le mois de mars 2008. En outre, les Etats-Unis n’absorbent plus que 23% des exportations japonaises, contre 40% à la fin des années 80. Cependant, ce chiffre ne reflète pas la dépendance réelle de l’économie japonaise vis-à-vis de la demande américaine. Les entreprises japonaises exportent des composants en Chine, où ils sont transformés en produits finis et exportés aux Etats-Unis. A cela s’ajoute le fait qu’une récession américaine, en faisant chuter le dollars, frapperait d’autant plus les exportations asiatiques.

En outre, le déficit public du Japon est trop important pour que le pays soit en situation de s’endetter pour sortir d’une crise. La marge de manœuvre de Taiwan, dont la demande domestique est faible, est également limitée par un déficit budgétaire très important.

Ainsi, rien de solide ne permet d’affirmer que les économies asiatiques pourraient être « découplées » d’un retournement de conjoncture aux Etats-Unis. Et même si les exportations de la Chine vers les Etats-Unis sont tombées de 34% de ses exportations totales, en 1999, à 25% aujourd’hui (compte-tenu des ré-exportations via Hong Kong), une baisse brutale de la demande américaine aurait toujours de sérieuses conséquences pour la Chine.

Un ralentissement de la croissance américaine frappera la Chine, l’Inde et le Japon. Mais il frappera encore plus durement les plus petites économies asiatiques, telles que Singapour, Taiwan ou Hong Kong, qui dépendent encore plus de la demande extérieure. Or, toute l’Asie est interconnectée, et le krach de 1997 a montré que lorsqu’une crise commence, elle se propage dans un pays après l’autre.

La domination du marché mondial

L’idée qu’on peut compartimentaliser l’économie mondiale, de sorte qu’une récession aux Etats-Unis n’aurait pas d’effets importants sur le reste de l’économie mondiale – cette idée est absurde. Les économistes bourgeois qui défendent cette thèse contredisent d’ailleurs tout ce qu’ils écrivaient, il y a peu, au sujet de la mondialisation. En fait, l’économie mondiale est plus interconnectée que jamais. Et l’ordre économique mondial est très fragile. La chaîne de la production capitaliste peut être brisée en de nombreux points, provoquant une réaction en série où chaque facteur affecte tous les autres. Telle est la raison de l’actuelle nervosité des marchés boursiers internationaux.

La prochaine crise pourrait commencer aux Etats-Unis ou en Chine. Elle pourrait être précipitée par une crise boursière, ou encore par une augmentation soudaine du prix du pétrole, du fait de la situation au Moyen-Orient. Lorsque le seuil critique est atteint, l’ensemble du processus de déroule à l’envers. Alors, tous les facteurs qui ont contribué à la croissance se transforment en facteurs de crise. Les crédits massifs qui ont été injectés dans l’économie américaine, pour soutenir la consommation, se transformeront en un immense fardeau tirant l’économie vers le bas.

Il y a 10 ans, le 2 juillet 1997, la Banque Centrale Thaïlandaise a laissé flotter sa monnaie après avoir échoué à la protéger contre un attaque spéculative, ce qui a déclenché un effondrement économique et financier qui s’est rapidement propagé aux autres économies de la région, provoquant des contractions sévères du PIB, des faillites et des licenciements massifs. Cela a précipité la crise financière asiatique de 1997-98, qui par la suite a affecté des pays comme la Pologne, la Turquie, le Brésil et l’Argentine. Aujourd’hui, tous se félicitent d’être sortis de cette crise. Mais le même type de scénario pourrait facilement se reproduire à une échelle encore plus vaste.

Bulle spéculative

Dans toute phase de croissance capitaliste, il y a un élément de spéculation. Mais dans la phase actuelle, le niveau de la spéculation dépasse tout ce qu’on a connu. Les soi-disant « fonds d’investissement » sont engagés dans une orgie spéculative de rachats qui n’entraînent aucune activité productrice – mais des fermetures, des plans sociaux et le démantèlement de l’industrie sur l’autel du profit.

Les sommes dépensées dans les « leveraged buy-outs » (des fonds qui spéculent sur les dettes) sont énormes. Pour 32,6 milliards de dollars en cash et le transfert de 15,9 milliards en dettes, Bell Canada Entreprise, propriétaire de la plus grande compagnie de téléphone canadienne, a accepté d’être rachetée par un fonds de pension de l’Ontario et deux fonds d’investissement américains. S’il est finalisé, ce rachat ne serait pas seulement le plus important de l’histoire du Canada, mais le plus grand « leveraged buy-out » jamais connu. Et il fait pâlir l’information selon laquelle un fonds d’investissement pourrait acheter Virgin Media, en Grande-Bretagne, pour « seulement » 11 milliards de dollars.

Faiblesses de l’économie américaine

Dans sa course infernale aux profits à court terme (au dépens de la stabilité à long terme), la bourgeoisie américaine a généré le plus grand boom spéculatif de l’histoire. Certes, l’économie américaine a bénéficié des meilleurs taux de croissance du monde développé. Mais cela reflète avant tout la faiblesse de la croissance des autres pays, et notamment du Japon et de l’Europe. Jusqu’à présent, l’économie américaine a évité la récession. Mais elle ralentit. Et les prix de l’immobilier n’augmentent plus qu’au rythme le plus bas depuis 10 ans.

Les Etats-Unis ont peut-être perdu leur position dirigeante dans un certain nombre de domaines, mais ils restent les champions toutes catégories dans un domaine : l’endettement. La dette des entreprises, de l’Etat et des ménages a atteint des niveaux records. En fait, l’économie américaine défie les lois de la gravité économique. Or, comme l’expliquait Marx, le crédit est un moyen d’étendre le marché au-delà de ses limites naturelles. Mais cela ne fait que repousser le problème. Au final, cela conduira à une crise globale de surproduction. Dores et déjà, les taux d’intérêts élevés rendent le crédit trop cher.

Le boom spéculatif, dans l’immobilier, a permis de soutenir la croissance de la demande. En empruntant massivement sous couvert de capital immobilier, les ménages ont pu consommer plus qu’ils ne gagnent. Tout cela repose sur une montagne de dettes et de déficits. Or, comme nous le savons tous, les dettes doivent être payées, en fin de compte. Et désormais, l’immobilier ralentit. Les ménages ne peuvent plus utiliser leur capital immobilier, et les profits du secteur immobilier sont en baisse. Le gouvernement américain estime que le ralentissement de l’immobilier a coûté près d’un point de croissance au PIB, au premier trimestre de 2007.

Un ralentissement du marché immobilier aura nécessairement un effet sur le système de dettes et de produits dérivés qui a servi à financer la croissance. La spéculation massive ne peut durer indéfiniment. The Economist du 29 juin écrit : « L’aspect le plus effrayant des problèmes de deux "hedge funds" dirigés par Bear Stearns, tous deux très exposés au marché des subprime, ce n’est pas qu’une grande banque soit impliquée dans des investissements à gros risque ; c’est la révélation du fait que personne ne connaît bien les risques encourus. Le marché est tellement saturé d’endettements, et les instruments si compliqués, que personne ne semble comprendre ce qui se passerait si tout cela commençait à s’effondrer. » Cette perplexité et cette angoisse croissantes de la classe capitaliste sont significatives. Elle nage dans des eaux inconnues.

L’économie américaine ressemble à ce personnage de dessin animé qui court dans le vide, au bout d’un pont inachevé, et qui réalise soudain qu’il n’a rien sous les pieds – avant de plonger brusquement. Qu’est-ce qui la soutient ? Des quantités colossales de capital étranger qui affluent et financent les dettes. Si n’importe quel autre pays avait ce niveau d’endettement, le FMI exigerait des coupes et une politique d’austérité. Mais les Etats-Unis ne sont pas n’importe quel pays : ils contrôlent le FMI !

Ce capital étranger est tout ce qui soutient l’économie américaine. Le dollar poursuit sa chute. C’est une dévaluation de facto, c’est-à-dire une mesure protectionniste qui rend les exportations des autres pays relativement plus chères. Cela aura des effets en Europe et en Asie, sans pour autant régler les problèmes des Etats-Unis. Pour que la chute du dollar soit efficace, il en faut beaucoup plus. En outre, la dévaluation provoquera une augmentation des prix aux Etats-Unis et une nouvelle augmentation des taux d’intérêt, au risque d’un nouveau ralentissement ou d’une récession.

Comme on l’a vu en Asie, en 1997, le capital étranger investi aux Etats-Unis peut en repartir aussi vite qu’il est arrivé. Tous les facteurs d’une récession sévère sont réunis, et les énormes distorsions du système (dette, etc.) aggraveront les choses. Bien sûr, ces distorsions ne seront pas la cause de la crise. La cause en sera la même qu’à l’époque de Marx. Et Marx expliquait très clairement que la cause ultime de toute véritable crise capitaliste est la surproduction, comme on le verra en Chine. Mais en essayant d’éviter une crise en étendant artificiellement le marché au moyen du crédit, les capitalistes ne parviendront qu’à la retarder – et à la rendre d’autant plus sévère, lorsqu’elle éclatera.

Une croissance aux dépens des travailleurs

L’une des particularités de la croissance actuelle, c’est la relative stagnation des salaires. Partout, la part des revenus nationaux consacrée aux salaires est historiquement petite, et la part consacrée au profit historiquement grande. C’est très bien pour les capitalistes – mais pas pour les travailleurs ! Partout, le gouffre des inégalités se creuse, et la concentration du capital atteint des niveaux inédits. Cette situation finira par miner la demande.

Certains camarades parlent beaucoup de la baisse tendancielle du taux de profit. Mais n’oublions qu’il s’agit seulement d’une tendance – et non d’une loi absolue, comme par exemple la loi de la gravité. Elle ne s’applique pas dans toutes les circonstances. Dans le 3e volume du Capital, Marx expliquait que différents facteurs pouvaient contrecarrer la baisse du taux de profit pendant un certain temps. Parmi ces facteurs, il y a la participation au commerce mondial. Nous devons en tenir compte.

Au cours de la dernière période, on a assisté un développement colossal du marché mondial et de la division internationale du travail. Il va de soi que lorsque deux milliards de personnes intègrent l’économie capitaliste mondiale, comme ce fut le cas au cours des vingt dernières années, ce n’est pas sans effets. L’entrée de la Chine, de l’Inde, de l’Europe de l’Est et de la Russie sur le marché capitaliste mondial a ouvert de nouveaux marchés et de nouveaux secteurs d’investissements très profitables pour les capitalistes. Ces développements leur ont indiscutablement apporté de l’oxygène.

Cela a également eu d’importants effets collatéraux. L’émergence d’une vaste main d’œuvre très faiblement rémunérée exerce, partout, une pression à la baisse sur les salaires. Une pression brutale s’exerce contre l’augmentation des salaires et pour accroître la plus-value absolue et relative (augmentation du temps de travail et de sa productivité). Cela accroît la part des profits au détriment des salariés. Partout, l’exploitation s’est énormément aggravée. Mais il y a des limites à ce processus – et on est précisément en train de les atteindre.

Autre effet : la baisse générale du prix de certaines catégories de marchandises – là encore, un facteur qui contrecarre la baisse tendancielle du taux de profit. Elle a eu pour conséquence d’accroître les profits, mais a également bénéficié aux travailleurs (dans une moindre mesure). Le salarié moyen peut aujourd’hui s’acheter des produits de haute technologie jusqu’alors inaccessibles : gros écrans TV, lecteurs DVD, téléphones portables, automobiles, etc. Tous ces produits ont vu leur prix chuter et sont à la portée de la plupart des gens (quoique via le crédit). Cette baisse des prix exerce également une pression sur les salaires. Mais cela ne peut durer indéfiniment. Le cycle économique se poursuit ; l’inflation et les taux d’intérêts ont tendance à augmenter ; les crédits, les loyers, les impôts indirects, l’essence, etc., taillent de plus en plus les salaires, créant les conditions d’un regain de la lutte économique.

Ces dernières années, nous avons assisté à des vagues de grèves et des grèves générales en France, en Italie, en Grèce, en Belgique et au Canada. Ces derniers mois, des grèves et grèves générales ont éclaté en Islande, au Pérou, en Afrique du Sud, au Nigeria, en Egypte et en Israël. Même en Suisse, les travailleurs préparent une grève pour l’automne. C’est une anticipation des événements qui se dérouleront, à l’avenir, dans un pays après l’autre.

Est-ce que tous les facteurs évoqués ci-dessus (développement du marché mondial, stagnation des salaires et baisse de certains prix) ont eu un effet ? Oui, bien évidemment. Ils ont permis, ces vingt dernières années, d’allonger les phases de croissance et d’amortir les récessions. Mais est-ce que cela a résolu les problèmes fondamentaux du capitalisme ? La réponse est clairement : non. La classe capitaliste a préparé les éléments d’une récession sévère à l’échelle mondiale. Cependant, il est impossible de prédire précisément quand la crise interviendra. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la spéculation massive, dans tous les pays, aggravera considérablement la crise. L’actuelle bulle immobilière est la plus vaste de toute l’histoire – bien plus grande, par exemple, que la bulle spéculative qui a précédé le krach de 1929.

Tout montre que l’enthousiasme des investisseurs étrangers pour les placements aux Etats-Unis commence à refroidir. La guerre en Irak est ruineuse. Elle coûte au moins deux milliards de dollars par semaine. Le slogan de l’administration Bush est celui de Goehring : « Les fusils avant le beurre. » Ils n’ont d’autres solution que de multiplier les coupes budgétaires. Et comme le budget militaire ne peut pas être touché, ces coupes concerneront des secteurs comme les retraites et l’assurance maladie.

Tous les éléments d’une crise sociale sérieuse se développent, aux Etats-Unis. Le mécontentement de la population y est palpable. On a tendance à citer beaucoup de statistiques. Mais certaines anecdotes en disent parfois plus long. Par exemple, le dernier film de Michael Moore, Sicko, a eu énormément d’impact aux Etats-Unis. Ce film dénonce la situation scandaleuse du système de santé de la première puissance mondiale. Lorsqu’il a été projeté dans une théâtre du Texas – bastion des Républicains –, les gens en furent tellement touchés qu’ils ont décidé d’organiser des réunions sur ce thème, à l’initiative d’un afro-américain qui a insisté « pour qu’on prenne les choses en main. » La même chose se déroule dans tout le pays.

Certaines régions les plus conservatrices des Etats-Unis peuvent être les premières à se lancer dans la lutte. Comme le dit la Bible : « Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers. » Au cours de la dernière période, l’industrie américaine a été transférée, dans une large mesure, du Nord-Est vers le Sud et l’Ouest du pays. De nombreuses régions traditionnellement arriérées et réactionnaires ont été industrialisées et syndiquées. Elles peuvent très rapidement se radicaliser, car une classe ouvrière neuve et fraîche s’y développe. De manière générale, il est clair que les conditions de conflits sociaux majeurs sont réunies.

 

Alan Woods
Publication : mardi 21 août 2007

05.07.2007

Maroc - Israël : des marocaines recrutées par le mossad

Des marocaines recrutées par le MossadFaut-il se méfier des femmes marocaines ? Les soupçons pèsent surtout sur des sujets féminins de sa Majesté le Roi Mohamed VI qui travailleraient pour le Mossad, le puissant service de renseignement israélien.
Selon Maroc Hebdo, un réseau de 12 agents secrets en jupons, toutes originaires du Maroc, travaillent depuis des années pour le Mossad. A sa tête, la mystérieuse Nabila F., la quarantaine épanouie, teint doré, démarche gracieuse et élocution parfaite. Une femme pas vraiment comme les autres au Maroc.
Du genre qu’on rencontre souvent lors des soirées mondaines qui attirent les hommes d’affaires, les responsables politiques et les agents des services. La haute société qui ne fréquente pas les cafés et les fêtes populaires. C’est lors d’une soirée huppée à Casablanca que les services israéliens auraient recruté la belle et intelligente Nabila F.
Intelligente parce qu’elle a réussi à passer du statut d’une femme quelconque à celui d’un agent secret redoutable, voyageant d’un pays à un autre, maniant parfaitement les dialectes arabes, du Maghreb jusqu’au fin fond de l’Orient musulman. Diplômée en sciences politiques et en langues étrangères, Nabila a été recrutée en décembre 2001, quelques mois après les attentats anti-américains du 11 septembre de la même année. Elle a été repérée par Albert M., fiché comme un agent dormant du Mossad au Maroc.
Celui ci, la présentera quelques mois plus tard à Paris, à un certain Joseph B., recruteur pour les services secrets israéliens. Un chasseur de têtes de nouveaux espions. Pour convaincre Nabila, le Mossad n’a pas lésiné sur les moyens. Un salaire annuel de 70.000 euros, sans les primes pour opérations risquées, passeports et voyages gratuits à travers la planète, voiture, appartement personnel dans la métropole de choix, un compte bancaire en Suisse, des bijoux précieux, des vacances dorées. Plus un plan de carrière et salaire selon expérience et compétence.
La sécurité d’Israël n’a pas de prix. Le contexte mondial est bouleversé par les attentats anti-américains du 11 septembre et les nouvelles menaces que représentent le réseau Al Qaida d’Oussama Ben Laden. Recrutée, Nabila F., n’a pas tardé à devenir un espion modèle, grâce aux méthodes des services secrets israéliens. Selon Maroc Hebdo, la Marocaine a été entraînée et formée aux techniques de maniement des armes, à la résistance à la torture, au combat, à la filature. En quelques mois à Haïfa, en Palestine, Nabila F., a tout appris ou presque : cours de linguistique, informatique, espionnage. Aussitôt, Nabila est envoyée sur le front de l’espionnage.
Comme un caméléon, imitant à merveille les multiples accents orientaux, Nabila F., change de fonctions au gré des missions : journaliste marocaine, beurette bénévole dans l’humanitaire, enseignante tunisienne d’arabe classique, comédienne belge d’origine libanaise, assistante de direction libyenne. Ou encore organisatrice émiratie d’évènements artistiques. .. Des fonctions ciblées permettant de rencontrer l’élite,les dirigeants arabes. Mieux, Nabila F., donne satisfaction au Mossad qui lui confie une énième mission, celle de recruter de jeunes espionnes marocaines. Nabila F. constitue son équipe, de 12 agents féminins prêtes à tout pour servir Israël.
Ces femmes ont pour cibles des dirigeants des pays arabes, des personnalités arabes et musulmanes qui comptent dans les pays occidentaux, notamment celles qui ont des positions claires en faveur du processus de paix en Palestine. Les gens qui pourraient aider les résistants palestiniens et libanais sont ciblés. Les journalistes influents, les députés, les hauts gradés des services de sécurité, magistrats, hommes d’affaires, activistes musulmans, diplomates, experts en terrorisme.. .Tous ceux qui comptent dans les pays musulmans.
Pour les approcher, rien n’est compliqué pour les petites espionnes. Tous les chemins mènent à la source. Les intelligentes sont postées dans les ONG internationales, les plus belles et les plus agiles prennent position dans les boîtes de nuit et les cabarets, ceux fréquentés par leurs cibles. Les moins instruites sont employées comme domestiques. Utilisant leur savoir-faire d’espionnes et leurs charmes, les agents secrets en jupons s’intéressent à toutes les informations vitales pour les pays arabes et musulmans.
Leurs objectifs sont clairs : obtenir du renseignement de gré ou de force à travers le chantage sexuel. Des filles du groupe de Nabila F., sont par exemple chargées de compromettre des personnalités arabes vivant aux Etats Unis en les impliquant dans des scandales sexuels filmés. Maroc Hebdo donne l’exemple d’Asmae qui a réussi avec quatre de ses acolytes à approcher Georges Frem (mort en 2006), député et ministre de l’Industrie au sein du gouvernement Hariri (tué lors d’un attentat à la voiture piégée).
La rencontre a eu lieu dans un club de nuit huppé de Beyrouth, la capitale du Liban. Asmae a rencontré également un israélien dénommé Berel et Syrien, Marwan. Ces deux hommes lui confient un travail : trouver de belles filles pour animer des soirées dans un grand hôtel de Beyrouth, connu pour être le fief des trafiquants d’armes et le lieu préféré des agents secrets du monde entier. Une autre fille, Karima, du groupe de Nabila F., est chargée de la filature d’un citoyen arabo-américain proche de l’administration Bush à Washington.
Aux dernières nouvelles, rapporte l’hebdomadaire marocain, Nabila est aux trousses de riches businessmen américains d’origine arabe, défenseurs de la cause palestinienne. Les précieuses informations ramassées par les petites espionnes sont ensuite transmises à la division spécialisée du Mossad qui à son tour fait un rapport au Premier ministre israélien. Le pouvoir politique de l’Etat hébreu peut alors prendre les décisions qui s’imposent ! Maroc Hebdo s’interroge sur la participation de Nabila à des opérations paramilitaires et à des éliminations physiques de cibles sensibles et sur l’avenir de cette femme qui aurait pu rester anonyme toute sa vie !
Comme la CIA, le Mossad a perdu de son efficacité ces dernières années. En tout cas, les jours de Nabila F., semblent comptés. Son groupe également n’est plus à l’abri. Fichées par Interpol et les services secrets de plusieurs pays, les espionnes marocaines du Mossad n’ont plus toute leur liberté d’action. Pour les services de renseignements israéliens, le réservoir d’espionnes n’a pas tari au Maroc. Au contraire. D’autant que les agents secrets israéliens ne sont pas des indésirables au Maroc qu’ils fréquentent souvent.
Entre le Royaume de Mohamed VI et le Mossad, les relations sont aussi vieilles que l’Etat hébreu. La présence d’une forte communauté juive au Maroc y est pour beaucoup dans ce rapprochement. En 1948, année de la naissance d’Israël, cette communauté comptait déjà 270.000 âmes. Créé en 1951, le Mossad s’est intéressé depuis au Royaume et les contacts n’ont jamais cessé entre les officiels des deux pays. Maroc Hebdo cite plusieurs exemples de cette coopération secrète entre le Maroc et l’ennemi numéro un des Musulmans.
A commencer par le départ massif des Juifs marocains vers Israël, au lendemain de la création de l’Etat hébreu. « D’aucuns voient même dans le rapt de Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965 à Paris, la main invisible du Mossad », écrit le Maroc Hebdo. L’hebdomadaire affirme que les services secrets israéliens et marocains coopèrent sous l’égide de la CIA dans le cadre de la lutte antiterroriste, après les attentats du 11 septembre 2001.

13.06.2007

Un prisonnier sur quatre dans le monde est dans une prison US

 

Selon le Centre International d'Études sur les Prisons, dans le
monde il y a 9 millions de personnes condamnées pour des délits de
tous types. Mais 2.200.000 d'entre elles se trouvent incarcérées aux
USA. Cette donnée fait du voisin du Nord la nation avec la population
carcérale la plus importante du monde (5% de la population
mondiale mais 24% de la population carcérale).

Le pays qui se pose comme le paladin de la liberté est en même
temps le champion de la population carcérale. Aux USA, pour
100.000 habitants il y a 730 prisonniers. Les pays qui suivent sont la
Biélorussie et la Russie (avec 532 détenus pour 100.000 habitants).
Le nombre de prisonniers augmente dans une bonne mesure parce
que le système policier a augmenté (ce qui accroît la probabilité
d'attraper les délinquants) et parce que la législation a pratiquement
abandonné l'éthique de la réhabilitation pour préférer celle du
châtiment. Aujourd'hui les peines sont plus sévères et la probabilité
qu'elles soient réduites est moindre. Spécialement drastique est la
règle dite des trois strikes (trois coups): un délinquant qui a commis
trois délits est condamné à des peines très lourdes. Finalement, le
combat contre la drogue a conduit à l'arrestation d'un grand nombre
de personnes: 60% des détenus des prisons fédérales ont commis
des délits en relation avec les drogues.

L'inégalité raciale et économique qui caractérise la société des USA
se reflète dans la population incarcérée : 48% des prisonniers sont
Afro-Usaméricains et 18% d'origine latino-américaine. Un Afro-Usaméricain a huit
fois plus de probabilités d'être en prison qu'un blanc. La possibilité
qu'un jeune en échec scolaire se retrouve en prison est trois fois
grande qu'il y a 20 ans; 60% de la population afro-usaméricaine de
35 ans qui a déserté l'école est en prison ou a été condamnée.
Évidemment, être derrière les barreaux est un fardeau très lourd
pour les familles des détenus.

Et il y a actuellement plus de 2.200.000 enfants dont les pères
purgent des peines de prison. Dans la population des jeunes blancs,
1% a ses parents en prison, alors que chez les jeunes noirs le
pourcentage est dix fois supérieur.

Il est indéniable que le système judiciaire usaméricain est
aujourd'hui plus lié à l'idée de punir. La violence des gardiens envers
les détenus fait partie de la vie quotidienne. L'ironie est que tout
cela se trouve lié au monde des affaires privées. C'est pourquoi le
système carcéral est décrit fréquemment comme le « complexe
carcéro-industriel » (par analogie avec le complexe militaro-industriel,
NdT). Des prisonniers enchaînés travaillant dans les champs en
Arkansas aux maquiladoras (usines d'assemblage dans les zones
frontalières avec le Mexique, NdT) à l'intérieur de nombreuses
prisons, l'emploi de cette force de travail captive génère plus de
30.000 millions de dollars aux USA (c'est plus que les recettes
générées par le base-ball des grandes ligues). Des entreprises
comme Lee, Boeing, Victoria's Secret, Eddie Bauer et d'autres
utilisent cette force de travail contre des salaires de misère.

Cela génère des incitations perverses pour continuer à remplir les
prisons de main d'oeuvre bon marché: le système des prisons est
une des industries qui croit le plus rapidement aux USA et beaucoup
de jeunes pauvres et sans perspectives cherchent du travail dans
les prisons. Avant 1983 il n'existait pas de prisons privées dans ce
pays. Il y en a aujourd'hui plus de 150. Elles sont la propriété
d'entreprises de tout type, parmi lesquelles se détachent la
Corrections Corporation of America et Wackenhut. Leurs bénéfices
sont réellement surprenants. Il en ressort que la tentative d'avoir
des prisons efficaces en matière de réhabilitation a échoué et qu'on
a choisi de les convertir à la logique de la rentabilité. Excellent
négoce privé, formidable échec social.

Le terme goulag est un acronyme de la Direction Générale des
Camps de Travail (forcé) du régime soviétique. Dans son Archipel du
Goulag, Alexandre Soljenitsyne analyse la rationalité d'une forme de
domination. De même que Foucault, Soljenitsyne non seulement écrit
l'histoire d'un régime punitif, mais il fait une analyse de la rationalité
de l'oppression. Les deux auteurs seraient d'accord pour considérer
qu'aujourd'hui aux USA on vit un nouveau chapitre de la raison
punitive.

Source: La Jornada

Traduit de l'espagnol par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice,
membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique.

http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2822&lg=fr

La Riposte prend un local - Souscription !

La Riposte prend un local - Souscription !
La Riposte prend un local - Souscription !

Nous avons l’immense plaisir d’annoncer à nos lecteurs et sympathisants que, désormais, les militants de La Riposte disposent d’un local. Il est situé dans le 10e arrondissement de Paris, à quelques pas de l’ancien QG de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Mais à la différence de ce dernier, nous n’avons pas demandé les services de 200 CRS pour quadriller le quartier ! Notre local est également un brin moins spacieux que celui de l’UMP – mais, bien sûr, infiniment mieux fréquenté.

Pour La Riposte, le fait d’avoir un local est un accomplissement considérable, qui nous aidera à mieux organiser et coordonner notre travail pour défendre les idées du marxisme. Cela faisait un moment que nous ressentions la nécessité de franchir cette étape. La croissance de nos effectifs et de notre activité, au cours de la dernière période, en faisait une urgence.

Mais l’autre urgence, c’est d’en assurer le financement ! Le local nous coûtera 485 euros par mois, sans compter les charges, soit près de 6000 euros par an.

Nous en appelons donc à votre solidarité. Même les petites sommes – 5 euros, par exemple – sont les bienvenues. Envoyez vos dons à :

La Riposte BP 80378
75018 Paris Cedex 18.

Au dos du chèque, notez : « Souscription QG ».

Vous pouvez également faire un don en ligne ici : http://www.lariposte.com/-Soutenez-nous-52-.html

Enfin, vous pouvez aussi faire quelques courses sur le « Marché rouge » de notre site internet : http://www.lariposte.com/-marche-rouge-167-.html.

Nous comptons sur vous !

 

La Riposte
Publication : mardi 12 juin 2007

07.06.2007

Congrès annahj et le sacré.

المؤتمر الإستثنائي لحزب النهج الديمقراطي و مفهوم المقدس

لا شك أن السنة الحالية تعتبر سنة حاسمة في الهيكلة السياسية للنظام القائم بالمغرب و التي تأتي لحسم ما تبقي من الشروط الأساسية لانخراط الأحزاب السياسية البورجوازية في المسار السياسي المسطر لها ، و الذي سيتم تتويجه بانتخابات 07 شتنبر 2007 التي ستعطي نفسا جديدا لاستمرار السياسات التبعية للرأسمالية الإمبريالية بتركيز سياسة الخوصصة التي ضربت في الصميم كل المؤسسات الوطنية المالية و الصناعية و الفلاحية التي بنيت على كاهل الطبقة العاملة ، فكانت المرحلة التشريعية الأولى في بداية الأليفية الثالثة أسوء مرحلية سياسية عرفها المغرب المعاصر من خلال جملة القوانين التي أصدرها البرلمان و الغرفة الثانية ، هذه القوانين التي فسحت المجال أمام الرأسماليين و الملاكين العقاريين الكبار لمزيد من الإستغلال المكثف للطبقة العاملة و وضعت أمامها مزيدا من التسهيلات في مجال الإستثمار في الملك العام الذي تمت خوصصته ، و في مقابل ذلك كانت هذه المرحلة من أهم المراحل التي عاشتها الحركة الإجتماعية الإحتجاجية للجماهير الشعبية خاصة في البوادي المغربية و الصحراء الغربية ، و ذلك في ظل تزايد الهوة بين الأحزاب البورجوازية و الجماهير الشعبية التي لا ترى في هذه الكائنات السياسية إلا أدوات تضرب جميع مصالحها ، فكان لهيمنة الأحزاب السياسية على النقابات أثر كبير في تصفية الملك العام بتفويته للرأسماليين و الملاكين العقاريين الكبار و طرد الطبقة العاملة و تحويل الفلاحين الفقراء إلى عمال زراعيين ، و تزايد عدد المعطلون ذوي الشهادات نتيجة السياسة التعليمية الطبقية الذين أصبحوا جيشا إحتياطيا لتعويض الطبقة العاملة الرخيصة القابلة للإستغلال خاصة في مجال الخذمات .
في ظل هذه الشروط يأتي قانون الأحزاب الجديد الذي يقنن الممارسة السياسية التي تصبح فيها الأحزاب السياسية كائنات تتنافس من أجل تنفيذ السياسيات الطبقية للنظام القائم ، و يشكل فيها مفهوم المقدس المعيار الأساسي الذي يؤطر كل عمل حزبي يحظى بالشرعية القانونية و ما دونه يبقى خارج القانون ، فكان على كل حزب يسعى إلى الشرعية القانونية أن يعترف بقانون الأحزاب الجديد و ذلك بتفصيل قوانينه وفق الخطوط الحمراء المسطرة طبقا لمفهوم المقدس ، فكان لا بد لحزب النهج الديمقراطي أن يخطو هذه الخطوة الجريئة من أجل الإعتراف بالمقدسات التي شكلت إلى وقت قريب في أدبياته خطا أحمر لا يمكن تجاوزه ، كما تم التهليل و التطبيل لإنجاز المؤتمر الأول في يوليوز 2004 بدون قيد و لا شرط حسب ما تدعي قيادات حزب النهج الديمقراطي ، و ها هي نجاحات المؤتمر الأول تتقهقر في أقل من ثلاث سنوات بعقد المؤتمر الإستثنائي الذي يهدف إلى العمل على ملاءمة قوانين الحزب لمضمون قوانين الأحزاب الجديد وفق معيار المقدس ، و بتنظيم هذا المؤتمر يكون حزب النهج الديمقراطي قد خطى خطوة جريئة إلى الأمام في مسار التنازلات عن مباديء منظمة إلى الأمام التي ما زال يدعي أنه يمثل استمراريتها الشرعية .
إن ما وصل إليه هذا الحزب من تقهقر ليس إلا نتيجة مساره التنازلي أيديولوجيا عبر التخلي عن الخط اللينيني الذي تتبناه منظمة إلى الأمام و ذلك بمحاولة إدماج المفاهيم البورجوازية في أيديولوجية الحزب ، و سياسيا عبر محاولته إيجاد خيوط تواصل بينه و بين النظام القائم من خلال مراسلاته المشهورة إلى القصر و حكومته حول قضية الصحراء الغربية التي يريد أن يستعملها مطية من أجل التقرب من النظام القائم ، فكانت حساباته السياسية فاشلة أمام مواقف جبهة البوليزاريو التي لا ترى أي تفاوض ممكن خارج المحافل الدولية و التي رأت في عرض حزب النهج الديمقراطي تقزيما لقضية الصحراء الغربية ، مما جعل قيادات حزب النهج الديمقراطي تصاب بالإحباط أمام تجاهل النظام القائم لعرضها الذي اعتبره مدخلا لتنازلاته التي سيتم تتويجها بتنظيم المؤتمر الإستثنائي ، و كان لموقف مقاطعة الإنتخابات التي تبناها الحزب بضغط من القواعد أثر كبير في عرقلة المسار السياسي المتبع من طرف القيادة منذ المؤتمر الأول ، و ذلك من خلال محاولاته تمتين علاقاته بحلفائه في تجمع اليسار الديمقراطي من أجل الوصول إلى الوحدة بين مكوناتها و التي طالما تحن إليها القيادات الحزبية للنهج الديمقراطي ، الذي أصبح وحيدا في موقف مقاطعة الإنتخابات ليكون بذلك خارج الوحدة الفيدرالية بين حلفائه لتزداد الهوة بينهم بسبب خلافاتهم بالمنتدى و الجمعية المغربية لحقوق الإنسان ، و أصبحت كل الحسابات السياسية لقيادة حزب النهج الديمقراطي شبه خاسرة لذلك تعمل القيادة الحزبية جاهدة لإنجاح المؤتمر الإستثنائي الرجعي من أجل أن تحظى برضا النظام القائم .
إن حزب النهج الديمقراطي يعيش مرحلة حرجة لطالما عاشتها جل الأحزاب البورجوازية و التي تتجلى في توسيع الهوة بين القيادة و القواعد ، ففي الوقت الذي تهرول فيه هذه القيادة في اتجاه النظام القائم تعمل القواعد على تطوير حركتها داخل الإطارات الجماهيرية التي ترى فيها ملاذا آمنا لها لإبراز قدراتها النضالية و التنظيمية ، فكانت الحركة النقابية و الحقوقية منفذا لبلورة حركتها مع باقي مناضلي التيارات اليسارية خارج تجمع اليسار الديمقراطي ، و تعتبر تظاهرات فاتح ماي لهذه السنة محطة نضالية أبرزت فيها الطبقة العاملة و المعطلون و الشبيبة موقفها الرافض لمفهوم المقدس ، و كان رد فعل النظام القائم حاسما بالقمع و الإعتقال و الأحكام الجائرة مما وضع قيادات حزب النهج الديمقراطي في موقف حرج أمام مفهوم المقدس ، فهي لا تستطيع الجهر برفضها للمقدس في الوقت الذي أعلنت فيه استعدادها للعمل على ملاءمة قوانين الحزب مع قانون الأحزاب الذي يرتكز إلى مفهوم المقدس ، فالمحاكمات التي يتعرض لها المتابعون في تظاهرة فاتح ماي كانت على خلفية المس بالمقدس الذي تمت تزكيته من طرف كل الأحزاب البورجوازية و من ضمنها حزب النهج الديمقراطي الذي يعتزم عقد مؤتمره ، و بقيت مواقف كل الأحزاب و النقابات و الجمعيات الحقوقية تتأرجح بين الصمت المطبق و التنديد المحتشم الذي لا يعتبر الشعارات المرفوعة مسا بالمقدس مما يجعلها تعطي الشرعية لمفهوم المقدس في الممارسة السياسية .
إن النهج الديمقراطي يعيش اليوم إزدواجية مواقفه السياسية اتجاه مفهوم المقدس فهو من جهة يعترف به كمعطى يؤطره قانون الأحزاب الذي يعترف به بتنظيم مؤتمرة الإستثنائي ، و من جهة ثانية يوهم قواعده بأنه يرفض المقدس الذي يحاكم بموجبه بعض أعضائه معتبرا محاكماتهم استهدافا للحزب من طرف النظام القائم ، و بذلك تكون القيادات قد عمقت الهوة بينها و بين تطلعات القواعد التي تسعى إلى بناء حزب يساري ماركسي فعلا بالإعنراف بقانون الأحزاب .
إن ما يعيشه حزب النهج الديمقراطي ليذكرنا بما عاشه حزب الإتحاد الوطني للقوات الشعبية في الستينات من القرن الماضي و حزب الإتحاد الإشتراكي للقوات الشعبية في السبعينات من القرن الماضي ، فالهوة بين القيادات لهذين الحزبين و بين جناحهما العسكري أدت إلى محاكمات القواعد و التي بلغت حد الإعدام في الوقت الذي اختارت فيه القيادات المصالحة مع النظام القائم ، فهل ستبقى قيادات حزب النهج الديمقراطي مكتوفة الأيدي أمام حركة القواعد الحزبية و تستسلم للأمر الواقع و تعقد مؤتمرها الإستثنائي بنجاح ؟ و هل ستستسلم القواعد الحزبية للأمر الواقع و تشارك في إنجاح مؤتمرها الإستثناء و تزكي بذلك مفهوم المقدس الذي حوكم به رفاقها في فاتح ماي ؟ تلك معادلة صعبة أمام حزب تتطلع قواعده إلى النضال في صفوف الجماهير و في نفس الوقت تعمل قياداته على المصالحة مع النظام القائم.
إن قيادة النهج الديمقراطي و حتى تكون عند حسن ظن النظام القائم قامت بعدة تصريحات اتجاه الأحداث الجامعية الأخيرة و بالأخص اتجاه الطلبة الماركسيين اللينينيين ، الذين اعتبرتهم أنهم ليسوا ضمن اليسار و لا ضمن صفوف النهج الديمقراطي و أنهم يسراويون و ما إلى ذلك مما جهرت به القيادة و ما أخفته ، و تذكرنا هذه التصريحات بتصريحات القيادات الحزبية البورجوازية اتجاه إعتقالات و محاكمات المناضلين الماركسيين اللينينيين في السبعينات من القرن الماضي ، و ها هنا يعيد التاريخ نفسه في ظل شروط جديدة أصبح فيها قدماء "الماركسيين اللينينيين" في حزب النهج الديمقراطي يلومون الطلبة الماركسيين اللينينيين و يقدمونهم في طبق من ذهب للنظام القائم ، و هل ستفعل هذه القيادة نفس الشيء بالنسبة لمناصلي حزبها المعتقلين بسبب المقدس عندما يتحقق نجاح المؤتمر الإستثنائي ؟ هناك مؤشرات توحي بذلك و هي أن أحد قياديي الحزب في تصريح داخلي قال : على الذين ينتفضون على النظام القائم أن يستعدوا للسجن ما داموا يرفضون التوافق معه ، لقد وصل حزب النهج الديمقراطي منعطفا حقيقيا سيعصف به إلى منحدر تصبح فيه القيادة الحزبية بيروقراطية شكلا و مضمونا و تعيش فيه القواعد الحزبية إزدواجية بين تطلعاتها اليسارية و أفق الحزب المحدود بالمصادقة على قوانين الأحزاب .
تارودانت في : 06 يونيو 2007
امال الحسين
  

31.05.2007

Le bouclier étasunien anti-missile en Europe est un acte de guerre

NOAM CHOMSKY

L'installation d'un système de défense anti-missiles en Europe orientale est pratiquement une déclaration de guerre. Essayez d'imaginer comment réagirait l'Amérique si la Russie, la Chine, l'Iran ou n'importe quelle autres puissance étrangère osait ne serait-ce que penser installer un système de défense anti-missiles sur les frontières des Etats-Unis ou dans leur voisinage, ou si ils exécutaient ce plan. Dans de telles circonstances inimaginables, une réaction américaine violente serait non seulement quasi certaine, mais aussi compréhensible, pour des raisons claires et simples.

Il est universellement notoire que la défense anti-missiles est une arme de première attaque. Des analystes militaires américains autorisés la décrivent ainsi : « Non seulement un bouclier, mais une habilitation à l'action ». Elle « facilitera une application plus efficace de la puissance militaire des Etats-Unis à l'étranger ». « En isolant le pays des représailles, la défense anti-missiles garantira la capacité et la disponibilité des Etats-Unis à « modeler » l'environnement dans d'autres régions du monde ». « La défense anti-missiles ne sert pas à protéger l'Amérique. C'est un outil visant à la domination mondiale ».

« La défense anti-missiles sert à conserver la capacité américaine d'exercer son pouvoir à l'étranger. Elle ne concerne pas la défense : c'est une arme d'offensive et c'est pour cela que nous en avons besoin ». Toutes des citations viennent de sources libérales autorisées appartenant à la tendance dominante, qui voudraient développer le système et l'installer aux limites extrêmes de la domination mondiale des Etats-Unis.

La logique est simple et facile à comprendre : un système de défense anti-missiles fonctionnel informe les objectifs potentiels que « on vous attaquera si on veut et vous, vous ne serez pas en mesure de répondre, donc vous ne pourrez pas nous l'interdire ».

On est en train de vendre le système aux Européens comme défense contre les missiles iraniens. Même si l'Iran avait des armes nucléaires et des missiles à longue portée, les probabilités pour qu'il les utilise pour attaquer l'Europe sont inférieures à celles que l'Europe soit touchée par un astéroïde. S'il s'agissait donc vraiment de défense, la République Coréenne devrait installer un système pour se défendre des astéroïdes.

Si l'Iran donnait ne serait-ce que le plus petit signe de vouloir s'engager dans un tel acte, le pays serait pulvérisé. Le système est vraiment pointé contre l'Iran, mais comme arme de première attaque. Il fait partie des menaces étasuniennes croissantes en vue d'attaquer l'Iran, menaces qui constituent en elles-mêmes une violation grave de la Charte des Nation Unies, bien que ce sujet ne soit pas abordé.

Quand Mikhaïl Gorbatchev autorisa l'Allemagne unifiée à faire partie d'une alliance militaire hostile, il accepta que pèse une grave menace sur la sécurité de la Russie, pour des raisons trop connues pour les revoir à présent. En échange, le gouvernement des Etats-Unis s'engagea à ne pas élargir l'OTAN à l'est. Cet engagement a été violé quelques années plus tard, sans susciter beaucoup de commentaires en Occident, mais en augmentant le danger d'un affrontement militaire.

La défense dite anti-missiles augmente le risque qu'éclate une guerre. La « défense » consiste à augmenter les menaces d'agression au Moyen Orient, avec des conséquences incalculables, et le danger d'une guerre nucléaire définitive.

Il y a plus d'un demi siècle, Bertrand Russell et Alfred Einstein lancèrent un appel aux peuples du monde pour qu'ils prennent conscience du fait que nous nous trouvons face à un choix « net, terrible et inévitable ». Devons-nous mettre fin à la race humaine, ou bien l'humanité est-elle disposée à renoncer à la guerre ? ».

Accepter le dit « système de défense anti-missiles » fait place au choix de la fin de la race humaine dans un avenir pas très lointain.

08.05.2007

L’histoire par Nicolas Sarkozy : le rêve passéiste d’un futur national-libé ral

Par le CVUH, coordonné par Sylvie Aprile (Université de Tours) [1]

LES USAGES DE L’HISTOIRE

L’usage de l’histoire et surtout des grandes figures du passé dans les discours des hommes politiques n’est pas une nouveauté. Les orateurs de la Révolution française et surtout les « pères fondateurs » de la IIIe République ont fait de la citation, de la référence, et de la convocation des « Anciens » des éléments majeurs de la rhétorique politique et de l’éloquence. Notre attention est retenue surtout par l’inflation de ces références alors même que partout domine le cliché des Français ignorant l’histoire de France tandis qu’une poignée d’entre eux peut espérer participer aux nouveaux jeux télévisés animés par quelques-uns de nos doctes collègues. Cette inflation n’est pas seulement surprenante en quantité, mais aussi en qualité pourrait-on dire tant elle est l’objet d’un surinvestissement à droite et plus encore dans les discours de Nicolas Sarkozy. La thématique nationale du discours de Nicolas Sarkozy s’appuie constamment sur la légitimation par le « grand homme ». La référence historique sert ici à s’inscrire dans la continuité de l’histoire nationale tout en martelant la rupture et en captant l’histoire de la gauche. Le Panthéon de Nicolas Sarkozy est à cet égard particulièrement significatif (les décomptes sont effectués sur 6 discours discours entre celui de Tours le 10 avril et celui de Marseille le19) : Jean Jaurès revient à 37 reprises, Jules Ferry 17, de Gaulle 12 et Léon Blum à 7 reprises. Ceci n’a évidemment pas manqué d’interpeller de nombreux observateurs (voir l’interview d’Henri Guaino sur France-Inter, le 25/4/07 entre 8h20 et 9h00 et divers sites internet).
POURQUOI ?
Nicolas Sarkozy utilise l’histoire dans un double but : produire un nouveau rêve national qui brouille toutes les analyses et toutes les convictions ; détourner l’attention de son programme réel que l’on peut qualifier de national-libé ral et dont les premières victimes seront les cibles directes de ses discours de récupération.
Depuis longtemps, histoire et politique sont étroitement liées, mais la campagne électorale porte à son paroxysme l’interaction entre propagande électorale et instrumentalisation du passé. Gauche et droite rivalisent en références historiques coupées de toute historicité. Les grandes figures du socialisme, les hommes de gouvernement se retrouvent aux côtés des défenseurs d’une patrie mythique. De Jeanne d’Arc à Léon Blum, de Jaurès à Barrès, les figures se déplacent au rythme des manifestations publiques et de la course aux suffrages des candidats. Le héros national ancré dans un terroir, auquel la région serait identifiée, est invoqué afin de valoriser l’électorat visé. Le procédé est connu mais toujours renouvelé en fonction des polémiques et des enjeux du moment. Il est poussé à l’absurde dans bon nombre des discours de ce que la presse, en sa grande majorité, salue comme une excellente campagne et qui n’est qu’une suite de clichés et d’usages biaisés de l’histoire convoquée au rendez-vous de l’homme-recours avec les Français.
COMMENT ?
Le montage nationaliste sous le camouflage républicain associe plusieurs formes : c’est tout à la fois le Tour de la France par deux enfants, le manuel d’histoire de France de G. Bruno, la femme d’Alfred Fouillée et les images d’Epinal réactualisées.
Comme le petit Julien du Tour de la France par deux enfants, paru en 1877, best-seller de la Troisième république, Nicolas Sarkozy fait le tour de France et célèbre dans chaque ville les personnages héroïques qui sont censés l’avoir marquée. Quand c’est possible, Nicolas Sarkozy identifie une ville et un homme : c’est le cas avec Toulouse et Jaurès. Et il multiplie les clichés à la pelle : Rouen, le 24 avril, c’est Corneille et Jeanne d’Arc. Marseille, le 19 avril, c’est Mirabeau. A Dijon, le 23 avril, c’est « le pays de Bossuet, de Buffon et de Lamartine (…) le pays de Saint Bernard avec la croisade des chevaliers. C’est le pays de Carnot avec les soldats de l’an II ». On retrouve bien là le principe du Tour de la France par deux enfants dans lequel le petit Julien ouvre dans chaque ville le livre d’histoire qu’une dame compatissante lui a offert pour ses mérites et donne la liste des grands hommes du lieu. Mais c’est aussi le Petit Lavisse, autre best-seller de la littérature scolaire de la IIIe République, réconciliant la France des Rois et celle de la République : comme Lavisse - modèle sans doute fourni par Henri Guaino et Max Gallo -, Sarkozy intègre toute l’histoire. La république est censée avoir accompli le « vieux rêve de rois » - on se demande bien lequel… Nous sommes dans le mythe qui escamote le réel et lui sert de masque, dans l’idéologie comme aliénation. Et nous sommes dans l’Ordre sans mouvement : le manuel de Lavisse prônait les « devoirs » : « ces devoirs, c’est d’obéir aux lois votées par les représentants de la nation ; c’est de ne jamais troubler l’ordre public par des actes violents ; c’est de servir la patrie pendant la paix par son travail et par ses vertus de citoyen, et pendant la guerre, s’il faut que nous fassions la guerre, par notre courage, notre patience, notre endurance, par l’espoir et la volonté de vaincre. »(Lavisse, Histoire de France. Cours moyen, Armand Colin, 1919, p.249). Nicolas Sarkozy tente avec les recettes morales et simplistes de Lavisse, destinées à des enfants de 6 à 12 ans, de séduire les nostalgiques de l’école d’avant 1970. Ses références à l’histoire sont ainsi des images d’Epinal : comme les images d’Epinal, ce sont des clichés, et qui faussent l’histoire pour la bonne cause. Il s’agit d’émouvoir à peu de frais, avec quelques citations, tout en laissant la complexité et les conflits dans l’ombre. Comme dans les images d’Epinal, les défaites et les images problématiques sont laissées de côté.
A QUELLE FIN ? La France et ses racines
Le discours de campagne de Nicolas Sarkozy est saturé de la thématique nationale : dans les six discours de fin de campagne, de celui de Tours le 10 avril à celui de Marseille le 19, les termes “France” et “Français” reviennent respectivement 395 et 212 fois, soit une centaine d’occurrences par discours et prépare ains la thématique de l’identité nationale la fondant implicitement contre une centralité parisienne déconnectée des réalités locales, ce qui ouvre la voie à la dénonciation d’une gauche bourgeoise, urbaine, mondaine, loin du travailleur, etc... en bref, parisienne et coupée de la nation et de ses réalités sociales.


LES USAGES DU DISCOURS

Le bréviaire de la haine
Aujourd’hui, cependant, la situation devient caricaturale.
Le candidat Sarkozy ne prend même plus la précaution de justifier tel ou tel emprunt à l’histoire. Tout personnage est bon à prendre.
La radicalité des propos de Nicolas Sarkozy se fonde à la fois sur l’indigence et, paradoxalement, sur la mise en exergue de l’information historique, par nature invérifiable lors des grands shows médiatiques que sont les discours de campagne. Elle a pour fonction de porter sur le devant de la scène une autre thématique, celle de la « haine » (21 occurrences dans les 6 discours étudiés) qui initialement sert de contrepoint négatif à la « fierté d’être Français » puis, plus récemment (discours de Dijon, après le premier tour), au discours de victimisation du candidat lui-même (voir la longue déclinaison des « pourquoi tant de haine »). On ne peut, de ce point de vue, donner tort à Nicolas Sarkozy lorsqu’il évoque une campagne et une élection se jouant sur le terrain moral, sur celui des valeurs : c’est bien là qu’il les a placées et c’est sans aucun doute sa force que d’y être arrivé. Sa faiblesse étant l’impossibilité d’appuyer sur la production historique la geste nationale qu’il propose pour légitimer sa conception de l’identité nationale.
Les carences de la droite
La droite n’a-t-elle donc pas de penseur de la misère, de figure de la compassion, voire d’historien à proposer qu’il faille sans cesse les puiser à gauche ? N’est-ce pas déjà un problème que cette absence de références et de figures pour parler de « ceux dont on ne parle pas » : les travailleurs, les artisans… Les seules figures de droite sont-elles celles du combat et de la pensée libérale comme le suggèrent les références offertes à la gauche de Raymond Aron et de Charles de Gaulle ? Le nationalisme et le capitalisme sont-ils si honteux ? De prime abord, la seule logique semble être l’occasion : toute référence historique abandonnée ou en marge peut servir, à condition d’apparaître un peu brillante de façon à faire illusion le temps bref nécessaire pour être vendue à l’électeur. Il y a pourtant une logique plus profonde à l’œuvre en dépit de l’apparente incohérence qui consiste à associer dans un même élan Jaurès et l’identité nationale. Au contraire du modèle républicain centriste, chiraquien ou bayrouiste, il s’agit de récupérer les marges de la République pour les insérer dans un grand tout dont, lui, Nicolas Sarkozy serait la seule unité. C’est en quelque sorte un modèle républicain élargi à l’extrême, aux extrêmes, et dont le principe systématique est l’inversion. Il le dit clairement dans son discours de Toulouse du 11 avril : « Si je suis élu président(…), tout ce que la droite républicaine et le centre ont abandonné à la gauche et à l’extrême-droite, je m’en saisirai. Tout ce que la gauche a laissé tomber, tout ce qu’elle a renié des valeurs universelles, des valeurs de la France, je les reprendrai à mon compte » : Tout est dit de son opération de récupération, avec la mauvaise foi en plus, mais très clairement.
Que l’histoire soit objet d’interprétation, que des débats contradictoires traversent les différentes versions de l’histoire, rien que de plus naturel. Mais réécrire l’histoire en lui tordant le cou ainsi qu’on peut le lire ou l’entendre dans les discours de Nicolas Sarkozy rappelle davantage le 1984 de George Orwell que le pluralisme dont se réclame le candidat de la « droite républicaine », ce qui finalement trouve une conclusion logique dans son discours autoritaire. Pour faire accepter ce dernier, il est stratégiquement plus habile de l’appuyer sur un discours émancipateur que sur ses racines lointaines, celles de la droite autoritaire.

LES FIGURES DU DISCOURS

On en retiendra trois
L’OMISSION
Barrès, le nationaliste
L’argumentaire sarkozyste renie l’héritage historique de la droite : l’antidreyfusisme ou le pétainisme que l’on peut considérer comme ses déclinaisons « populaires » mais qui, évidemment, contredisent celle de Sarkozy. En présentant une ancienne gauche populaire – « la vraie » - et une droite bourgeoise et conservatrice, celle de la IIIe République, il oublie un peu vite les vastes courants de la droite populaire et autoritaire, la « droite révolutionnaire » pour reprendre les termes de l’historien Zeev Sternhell qui y voit une sorte de proto-fascisme. C’est oublier que la représentation des classes populaires ne fut jamais le monopole de la gauche, sinon dans son discours. Évidemment, il ne vaut mieux pas tirer de ce côté-là dans les discours du candidat de l’UMP même s’il s’agit historiquement de la ligne la plus directe pour afficher un discours sur l’« autorité » (68 occurrences dans les six discours). Parmi toutes les grandes figures historiques que Nicolas Sarkozy a mobilisées dans sa campagne, il en est au moins une qui parait justifiée, c’est celle de Maurice Barrès. Le 17 avril, dans son discours de Metz, Sarkozy évoquait l’écrivain qui « sur la colline inspirée de Sion (…) priait dans un même élan de cœur la Vierge, la Lorraine et la France et écrivait pour la jeunesse française le roman de l’énergie nationale ». Barrès a effectivement joué un rôle majeur dans l’élaboration du discours sur « l’identité nationale », au moment de l’Affaire Dreyfus. Mais Barrès a eu au moins eu le mérite d’appeler un chat un chat. À la différence du candidat de l’UMP, qui crie à la « diabolisation » quand on critique les relents nationalistes de ses discours, Barrès se présentait explicitement comme le porte-parole du camp nationaliste.
À la lumière des travaux que Zeev Sternhell a consacrés à la pensée politique de Maurice Barrès, on peut dégager les points communs entre le nationalisme barrésien et le nationalisme sarkozyste. On en retiendra trois ici :
1. L’identité nationale est exaltée au détriment des « étrangers ». Elaboré à une époque où la question de l’immigration commence à être présentée par la droite comme le principal « problème » de la vie politique française, le discours de Barrès sur « l’identité nationale » prend d’emblée les immigrants pour cible. En 1893, il se fait élire député à Nancy, avec un programme intitulé : « Contre les étrangers ! ». La principale mesure qu’il propose est d’interdire aux immigrants de venir travailler en France. Il faut préciser que le nationalisme barrésien intègre une composante antisémite qu’on ne trouve pas dans les discours de Nicolas Sarkozy. Néanmoins, se réclamer de Barrès aujourd’hui, c’est réhabiliter sur la scène politique l’un des écrivains français qui a le plus contribué à populariser l’antisémitisme, en reprenant à son compte les thèses développées peu de temps auparavant par Edouard Drumont dans La France Juive. Chef de file du camp antidreyfusard, Maurice Barrès n’a pas ménagé ses efforts pour légitimer la condamnation du capitaine Dreyfus, allant jusqu’à affirmer : « que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race ».
2. L’anti-intellectuali sme. Nicolas Sarkozy n’a cessé de dénoncer ceux qui critiquent sa propagande identitaire en parlant de « petite intelligentsia » coupée du peuple. Là encore, la filiation avec Barrès est évidente. Ce dernier a joué un rôle majeur dans l’élaboration de l’anti-intellectuali sme populiste conservateur. Prétendant exprimer « l’instinct des humbles », Barrès s’attaque aux intellectuels qui ont pris la défense du capitaine Dreyfus, en les appelant les « anarchistes de l’estrade ».
3. L’anti-repentance. La critique de la « petite intelligentsia » est associée dans le discours sarkozyste à la dénonciation de la « repentance ». Tout examen critique du passé national est assimilé à un dénigrement de la nation, visant à cultiver la « honte d’être Français ». Force est de constater, une fois de plus, que Maurice Barrès disait exactement la même chose quand il s’attaquait aux dreyfusards. Dénonçant ceux qui voulaient « diviser la France » au lieu de la rassembler, Barrès se réclamait à la fois de Jeanne d’Arc, de 1789 et de la Commune de Paris. Ayant redécouvert ses racines catholiques, il fait de la religion chrétienne (par opposition au judaïsme) le fondement de l’identité de la France depuis ses origines. Sa critique des « droits de l’homme » s’inscrit dans le droit fil des propos antisémites de Drumont. Dans la France Juive, celui-ci s’en était pris violemment aux républicains qui défendaient les juifs victimes des pogroms en Russie, en ironisant sur ceux qui « se mettent à bêler au nom de la civilisation, au lieu de prendre parti pour les braves gens qui ont essayé de se défendre ». Drumont dénonçait dans le même livre, « le sympathisme vague qui consiste à aimer tout le monde et, par une sorte de haine envieuse, qui nous pousse à nous détester entre nous ».
Napoléon III et Pétain ?
Toute l’histoire de France n’est pas récupérable. Bonaparte, Pétain, ne sont pas récupérables. Les seuls noms que l’on ne trouve pas dans le site Sarkozy/UMP, ce sont Napoléon ou Bonaparte, et Pétain. Ils sont le non-dit de l’ensemble. Sarkozy se rêve bien en nouveau Bonaparte, mais cela n’est pas dicible. Tout son discours sur la République ne sert qu’à dissimuler la véritable nature de son rapport à la nation : c’est un bonapartisme dans lequel le libéralisme du marché mondial et de la libre concurrence a remplacé l’armée, parce que nécessité fait loi. La nation du premier Bonaparte sert à cacher le libéralisme du second. Mais, pour cela, il faut transformer l’Etat pour le convertir à ce nouveau nationalisme qui fait du marché le cœur de son moteur idéologique : Sarkozy, comme Berlusconi, mais aussi comme Poutine ou comme les dirigeants chinois et japonais Hu Jin Tao et Shinzo Abe, comme Georges Bush, comme Tony Blair, veut faire de la conquête économique le cœur de son action dont la nation est le mythe fédérateur. Mais il est gêné dans son entreprise par le cas français et par ses propres origines : il ne peut frayer directement avec l’extrême-droite qui est raciste. Son nationalisme de revanche est un nationalisme multiculturaliste, comme celui de Georges Bush. Ce sont pourtant, derrière l’avalanche de références républicaines et de gauche, dans les références jamais nommées du bonapartisme et du pétainisme combinées pour l’occasion avec le gaullisme en ce qu’il est un nationalisme à sa façon, que se loge la vérité du rapport de Nicolas Sarkozy à l’histoire. Ses valeurs sont des valeurs pétainistes et bonapartistes : mythe du sauveur, de l’homme fort, du vainqueur ; idéologie de la famille, du travail et de la patrie : traduisons : du nationalisme , du travail ordonné discipliné, de la famille sous l’autorité du père.
LA DENEGATION : le Grand capital
Interrogé par Le Monde (10 avril 2007) à propos des discours de Nicolas Sarkozy sur l’histoire en particulier, sa « plume », Henri Guaino, pour justifier les emprunts au panthéon de la gauche, affirma, « Nous avons le droit de choisir nos filiations. Je ne me sens pas dans le camp du Comité des forges », traduction politique : le candidat Sarkozy n’est pas l’homme du grand patronat. Or, le Comité des forges, organe dominant du patronat (au départ un rassemblement des sidérurgistes) à la fin du XIXe siècle et dans l’entre-deux- guerres, symbolise un patronat de combat ancré sur les industries de la seconde révolution industrielle, un patronat de grandes familles, un patronat du paternalisme et de la toute puissance. Ce détour par l’histoire est donc clair. Il permet de faire des appels du pied aux électeurs de gauche avec mise à distance du patronat historique qui doit masquer les liens du candidat Sarkozy avec le MEDEF. Des liens tellement réels pourtant et c’est pour ne pas les étaler avec trop d’indécence que son frère Guillaume Sarkozy vice-président du MEDEF a dû renoncer à la présidence. Inutile de rappeler ici les liens étroits entre l’UMP sarkozyste, Bouygues, Lagardère, Dassault, pour ne citer que ceux qui sont publiquement et régulièrement rappelés dans cette campagne. Dans ce contexte, la mise à distance du « comité des forges » sert à souligner la distance avec le patronat, mais celui d’autrefois, un patronat déjà décrié dans l’entre-deux- guerres pour son archaïsme, pour mieux insister – implicitement - sur la modernité de celui qui peut entourer le candidat. Et pourtant on pourrait tout autant souligner les filiations entre le Comité des forges et le MEDEF, ne serait-ce que parce le descendant du président du Comité des forges dans l’entre-deux- guerres, François de Wendel, n’est autre qu’Ernest-Antoine Sellières... Jamais le Comité des Forges n’aurait osé rêver, quoi qu’en ait dit Henri Guaino, d’un candidat si lié publiquement avec autant de grands patrons. Pour cela aussi, les références réitérées à Jaurès et Blum, qui, dans des contextes différents, se sont durement heurtés au patronat sont des impostures : il faut rappeler à quel point le patronat s’est opposé frontalement au Front populaire, dans un contexte de grande tension, qu’il n’a fait des concessions qu’en raison d’un rapport de force défavorable et comment la mise en place des conventions collectives fut une véritable lutte pied à pied, même après les accords Matignon de juin 1936. Les 35 heures non, le Front populaire oui, on peut ainsi résumer rapidement le discours de Sarkozy, qui se débarrasse de fait de la pensée de la droite de l’entre deux-guerres qu’il stigmatise lui-même.
LA SELECTION
Le panthéon de la Gauche
C’est évidemment la revendication des figures de Jaurès, Blum ou Ferry qui demeurent les plus frappantes, les références à Jules Ferry étant essentiellement liées à la thématique scolaire : remarquons ici que le discours de Nicolas Sarkozy néglige quelques précisions historiques importantes et d’abord que les lois sur l’obligation, la gratuité et la laïcité de 1881-1882 ont été l’objet d’une violente bataille entre républicains et catholiques, structurant un moment fort dans l’histoire de l’anticléricalisme de la IIIe République. La conflictualité de séparation de l’Eglise et de l’Ecole explique aussi largement la lettre circulaire envoyée aux instituteurs en novembre 1883, citée longuement dans plusieurs discours. Rappelons simplement le contexte : il s’agit de la seconde rentrée scolaire après le vote des lois Ferry et la lettre circulaire aux instituteurs est une évidente volonté d’apaisement politique. Dans le discours de Nicolas Sarkozy, ce n’est évidemment pas le combat républicain de la laïcité qui ressort mais l’insistance sur le fait de ne pas froisser l’autorité du père de famille, ce qui fut justement l’un des principaux arguments employés par les catholiques hostiles à la loi. Insistance aussi sur l’éducation morale, mais en oubliant de préciser qu’elle avait pour fonction de se substituer à la morale religieuse. Enfin, les citations de la lettre laissent de côté ce qui, en dehors de la question scolaire elle-même, est le fondement de la laïcité française, c’est-à-dire la séparation de la sphère publique, celle de l’action politique, et de la sphère privée, celle de la conscience et de la croyance (et pour cause, lorsque l’on connaît le programme UMP sur la carte scolaire, sur l’école privée, c’est-à-dire confessionnelle) .
Surtout Jaurès
Concernant Blum et Jaurès, l’argumentaire de Nicolas Sarkozy n’est pas non plus sans intérêt. Il s’agit bien, comme l’a écrit Gérard Noiriel d’une « captation d’héritage » dont l’objectif est clair, mais une captation qui n’est rendue possible qu’au prix d’erreurs et de contresens historiques grossiers. L’insistance mise sur les propos de Jaurès a soulevé beaucoup de réactions tant elle peut paraître à première vue surprenante. Rappelons d’abord quelques faits élémentaires : Jaurès a été assassiné le 31 juillet 1914 alors qu’il s’opposait au vaste mouvement nationaliste qui, sinon dans les campagnes, au moins dans les grandes villes déferlait alors, encadré en grande partie par la droite nationaliste, revenue dans le jeu politique à la faveur de l’agitation ouvrière du syndicalisme révolutionnaire depuis 1906 au moins. Comme l’écrit Michel Vovelle “pas plus que la guerre, cet assassinat n’est une surprise : il a été préparé par toute une campagne d’incitations. » (L’Humanité, 24/4/2004). Rappelons aussi que l’assassin de Jaurès, Raoul Villain, a été acquitté le 29 Mars 1919, au motif qu’il avait rendu service à sa patrie : « Si l’adversaire de la guerre Jaurès s’était imposé, la France n’aurait pas pu gagner la guerre ». Il n’est sans doute pas inutile non plus de rappeler que, dans cette fièvre nationaliste de 1919, la veuve de Jaurès fut obligée de payer les frais du procès. En fait, le patriotisme jaurésien, dont se réclame le discours de Nicolas Sarkozy, est beaucoup moins caractéristique que son internationalisme révolutionnaire, auquel il a voulu croire jusqu’à sa mort, même s’il se rattache à la longue tradition du patriotisme révolutionnaire né en 1792. Rappelons aussi que Jaurès, intellectuel, normalien, était un excellent connaisseur de la philosophie allemande (à laquelle il a consacré sa thèse secondaire, Des premiers linéaments du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte et Hegel dont le dernier chapitre compare Hegel, et Marx et Ferdinand Lassalle) et lisait Karl Marx dans le texte. Sans doute son appropriation du marxisme allait bien au delà de la nécessaire vulgarisation à usage politique, mais il est quand même assez scandaleux de lire chez Nicolas Sarkozy que « Jaurès récusait la lutte des classes et le marxisme » ; rappelons aussi que Jaurès élu député gambettiste de 1885 à 1889 revient à la Chambre en 1893 comme député des mineurs de Carmaux, après la grande grève de 1892, en découvrant justement la lutte des classes… Son évolution vers le socialisme est liée à la réalité des conflits sociaux de son temps. Pourquoi alors vouloir à tout prix annexer Jaurès en le « débitant en rondelles » comme s’il s’agissait d’ « un saucisson idéologique » ? Lorsque les gens de gauche et les historiens évoquent Jaurès, ils l’évoquent en bloc en l’historisant c’est-à-dire en replaçant sa pensée dans son temps. Il ne nous viendrait jamais à l’idée de dénaturer ses propos sur l’armée, la nation même s’ils ne reflètent pas ce que nous pensons aujourd’hui. L’idée même que Jaurès soit un homme de son temps avec les préoccupations de son temps paraît tenir de l’évidence elle est pourtant niée à droite au nom d’un amalgame idéologique. Si Jaurès parle de Dieu est-ce vraiment pour que Nicolas Sarkozy puisse s’exclamer que la laïcité est complexe... ?
Mais se placer au-delà du modèle républicain, sur ses marges, c’est s’adresser aux ouvriers délaissés par le parti socialiste qui a cherché à fidéliser un électorat de classe moyenne pour se démarquer de l’électorat ouvrier alors majoritairement capté par le PCF. Jaurès et le Front populaire font alors office de contre-modèle et de cœur du modèle tout en même temps, comme en témoigne le discours de Toulouse du 11 mai. Mais Jaurès, celui du célèbre discours du 23 novembre 1893, c’est celui qui, parti du radicalisme, s’en est éloigné pour se faire socialiste et député ouvrier, critiquant les républicains qui avaient oublié les ouvriers. Jaurès est encore celui qui parlait en « patois » aux ouvriers de Carmaux Mais Jaurès, c’est aussi celui dont la thèse De la réalité du monde sensible se voulait spiritualiste ; c’est celui qui a facilité une formule de compromis pour l’adoption de la loi sur la laïcité : un Jaurès qui facilite ainsi l’affirmation d’une « laïcité ouverte », qui permet à Nicolas Sarkozy de créer le Conseil Français du Culte Musulman et de l’instrumentaliser pour sa propagande personnelle. A l’inverse, Jaurès, c’est aussi le dreyfusard, l’incarnation de celui qui sait s’adresser à une victime d’un procès parce que juif. L’on voit bien l’implicite : Sarkozy serait à la fois Jaurès s’adressant aux victimes des injustices et Dreyfus victime d’un procès inique.
Dans tout cela qu’est devenu le Jaurès anti-capitaliste, le Jaurès de la grève générale, le Jaurès pacifiste et internationaliste ?


RECONSTRUIRE UN PASSE

LA REPENTANCE
Il est clair que cette insistance sur la thématique nationale produit aussi un discours à forte teneur historique : la question de la repentance est de ce point de vue clairement identifiée dans le discours, comme une justification de la loi du 23 février, dont l’article 4 a sans doute été annulé dans les faits, mais non dans les esprits. Le terme de “repentance” est employé en 15 occasions en six discours, ce qui ne saurait surprendre, mais pose néanmoins quelques questions sur l’argumentation employée : précisons d’abord que la “repentance” n’appartient pas au domaine ni au langage de l’historien mais est le produit de l’usage public de l’histoire qui est fait par les politiques. Quel historien un tant soit peu sérieux pourrait prétendre – et qui a prétendu ? – que « tous » les Français dans les colonies étaient des monstres et des exploiteurs, ou que « tous » les Français étaient pétainistes ou encore que « tous » les Français furent antidreyfusards ? L’indignation du candidat politique se fonde ici sur une aberration historiographique particulièrement dangereuse puisqu’elle laisse penser que certains auraient pu le dire. Ce qui n’empêche, au demeurant, que dans l’Algérie de 1954, le taux de mortalité infantile de la population « musulmane » se montait à 181‰ contre 46‰ pour la population « européenne », que le salaire journalier moyen dans l’agriculture avoisine respectivement les 380 et 1000 francs de l’époque et que le taux de scolarisation dans le primaire était de 20% pour la population « musulmane » contre 100% pour la population « européenne » ; de la même manière qu’en 1940, une majorité de Français étaient pétainistes et qu’à l’automne 1897 ou durant l’année 1898, c’est une poignée d’intellectuels qui s’élève contre un mensonge d’Etats, soutenu par une population majoritairement antidreyfusarde, du moins si l’on se fie aux analyses de la presse en 1898-1899.
MAI 68 : le repoussoir
Cette réécriture de l’histoire a évidemment un objectif assez grossier qui est d’en déposséder la gauche actuelle, celle qui, paradoxalement, après 1984, a pris un virage social-libéral et qui, sans doute à ce moment-là s’est éloignée d’un électorat populaire. Mais ce n’est pas là que Nicolas Sarkozy marque le tournant de la gauche. Pour lui, clairement, c’est Mai 68. Là se situe un tournant conduisant, selon lui, à la négation des valeurs, du travail, de l’autorité, etc. L’insistance mise sur Mai 68 pour caractériser la gauche actuelle relève, là encore de l’escroquerie intellectuelle : est-il nécessaire d’insister ici sur la complexité de l’événement dans ses différentes phases étudiante, sociale, politique ; d’insister sur l’aspect problématique de ses inspirations marxistes : est-il nécessaire de rappeler la concurrence féroce faites par les nébuleuses gauchistes d’alors au PCF et la CGT ? Jamais sans doute le fossé n’a semblé plus grand entre « communistes orthodoxes » et gauchistes (trotskistes, libertaires, maos, etc.) : il est impossible d’en faire le substrat idéologique de l’actuel Parti Socialiste.
C’est surtout « L’esprit de 1968 », dont la saisie historique échappe à l’homme de pouvoir, qui ne cesserait de déstabiliser l’ordre existant. Quoi qu’on pense des événements de mai, dont l’écriture est encore en débat, le sens donné aujourd’hui par les hommes d’ordre comme Sarkozy ne porte pas sur l’interprétation des événements mais sur son « esprit ». Qu’est-ce à dire ? S’agit-il de l’esprit révolutionnaire ? Du besoin des « gens » de s’occuper des intérêts collectifs ? De la volonté des citoyens de prendre en charge leur part de souverain ? Ou, tout simplement, de la nécessité de renouer avec la démocratie en s’occupant du bien commun ? L’esprit critique, en effet, a sans aucun doute permis de croire que la victoire des idées, des partis, des forces en présence, n’était pas irréversible et que le parti vainqueur pouvait être le vaincu de demain. Mais en rappelant le souvenir de de Maistre et de Bonald qui, en leur temps, ont jugé contre-nature la révolution de 1789 dont le déroulement avait dévié le cours normal de l’histoire, Nicolas Sarkozy signifie, de manière non équivoque, que ce qui est, est ce qui devait être. Comme si la pratique politique, échappant aux conflits, n’avait de sens que dans le respect de l’ordre « naturel » des choses et des hommes. Des inégalités aux intelligences, la « nature » déterminerait l’organisation sociale. Là est le danger le plus grave pour notre démocratie.
Et si les hommes sont ce qu’ils doivent être en fonction de leur patrimoine génétique, alors effectivement l’esprit de 1968 est dangereux, car il a permis, entre autres, de penser que l’inégalité entre hommes et femmes n’était ni dans la nature humaine, ni dans celle des sociétés.
LES LUTTES SOCIALES OUBLIEES : le Front populaire
Dans sa tentative de réécrire l’histoire, Nicolas Sarkozy va jusqu’à annexer le Front populaire. Mais s’il annexe les congés payés qu’il réduit à une imagerie, il écarte la semaine de 40 heures – tout rapprochement avec les 35 heures serait gênant. Surtout, il omet de préciser que les acquis sociaux du Front Populaire ne sont que le fruit de la pression du vaste mouvement de grève du printemps 1936, lorsque Marceau Pivert s’écriait « Tout est possible ! » (une expression que reprend Nicolas Sarkozy dans son discours). Précisons aussi que les acquis sociaux de 1936 furent, dès 1937, contestés et progressivement repris par la Confédération Générale du Patronat Français, ancêtre du MEDEF, dans ce que l’historien allemand Ingo Kolboom a appelé la « revanche des patrons ». L’histoire de la gauche française comme la réécrit Nicolas Sarkozy est aseptisée, sans conflit, à tel point que comme historien on serait tenté de lui demander quand la gauche est devenue marxiste. Ce n’est pas faire acte de « repentance » que d’essayer de comprendre l’importance des conflits sociaux, mais évidemment, c’est difficilement conciliable avec la défense du capitalisme que revendique aussi explicitement Nicolas Sarkozy. Il y a assurément loin de la « synthèse » de Jaurès entre la « République », c’est-à-dire la démocratie politique, et le social, à celle de Nicolas Sarkozy entre le national et le socialisme.
Comment ne pas rire au final à cette assertion : « Cette gauche-là elle n’est pas l’héritière des luttes sociales, elle n’a rien à voir avec Jaurès ou avec Blum, elle n’a rien à voir avec les canuts lyonnais ou avec les communards qui se sont fait massacrer par Thiers » (discours de Tours le 10 avril ) ?

CONSTRUIRE UN AVENIR

LE RÊVE
Le rêve américain
Faisons un sort au rêve, seule référence qui ne soit pas totalement hexagonale. Car en effet, il « fait un rêve » Nicolas Sarkozy, et ses pensées oniriques se nourrissent d’un détour transatlantique, en appelant à se souvenir des mots de Martin Luther King : « Je rêve qu’un jour sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité » (discours de Nicolas Sarkozy à Marseille, 19 avril 2007). Qu’un leader noir-américain de la lutte pour le Mouvement des droits civiques rejoigne son panthéon des grands hommes est assurément lourd de sens, car sous ce glorieux patronage Nicolas Sarkozy n’en finit plus de rêver sa France nouvelle débarrassée de tous ses maux (dans ce seul discours de Marseille, il rêve en effet 46 fois…). À l’été 1963, la marche de Washington avait rassemblé près de 250 000 personnes qui protestaient contre l’incapacité du gouvernement américain à résoudre la question raciale. King y avait prononcé son plus beau discours, endossant son rôle de pasteur, et mobilisant ses talents de preacher. Et c’est bien cette posture-là que lui confisque aujourd’hui Nicolas Sarkozy. La rhétorique de la litanie, policée par ses professionnels de la communication, use et abuse des formules répétitives qui scandent chacun de ses discours comme pour marteler des vérités quasi-transcendanta les. Sarkozy y devient le grand rassembleur de foule, dont la mission confine à celle de guide spirituel. La méthode procède d’une double imposture. La première n’est pas anecdotique : on oublie trop souvent que le discours de King, dans la tradition afro-américaine du sermon, était en majeure partie improvisé, contrairement à l’usage statique et réifiant qu’en fait l’orateur Sarkozy, et qui clôt le discours sur ses leitmotiv, lui conférant une dimension plus propagandiste que mystique. La seconde tient à l’usage de la mémoire de Martin Luther King, instrumentalisé comme la figure historique consensuelle d’une Amérique qui combat pour ses droits et ses libertés. C’est faire injure au courage politique qui a dicté la marche de Washington dans une Amérique en proie aux crimes racistes, et oublier que King, pour l’occasion, avait bravé les menaces du directeur du FBI sur la liste noire duquel il figurait en bonne position comme l’explique Nicole Bacharan (Histoire des noirs-américains au XXè siècle, éditions Complexe, pp.154-162). Mais c’est aussi un moyen, pour Nicolas Sarkozy, d’activer l’image du dissident politique, persécuté, aux combats duquel l’avenir donnera raison et légitimité. S’autoproclamer héritier de King permet donc à Nicolas Sarkozy d’apparaître comme le libérateur inspiré des opprimés, et d’adresser au passage un clin d’œil au « rêve » américain qui anime ses desseins politiques
Le « rêve français »
Le mot dit tout : à l’opposé du « modèle », trop normé, le mot produit ce qu’il désigne : la mythologie politique. Ce rêve permet, là encore, de suggérer que, comme lui, comme Jaurès, il est menacé. Mais c’est aussi un autre « rêve », français, comme il dit Nicolas Sarkozy, pour lequel le premier sert de cache ou de leurre, comme chacune des références de Sarkozy : un rêve de revanche « nationaliste », après les années 60-70 de domination des forces sociales d’opposition et de domination intellectuelle de la gauche, après les décennies de crise sociale.
La matrice du « rêve » est aussi probablement le tableau du même nom du peintre peintre d’histoire militaire Edouard Detaille. Sur la toile, des soldats français qui dorment, pendant le désastre de 70, et rêvent des armées napoléoniennes victorieuses. Ce tableau, exposé aujourd’hui au musée d’Orsay datant de 1888 a été perçu comme boulangiste : parce qu’il suggère la « Revanche », en récupérant et en fondant dans un même ensemble les couleurs du drapeau tricolore et le blanc des monarchistes. Sarkozy rêve de revanche. Mais à l’impossible revanche militaire, étant donnée la puissance française actuellei (elle aurait pu cependant consister à faire le choix de la participation à la guerre en Irak aux côtés des américains), Nicolas Sarkozy offre l’alternative de la revanche économique sur les 30 « piteuses ». Nous sommes dans la mondialisation : il ne saurait être question de la croissance dans le cadre de l’Etat-Providence dont les « excès » sont vivement dénoncés. S’il faut jouer la victoire économique, il faut la jouer dans la pleine concurrence : il faut le libéralisme concurrentiel associé structurellement à une société d’ordre et de police. Mais il faut aussi rassurer : le discours historique de Nicolas Sarkozy avec son cortège hétéroclite et incompatible de références républicaines, de Robespierre à Georges Mandel, sert à fournir cette colle idéologique rassurante.
FRANCHIR LE RUBICON
Michelet est présent à trois reprises dans les discours de Nicolas Sarkozy, dans les discours de Caen et de Lyon et Toulouse. Il est aisé d’en récupérer de belles phrases : « Qu’est-ce que la France, sinon des provinces qui, selon la belle formule de Michelet, « se sont comprises et se sont aimées » ? Des provinces dans lesquelles chacun a des racines qui restent vivaces même pour celui qui s’en est éloigné. Même chose à Lyon : « Dans cette ville dont le grand Michelet disait qu’elle unissait les peuples comme les fleuves ». Sa place dans celui de Toulouse est plus intéressante, l’historien républicain a une situation curieuse en sandwich entre Raymond Aron et De Gaulle dans un vaste exercice de don/contre-don absurde : « Que voulez-vous, vous avez écouté ses discours ? Elle ( on hésite sur ce féminin : la gauche ou Ségolène royal citée une ligne plus haut) ignore Camus, alors je le reprends à mon compte. Elle a oublié Blum, alors j’en parle. Elle ne connaît pas Jaurès, alors je le cite. Il est tellement plaisant d’aider les autres !Et je leur dis, si elle veut citer Raymond Aron, Michelet ou le Général de Gaulle, il n’y a aucun problème, j’adore les convertis de la dernière heure ». On retiendra la conversion, toujours marquée par cette fascination pour ceux qui franchissent le Rubicon. On saisit surtout mal ce que fait l’homme engagé qu’est Michelet, celui qui dit non à la Monarchie de Juillet chantre du libéralisme, au coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte. Car comme pour Jaurès, comme pour Blum , si la gauche peut s’en réclamer, c’est que ceux-ci se sont eux-mêmes pensés comme des constructeurs de cette gauche. Pourquoi la gauche irait-elle chercher des penseurs du libéralisme qu’elle récuse, de l’Etat autoritaire qu’elle condamne, pour étayer ses propos ?


CONCLUSION : une histoire détournée et inversée au profit d’une ascension sociale et politique.
L’apparente confusion des références historiques de Nicolas Sarkozy, leur accumulation, leur caractère hétéroclite et paradoxal, pour celui qui se réclame de la droite décomplexée, ont plusieurs fonctions. Elles servent d’abord à faire oublier ses alliances sociales et médiatiques : le MEDEF et les grands patrons des médias. Pour parvenir au pouvoir, Nicolas Sarkozy est resté l’homme de l’ « entre soi de la grande bourgeoisie ». Elles ont ensuite un but idéologique précis : dissimuler par une agitation constante, la vérité de son programme économique et moral, ce néo-bonapartisme libéral qui le range du côté des dirigeants les plus inquiétants et les plus aventureux de la planète.
Les procédés multiples par lesquels Nicolas Sarkozy réécrit l’histoire à sa façon sont lourds de conséquences : produisant un brouillage du sens de l’histoire, ils ont pour but de désarmer toute critique. Nicolas Sarkozy ne détourne pas par hasard nombre de références historiques de gauche comme Jaurès ou le Front populaire, il n’inverse pas innocemment le sens de mai 1968 au point de prétendre en faire l’origine du capitalisme amoral que Mai 68 combattait. C’est seulement au prix de ce confusionnisme de tous les instants qu’il peut espérer tromper les classes populaires, rassurer et leurrer les indécis. Nicolas Sarkozy est le contraire absolu du chiffonnier de l’histoire de Baudelaire et de Walter Benjamin, qui en sauve les débris pour tirer de l’oubli les vaincus du progrès. C’est la France comme entreprise en crise dont il se veut le repreneur sans scrupule : il en reprend les références en gros, quitte à les abandonner après, une fois la plus-value électorale effectuée.


Note :
[1] : Avec Olivier Le Trocquer, Thomas Loué, Gérard Noiriel, Nicolas Offenstadt, Laurence Pierrepont, Michèle Riot-Sarcey pour le CVUH.

25.04.2007

Les conditions d’une véritable transformation sociale

Par Louis Mazuy, membre du Conseil national du PCF

Le programme et la campagne pour

le vote Marie George Buffet abordent les conditions d’une véritable politique de gauche. La majorité des électeurs de gauche ont voté « non » à la constitution européenne en 2005.

Le combat résolu pour un changement d’orientation de l’Europe par une révision des traités libéraux nécessite un pouvoir politique majoritairement représentatif des exigences du « non » de gauche. Il n’y a pas de transformation sociale possible si la réglementation libérale s’impose dans les choix gouvernementaux et régionaux.

Par exemple, la législation française, se conformant aux directives européennes et à l’accord AGCS de l’OMC, vise à imposer aux collectivités locales les règles de mise en concurrence des transports collectifs. Ceci peut se traduire par la cessation(ou la réduction) d’activité de certaines entreprises publiques, semi-publiques et privées. Les prochaines années conduiront à des risques de conflits avec le monde du travail du transport. Les forces politiques associées à la gestion des collectivités publiques vont être en première ligne.

La gauche sera alors confrontée à un nouveau risque de rupture avec le monde du travail, si l’ouverture à la concurrence imposée par la réglementation européenne n’est pas combattue résolument.

Le retour d’Airbus dans un secteur public, même européen, ne suffit pas à ouvrir une autre perspective que la logique de rapport des forces avec l’autre géant mondial Boeing. Le bilan des nationalisations des années 1980 l’a montré. Le recours à l’État pour mettre en oeuvre les restructurations dans des secteurs stratégiques est un classique du capitalisme. Le report de la privatisation d’Areva par la droite en est une illustration. La relance industrielle de la filière sur le programme EPR est opérée avant de livrer le groupe au capital privé. La réalité de l’organisation mondialisée des secteurs industriels appelle de nouvelles réponses. Gagner une maîtrise sociale suppose d’intervenir sur la structure des filières industrielles, de faire reculer domination des transnationales sur la réponse aux besoins de chaque nation. Le concept antérieur de nationalisation signifiait « entreprise publique configurée pour répondre au besoin d’une nation ». Son adaptation ne justifie pas le flou de la notion de mixité « privé-public ». Remettre en cause le droit bourgeois de propriété sur les entreprises et supprimer l’accumulation privée du capital reste indispensable.

Il s’agit d’avancer vers une transformation du statut de l’entreprise, des fondements du pouvoir en son sein, et de son rapport avec la souveraineté citoyenne sur chaque territoire.

Comme mesure concrète immédiate, le recours à une fiscalité intelligente n’est pas suffisant si le principe de la concurrence libre et non faussée permet aux transnationales de dicter leurs conditions à toute région et tout État. La maîtrise sociale de l’économie nécessite de gagner une logique de localisation des productions au plus près des besoins, en imposant un haut niveau de conditions sociales et écologiques de production, par cahier des charges aux industriels capables de fournir des équipements à nos besoins nationaux. L’échange mondialisé doit porter préférentiellement sur la connaissance et l’entraide en fonction des points forts technologiques de chacun, et non sur des transferts de marchandises produites selon le critère du dumping social, fiscal et écologique. Ce n’est qu’à ces conditions que la révolution scientifique et informationnelle peut être le point d’appui d’un nouveau progrès humain, avec l’instauration d’une véritable sécurité d’emploi. Un des moyens indispensables passe par la reconstruction d’outils publics de recherche et de politique industrielle.

Les nouveaux modes de consommation dont l’humanité a besoin requièrent des choix technologiques affranchis des stratégies capitalistes de marchandisation, donc pleinement maîtrisés par la citoyenneté.

Quelle que soit sa portée conceptuelle, un programme de transformation sociale n’est possible que si une majorité politique émanant d’une implication populaire lui correspond. Rendre le rassemblement antilibéral majoritaire dans la gauche est la configuration politique visée. L’échec de la candidature commune nous éloigne temporairement de cette perspective.

Mais si le PCF perd de vue quecette condition politique est impérative dans la faisabilité d’une transformation sociale, il se retrouvera à nouveau comme aiguillon d’un PS dominant, sans disposer des moyens d’une efficacité politique.

Un préalable est de construire une identité communiste synonyme d’une radicalité sérieuse répondant aux défis de notre époque. La reconquête de notre influence est possible si elle s’inscrit dans la stratégie visant le rassemblement antilibéral majoritaire dans la gauche. Battre les droites au deuxième tour des présidentielles est une étape indispensable pour une mise en mouvement des citoyens empreinte d’ambition sociale, susceptible de révolutionner la gauche à moyen terme. Tout faire pour que la gauche gagne

n’est pas contradictoire avec une prisede distance nette par rapport au social libéralisme. Ceci nécessite de ne plus traiter la question gouvernementale comme cela fut fait entre 1997 et 2002, de transformer notre pratique de présence dans

les institutions, de mieux faire vivreune radicalité communiste en lien avec l’intervention citoyenne.

Le PCF ne doit pas oublier que sa finalité anticapitaliste implique une stratégie révolutionnaire, certes adaptée à notre temps mais bien réelle.

http://www.humanite.fr/journal/2007-04-18/2007-04-18-8497...

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