12.04.2006
Une analyse marxiste de la globalisation actuelle
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23.02.2006
Jusqu’où ira la Chine ?
Mégapuissance
Ignacio Ramonet
I. Renaissance
En à peine plus de deux décennies, la Chine a fait irruption sur la scène économique internationale, sans que quiconque ait pronostiqué une telle percée. Cette « transformation silencieuse », amorcée au lendemain de la mort de Mao Zedong, a éclaté aux yeux du monde après l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, en 2001. Parmi les ressorts de cette croissance effrénée : la volonté de retrouver la place qu’occupa l’empire du Milieu, du XVIe au XVIIIe siècle, comme puissance à la fois commerçante et culturelle. Tout en consolidant ses forces économiques encore dépendantes de l’extérieur, Pékin construit pas à pas une nouvelle diplomatie, en se débarrassant progressivement des dogmes d’hier. Malgré des réticences dans la région, la Chine est partie prenante des principales organisations économiques ou politiques de l’Asie ; elle a réussi à normaliser ses rapports avec ses principaux voisins, même s’ils demeurent difficiles avec le Japon. En Afrique comme en Amérique centrale et latine, elle mène une diplomatie active, où se mêlent intérêts économiques et visées stratégiques. Néanmoins, sur le plan intérieur, le développement inégalitaire et l’autoritarisme politique constituent de réelles fragilités.
Quand la Chine et l’Inde dominaient le monde
Philip S. Golub
Les Asiatiques réinventent l’Asie
Wang Hui
La représentation de la Chine populaire aux Nations unies
Jean Schwoebel, mai 1954
L’ordre mondial bousculé
Martine Bulard
Emergence d’une diplomatie active
Dengli Shen
Le rôle de la République de Chine dans le monde actuel
Tchen Hiong-fei, février 1959
Une région sous influence
Jean-Claude Pomonti
A la conquête des marchés africains
Jean-Christophe Servant
Tout autant que Washington, Pékin semble avoir intérêt à négocier
François Joyaux, septembre 1971
Entre Pékin et Tokyo, l’ombre des nationalismes
Claude Leblanc
Cartographie
Philippe Rekacewicz et Emmanuelle Bournay :
— L’immensité chinoise
— Grands courants commerciaux du XVIe au XVIIIe siècle
— Tensions en mer de Chine Le traumatisme du dépeçage
— Le commerce chinois avec le monde
— Les investissements étrangers en Chine
— L’implantation des entreprises étrangères
— De grandes inégalités de revenus
— Une croissance déséquilibrée
— Une mosaïque d’ethnies
— L’environnement menacé
— Les filles marginalisées
II. Une société en mutations
Les réformes économiques et l’apport des capitaux étrangers (asiatiques, en premier lieu) ont dynamisé le pays, tout en entraînant plusieurs déséquilibres. Sur le plan extérieur, le commerce chinois est excédentaire avec l’Union européenne et les Etats-Unis, mais déficitaire avec les pays d’Asie, et les exportations sont encore majoritairement réalisées par des entreprises étrangères. Sur le plan intérieur, les inégalités se sont creusées, notamment entre les régions côtières et le reste du territoire, entre les villes et les campagnes. La transformation du pays est fulgurante. Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur ? Le recul de la pauvreté, même si elle est loin d’être éradiquée ; l’accès à la consommation, même si elle tend à devenir la valeur centrale ; une plus grande liberté de mouvement et un accès plus diversifié à la culture, même si des accès d’autoritarisme saisissent régulièrement le pouvoir... Le pire ? Des conditions de travail d’un autre âge, qui ont conduit à quelque 120 000 accidents en 2004, selon les spécialistes ; une corruption tentaculaire que le gouvernement central n’arrive pas à endiguer ; une pollution sans précédent même si Pékin se montre plus soucieux de l’environnement ; une répression des acteurs du mouvement social, dès lors qu’ils menacent le système... Toutefois, des militants d’associations et des intellectuels de gauche cherchent une voie chinoise de développement qui renoue avec la tradition de rayonnement culturel et plonge dans la modernité du XXIe siècle. Mais leurs débats ne parviennent pas sur la scène publique.
Après la mort de Mao, une vitalité surprenante
Roland Lew
Aux origines du néolibéralisme
Wang Hui
La grande révolution culturelle vise à rendre la jeunesse apte à poursuivre la lutte pour le communisme
Stuart Schram, octobre 1966
Les paradoxes sociaux du miracle
Martine Bulard
La politique de Pékin tend à l’abolition des particularismes des groupes ethniques allogènes
Hélène Carrère d’Encausse, mars 1967
Assimilation forcée dans le Xinjiang
Ilaria Maria Sala
Shanghaï sans toits ni lois
Philippe Pataud Célérier
Face au cauchemar climatique
Agnès Sinaï
La conjuration des apparatchiks
Jean Daubier, février 1981
Politique de l’enfant unique, la fin d’un diktat
Florence Beaugé
Le cinéma entre censure et marché
Bérénice Reynaud
Biographies
Alain Roux :
— Confucius, l’homme qui voulait sauver le monde
— Qianlong, grandeur et décadence de l’empire
— Tchang Kaï-chek, les hésitations d’un nationaliste
— Sun Yat-sen, le prophète d’une Chine puissance
— Mao Zedong, entre ambitions nationales et populisme
— Deng Xiaoping, de la répression à l’ouverture
— Hu Jintao, la quatrième génération
Documentation
Chronologies, bibliographie et sites Internet
Olivier Pironet
Photographie
Marc Riboud
Pour mieux connaître son travail sur la Chine, voir notamment Shanghaï (Delpire, 2003) et Quarante ans de photographies en Chine (Nathan, 1996). En couverture : Anshan, 1957. Calligraphie de Ye Xin.
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26.10.2005
Reporter sans oeillères
Des craintes vite balayées. Car ce n'est pas un vieux baroudeur revenu de tout, un reporter cynique ou désabusé, que nous rencontrons, une chope de thé à la main sur son balcon-vigie ouvert sur la grande bleue, mais un écorché de la vie, pétri de doutes et d'humanité, qui avoue haïr la guerre, toutes les guerres : « Pour un journaliste, la guerre est une expérience unique, à la fois douloureuse et attirante. D'une certaine façon, c'est une drogue dont il faut se débarrasser. Sinon le journaliste peut en mourir... » écrit Robert Fisk au début des mille pages du récit-fleuve qu'il publie ce mois-ci en France, en même temps qu'à Beyrouth et aux Etats-Unis. D'ailleurs, Fisk parle avec une triste ironie de ces journalistes qu'il croise sur chaque conflit, et qui prennent des risques insensés parce qu'ils « regardent la guerre comme si c'était un film ».
La Grande Guerre pour la civilisation est le roman de sa vie, et celui des mille morts auxquelles il a échappé. C'est surtout le regard d'un amoureux du Moyen-Orient, qui a « toujours été fasciné par "l'autre camp", par la vision des vaincus ». La guerre, encore et toujours. Comme un horizon personnel, indépassable. Un cauchemar à chasser et pourchasser. Le titre du livre-mémoire rend aussi un hommage ambigu à Bill Fisk, son père, ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Un père au caractère dur, verrouillé, secrètement jaloux du succès professionnel de son fils. Quand ce poilu anglais est mort, à 93 ans (« juste après la première guerre du Golfe », se souvient son fils), Robert Fisk a hérité de ses médailles. Sur l'une d'entre elles étaient gravés ces mots : « La grande guerre pour la civilisation. » Le journaliste y a vu une définition ironique de ce monde en furie : « Les bellicistes du monde entier prétendent toujours partir en guerre "pour la civilisation". »
Sa « grande guerre » à lui, Robert, fils de Bill, l'a vécue dans les années 80, sur le front Irak-Iran. Dans les marais de Bassora, les tranchées et les combats au corps à corps qui ressemblaient tellement à la guerre de 14-18 de son père (il faut lire, absolument, ces deux chapitres, suffocants, qui rendent justice à ce million de morts oubliés).
L'autre grande aventure de Robert Fisk, ce sont ses rencontres exceptionnelles avec Ben Laden, ce « cheikh Oussama » qu'il décrit avec une étonnante proximité, effrayant et fascinant à la fois. Au Soudan, puis dans les montagnes afghanes, trois fois avant le 11 septembre 2001, le reporter anglais conversera avec lui. A Khartoum, au début des années 90, c'est un jeune milliardaire spartiate que rencontre Robert Fisk, un Ben Laden presque timide, aux paroles mûrement réfléchies : « Le seul Arabe que j'aie rencontré qui se tait et réfléchit avant de parler ! » Quelques années plus tard, il retrouve dans l'Afghanistan des talibans un homme « qui avait en lui quelque chose d'inquiétant, car il possédait cette qualité qui distingue les hommes prêts à se battre : il était absolument sûr de lui ». Un Ben Laden prévenant, à l'écoute, mais « avec cet air assuré et ce soupçon de vanité que je trouvais si perturbants ».
Dans les remerciements, à la fin de son livre, le journaliste est même à deux doigts de gratifier son étrange hôte. Pour lui avoir offert trois scoops&nsbp;? Pour l'avoir laissé repartir en vie, escorté sur les routes afghanes par un tueur algérien du GIA en guise d'ange gardien ? Ou pour d'autres raisons encore : mélange d'excitation professionnelle, de fascination et d'esprit de contradiction face à un antihéros « tellement démonisé » ?
C'est après avoir noué cette relation unique avec Ben Laden que Robert Fisk se retrouve, le 11 septembre 2001, dans un avion, en route pour l'Amérique, avant de faire demi-tour au-dessus de la mer d'Irlande. Les tours du World Trade Center sont en feu : « Ces quatre appareils (aux mains des pirates de l'air) avaient décollé de la même façon que le nôtre, témoigne-t-il dans La Grande Guerre pour la civilisation. Je marchais le long du couloir de l'avion et demandais le point de vue des membres de l'équipage [...]. Je crois que je revins avec gravées dans mon esprit les images de treize passagers, personnes que je n'appréciais pas parce qu'elles portaient la barbe, parce qu'elles me fixaient d'une manière que je pouvais facilement prendre pour de l'hostilité, parce qu'elles jouaient avec leur chapelet ou lisaient leur Coran. En quelques minutes, le Fisk si ouvert qui avait travaillé au Moyen-Orient durant un quart de siècle, qui avait vécu avec des Arabes pendant la moitié de son existence, dont la vie avait été sauvée à d'innombrables reprises par des musulmans au Liban, en Irak et en Iran, oui ce Fisk si gentil et amical était devenu raciste. [...] Je me sentais sale. Je soupçonnais cependant que tout ceci était un des buts mêmes de cette journée tragique. Nous faire ressentir la saleté en nous-mêmes, nous faire si peur ou nous rendre si furieux que nous n'agirions plus rationnellement à l'avenir. »
A presque 60 ans, sans enfants (« heureusement ! »), Robert Fisk n'entend toujours pas abandonner le terrain pour une place de rédacteur en chef à Londres. Après trois décennies à sillonner le Moyen-Orient depuis Beyrouth, il hésite depuis peu à retourner à Bagdad, mais il veut assister « au dernier épisode de la défaite américaine en Irak ».
Fisk, l'opposant à la guerre en Irak, la mauvaise conscience de la presse anglo-saxonne, injurié, menacé publiquement pour ses positions anti-Bush par l'acteur américain John Malkovich, n'a jamais paru aussi nécessaire. Fisk, l'antivirus contre toutes les « saletés » qui mènent aux grandes guerres pour la civilisation.
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