28.02.2008

Que se passe-t-il à l'UMT Khoribga ?

من حق جميع مناضلي فروع الجامعة الوطنية للتعليم

 ( ا م ش) معرفة ما يجري

حدث مؤخرا أن تم توبيخ ومعاتبة أحد المسؤولين بالاتحاد المغربي للشغل والجامعة الوطنية للتعليم  بإقليم خريبكة من قبل بعض المسؤولين في الجامعة الوطنية للتعليم وبحضور الأمين العام للجامعة الوطنية للتعليم وأحد المسؤولين بالاتحاد المغربي للشغل، وذلك بمكتب الجامعة بمقر الاتحاد بالبيضاء، بعد أن اشتكت أستاذة من كونها سلمته مبلغا ماليا كبيرا مقابل تنقيلها لكنه لم يف بالمطلوب. كما أن هذا " النقابي " مشهور جدا بنيابة إقليم خريبكة وأغلب موظفي النيابة يعرفون أنه مجرد "سمسار" وأنه حاز على منصب مدير بنقطة تفتيش مزورة أي غير مناسبة لرتبته في الدرجة... بل مازالت تربطه بمكلف سابق بمصلحة الموارد البشرية بنيابة خريبكة علاقة حميمة في إطار البحث عن زبناء جدد ....

كم أنه على علاقة جيدة وحميمة بأستاذه في السمسرة والمعروف هو الآخر لدى أغلب موظفي مديرية الموارد البشرية بالرباط... وهو للأسف الشديد وبغصة في الحلق أحد أعضاء الأمانة الوطنية للجامعة الوطنية للتعليم، والذي اختزل الجامعة في محفظته وهاتفة وجيبه، وهو "يتسول" لهذا وذاك لدى مصالح المديرية مقابل وليمة أو أموال... وأمانة الجامعة على علم بالتنقيلات التي تمت باسم الجامعة في السنة الدراسية الحالية والتي جنا منها " سفيرها" البارز بالرباط أموالا تعد بعشرات الملايين....

قد يبدو الأمر معروفا لدى البعض، وقد يختلط الأمر على البعض الآخر، وقد يستفز آخرين معتبرين إياه محاولة للنيل من سمعة مناضلي الجامعة.... لكن يبقى حقيقة الأمر الأغرب من كل هذا هو صمت أمانة جامعتنا الوطنية للتعليم وعضو الأمانة العامة للاتحاد المغربي للشغل وهم على علم بهذه المعطيات وتفاصيلها منذ مدة طويلة !!!!؟؟؟؟؟؟

مناضلو الجامعة الوطنية للتعليم ، لكم أن تتساءلوا كما ترون، ولكن أبسط سؤال كان ينبغي أن يتبادر إلى ذهننا جميعا، وهو عميق وإن كان بسيطا : لماذا لم ينعقد أي مجلس وطني للجامعة الوطنية للتعليم منذ سنوات؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟

وبعدها ستتناسل في أذهاننا العديد من الأسئلة......... فهلا اجتمعت فقط أمانة الجامعة الوطنية للتعليم وخصصت بعض الوقت للتداول في ما ورد أعلاه من ممارسات على طرف نقيض تماما من العمل النقابي؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟؟ ..................................................؟؟؟؟؟؟؟            

02.12.2007

Régimes spéciaux : l’impasse du réformisme syndical


Régimes spéciaux : l’impasse du réformisme syndical

Les travailleurs dont les conditions de retraite sont menacées par la réforme des régimes spéciaux ont fait face à un gouvernement implacable. Avec le soutien de la presse capitaliste et de l’industrie audiovisuelle, Sarkozy et Fillon gouvernent à coup de leurres et de mensonges, en manipulant sans vergogne l’opinion publique, en dressant des travailleurs contre d’autres travailleurs, les grévistes contre les « usagers ». Mais dans ce conflit, le gouvernement a surtout bénéficié du concours des directions fédérales et confédérales des syndicats. Il s’est appuyé sur la complicité de ces directions, acquises à la nécessité d’une réforme, pour mettre fin à la grève.

Aucun militant syndical un peu avisé ne se fera la moindre illusion sur la fiabilité des dirigeants de FO, de la CGC et de la CFTC. Le « dirigeant » de la CFDT, Jacques Chérèque, a été obligé de quitter, sous les huées, la manifestation du 20 novembre, à Paris. Ce personnage fourbe et cynique n’est rien moins qu’un agent conscient de la classe capitaliste dans le mouvement syndical. Il parle et se comporte comme un conseiller du patronat et de l’UMP. Il craint plus que tout les « excès » des travailleurs. S’il se permet de critiquer le patronat et le gouvernement sur tel ou tel détail, ce n’est que pour mieux les servir par la suite. Sa trahison en rappelle d’autres, notamment celle de la lutte contre la réforme des retraites, en 2003.

Du point de vue du gouvernement et du MEDEF, Chérèque est le dirigeant syndical parfait. Il les conseille sans cesse : « Faire toutes les réformes en même temps, c’est s’exposer à des blocages », déclarait-il récemment. Il expliquait que Sarkozy pourrait appliquer ses réformes avec plus de facilité s’il les espaçait dans le temps. La veille de la journée de mobilisation dans la Fonction publique, Chérèque trouvait « déplorable » la jonction des différents mouvements sociaux. Ceci tend à « politiser » la grève, disait-il, et à coaliser les oppositions au gouvernement de droite. Or, « quand on politise un mouvement social, on facilite la tâche du gouvernement ». Etrange raisonnement ! Alors que, depuis ses origines, le mouvement ouvrier s’est construit sur l’idée que « l’union fait la force », Chérèque découvre qu’il n’en est rien, et que plus les luttes des travailleurs convergent, plus cela profite à leurs adversaires !

Heureusement, le poids de la CFDT dans les secteurs concernés par la grève est relativement faible. Par contre, ce qui était d’une importance décisive, dans ce conflit, c’est le comportement de la direction de la CGT, qui est de loin la force syndicale la plus puissante et la plus représentative des salariés. C’est avant tout à la CGT – et chez SUD-Rail – que l’on trouve les syndicalistes les plus militants et les plus dévoués à la cause des travailleurs. Mais force est de constater que si Thibault se garde de s’exprimer dans les mêmes termes que Chérèque, le comportement de la direction confédérale de la CGT n’a pas été fondamentalement différent, dans la pratique, de celui des confédérations plus « modérées ». Le Monde, Le Figaro, Les Echos et de nombreux autres journaux se sont félicités du fait que la direction de la CGT était acquise à la nécessité de la réforme, et que l’opposition de Thibault portait essentiellement sur le « cadrage » de la dévalorisation des retraites, c’est-à-dire sur les questions du calendrier et des « compensations » à la contre-réforme. Ainsi, dans Le Figaro du 5 novembre, Alain-Gérard Slama écrivait : « Il est probable que les grèves prévues les 13 (SNCF), 14 (EDF-GDF), 20 (fonctionnaires et étudiants) et 29 (magistrats et fonctionnaires de justice) novembre prochain, auxquelles pourraient s’ajouter une grève des marins pêcheurs et une reprise de la grève de la RATP, ne fusionneront pas en une grève générale. Les syndicats sont conscients de la nécessité des réformes. […] Resterait la possibilité d’un débordement par leur base… »

Quelques heures avant le début de la grève, Thibault a fait une concession majeure au gouvernement. Dans le dos des assemblées générales, il a accepté que l’avenir des régimes spéciaux soit négocié « entreprise par entreprise », en présence de représentants du gouvernement. Les grévistes ont appris la nouvelle par les médias. Le gouvernement l’a accueillie avec joie, y voyant – à juste titre – un coup particulièrement rude porté contre la grève. Quel sens pouvait désormais avoir une grève unitaire de tous les travailleurs concernés par la réforme, si les négociations devaient être menées séparément et déboucher sur des « accords » au sein de chaque entreprise ? Le comportement de Thibault, agissant en toute indépendance vis-à-vis de la base, ne pouvait que semer la confusion chez les travailleurs et affaiblir la mobilisation.

Thibault, comme Chérèque, justifie la « modération » de sa position – et notamment son refus de demander le retrait de la réforme – par l’état de l’opinion publique. Il fallait, d’après lui, en tenir compte. Mais cette idée apparemment « démocratique » est en fait irrecevable du point de vue de la lutte des classes. Quand les médias capitalistes mobilisent l’opinion contre les intérêts des travailleurs, ils sont tout à fait dans leur rôle. Mais les travailleurs qui se battent pour leur droits auraient tort de prêter trop d’attention à l’avis de la « majorité » tel que la présentent les sondages et les élections, précisément parce que, comme le reconnaît Thibault lui-même, « l’opinion publique » est largement façonnée par les moyens de communication à la disposition de la classe capitaliste. Ce n’est pas parce qu’une « majorité des Français » ne comprend ou ne soutient pas une lutte que celle-ci ne doit pas être menée jusqu’au bout. Si, au cours de l’histoire, les syndicats avaient tenu compte de telles « majorités », ils n’existeraient tout simplement pas. Une lutte n’est pas moins juste et moins nécessaire parce qu’elle est minoritaire, et les idées de la « majorité » sont souvent – et même le plus souvent – en contradiction avec ses véritables intérêts. Comme l’expliquait Marx, dans toute société, l’idéologie dominante est généralement celle de la classe dominante.

Thibault lui-même a une part de responsabilité dans l’attitude de la population envers la politique gouvernementale. Au lieu de mobiliser les travailleurs contre Sarkozy, son attitude tend à les endormir. Lors de la formation du gouvernement, au lendemain des législatives, il a dit très clairement qu’il ne voyait aucune raison d’avoir a priori une opinion négative de ce gouvernement. Il expliquait qu’il ne ferait pas de « procès d’intention » à Sarkozy. Il fallait « attendre pour voir » si les engagements de ce dernier – et quels engagements ! – seraient tenus. Il fallait « juger son action sur pièce ».

Cette neutralité bienveillante est exactement l’inverse de l’attitude que devait adopter un dirigeant syndical. Elle revenait à dire qu’il n’y avait pas de danger immédiat, que rien ne laissait prévoir des attaques contre les intérêts des travailleurs, et qu’il fallait, en attendant, accorder le bénéfice du doute au nouveau gouvernement. Comme si nous n’avions pas déjà vécu cinq ans d’attaques incessantes contre les travailleurs sous Chirac, Raffarin et de Villepin ! Comme des dizaines d’autres « réformes » rétrogrades, le démantèlement des régimes spéciaux était en préparation depuis longtemps. Au lieu de passer de longs mois à demander des « négociations », en cherchant vainement à éviter une confrontation, il fallait utiliser ce temps pour expliquer inlassablement à l’ensemble des travailleurs qu’un conflit était justement inévitable, que celui-ci risquait d’être long et difficile – la capitulation de Chirac-Juppé n’a été obtenue qu’au bout de six semaines, en 1995 – et qu’il fallait s’y préparer sérieusement sur les plans politique, organisationnel et financier.

Après tout, Sarkozy ne pouvait pas être plus clair. Il n’avait aucune intention de céder sur l’essentiel de la réforme. A partir de là, la négociation devenait futile. Le seul moyen de vaincre Sarkozy était la lutte, c’est-à-dire une grève sérieusement préparée. En invitant les travailleurs à reconnaître leur défaite et à mettre fin à leur mouvement, Sarkozy a cité Thorez qui, en 1936, a sabordé la grève générale au moment où le nombre de grévistes progressait massivement, et déclarait alors : « Il faut savoir terminer une grève ». Mais la CGT a surtout besoin de dirigeants qui sachent terminer une négociation quand celle-ci ne peut rien apporter de positif. Pouvait-on sérieusement imaginer que des pourparlers avec le gouvernement allaient déboucher sur une amélioration des retraites ? Bien évidemment pas. Alors pourquoi chercher une négociation ? Il fallait exiger le retrait pur et simple de la réforme. On n’engage pas une bataille pendant que les chefs discutent complaisamment avec l’ennemi pour négocier les modalités de la contre-réforme. Toute négociation avec le gouvernement sur les régimes spéciaux ne peut se traduire que par un recul. C’était vrai avant la grève, pendant la grève, et c’est toujours vrai maintenant que la grève est terminée. La grève a été arrêtée sans rien obtenir d’autre qu’un engagement à négocier des « compensations ».

Compte tenu du pouvoir économique des cheminots et des personnels de la RATP, les grévistes auraient pu – et pourraient encore, si la grève reprenait – être victorieux, obtenir le retrait de la réforme, non par la négociation, mais en appuyant leur botte sur la gorge du gouvernement. Sarkozy ne comprendra pas d’autre langage que celui-là. Sans une reprise du mouvement de grève, les régimes spéciaux seront perdus. En s’entendant avec le gouvernement pour lancer « un mois de discussions » et en annonçant au passage avoir « déjà obtenu des avancées importantes », Thibault a cassé la grève. Cette manœuvre, réalisée sans la moindre concertation avec les assemblées générales, ne pouvait que désorienter les grévistes et isoler les éléments les plus militants. La connivence de Thibault avec le gouvernement plaçait les assemblées devant la perspective de maintenir la grève pendant un mois, avec toutes les difficultés et sacrifices que cela implique – et ce dans le seul but de « maintenir la pression » sur la question des modalités de la dévalorisation de leur retraite.

Le comportement de Thibault, comme celui des autres directions confédérales, a beaucoup plus profité au gouvernement que le rôle des médias. Sarkozy, Fillon et les ministres savourent le succès de leur stratégie, qui consistait à maintenir un « dialogue » de façade avec Thibault (qui n’en demandait pas davantage), tout en restant implacables face aux grévistes. Ils savent pertinemment que les négociations prévues n’ont pas d’autre objectif que de discuter de la manière dont les régimes spéciaux seront démantelés, tranche par tranche, entreprise par entreprise. « La réforme se fera, a déclaré Sarkozy, parce que la méthode choisie a été celle de la fermeté et du dialogue ». Un membre de son entourage, cité par une dépêche AFP du 23 novembre, s’exclame : « La gestion a été presque parfaite. On ne pouvait pas faire mieux. Neuf jours de grève, c’est le minimum de ce qu’on pouvait craindre ! »

Et pourtant, dans un dossier publié dans la Nouvelle Vie Ouvière du 23 novembre, Thibault s’efforce de présenter le résultat de la grève comme une victoire importante ! Pour lui, le contentieux avec le gouvernement ne portait pas particulièrement sur la réforme elle-même, mais sur la question des négociations entreprise par entreprise, de sorte que l’acceptation de ce principe par le gouvernement constituait un grand pas en avant : « Le président de la République, dit-il, a donné quinze jours au ministre du Travail pour arrêter les grands principes de la réforme, alors que la CGT – comme les autres organisations syndicales d’ailleurs – a toujours considéré que chacun de ces régimes avait ses propres spécificités. Nous avons milité pour que si des évolutions devaient intervenir dans ces régimes, elles le fassent dans le cadre de négociation par entreprise, sachant que dans les directions d’entreprises publiques, il y a aussi des représentants de l’Etat. Nous nous sommes heurtés à la volonté du gouvernement d’afficher un cadre global à la réforme. Ce qui a provoqué la situation de blocage que l’on sait et la première mobilisation du 18 octobre. » Il explique ensuite que la grève a permis de créer un rapport de force permettant de « faire bouger la situation à l’avantage des salariés ».

Didier Le Reste, lui, prétend que les assemblées générales, en votant la grève, ne s’opposaient pas vraiment à la réforme elle-même, ni même au prolongement de la période de cotisation : « Je rappelle, dit-il dans le même texte, que les huit fédérations syndicales de la SNCF n’ont jamais demandé le retrait pur et simple de la réforme, mais rappelé leur opposition à "cette" réforme. Et dans les assemblées générales, là non plus, personne n’a demandé le retrait pur et simple de la réforme. Même la question des 37 ans et demi de cotisations ne s’est pas trop posée, sauf à certains endroits et de façon incantatoire. » Et il rajoute : « Je pense que la façon dont nous avons travaillé a été payante. »

A en croire Thibault et Le Reste, la grève du 18 octobre et la grève illimitée qui a commencé le 13-14 novembre n’avaient pas pour objet la défense des conditions de retraite des travailleurs en question, mais seulement les modalités de la négociation sur l’« évolution » des retraites au détriment de ces mêmes travailleurs !

Le besoin de présenter des reculs comme des avancées témoigne de la faillite du réformisme, à notre époque. Le capitalisme est devenu incompatible avec les conquêtes sociales du passé. Se cantonner à des actions tenant compte des « réalités » du capitalisme en déclin, c’est se résigner à la perte de ces conquêtes. L’aveuglement réformiste des dirigeants syndicaux, tout comme celui de leurs homologues « politiques » à la tête du PS, n’apportera plus que de nouvelles déceptions, des défaites et des trahisons. Imprégnés de « pragmatisme », ployant sous la pression idéologique et morale des capitalistes et de l’Etat, qu’ils considèrent non comme l’ennemi de classe mais comme des « partenaires sociaux », les dirigeants réformistes se laissent convaincre de la nécessité des « réformes » concoctées par le MEDEF et l’UMP. Ils entreprennent d’accompagner, de « négocier » cette régression sociale, dans l’espoir d’atténuer leur impact en attendant une « conjoncture » plus favorable.

Mais la conjoncture ne s’améliorera pas. Le déclin du capitalisme français est irréversible. Contrairement à ce qu’on peut lire dans L’Humanité, son recul sur le marché mondial ne s’explique pas par la chute du dollar, puisqu’il régresse aussi dans la zone euro, et même sur le marché national. La production stagne. Le sous-investissement industriel chronique est tel que le déficit commercial se creuse d’une année sur l’autre, atteignant des niveaux sans précédent. Le déficit de l’Etat est également abyssal. Lorsque la Chine et les Etats-Unis entreront en récession – une perspective inévitable dans les années à venir – le déclin du capitalisme français s’accélérera, sous l’impact de la contraction du marché mondial. Sarkozy et le MEDEF ne peuvent défendre les profits, le pouvoir et les privilèges de leur classe qu’au détriment des travailleurs et de leur famille. Le chômage ne baisse pas (quoiqu’en disent les statistiques officielles, notoirement truquées) et ne peut qu’augmenter dans la période à venir. Le pouvoir d’achat est en net recul. La hausse des prix et des loyers plonge les chômeurs et les salariés les plus mal payés dans la misère.

Dans ses perspectives, La Riposte a expliqué que le capitalisme ne peut désormais se maintenir qu’en imposant la régression sociale permanente. C’est désormais une réalité palpable. Et cela explique l’instabilité sociale grandissante qui caractérise la situation actuelle, en France. Les grèves, les mobilisations des étudiants, les révoltes dans les banlieues, les manifestations – y compris de la part de juges, d’avocats, de médecins et d’autres catégories traditionnellement acquises à l’ordre établi – ne sont qu’un avant goût de ce que l’avenir nous réserve.

Face au déclin du capitalisme et à l’avarice patronale, les dirigeants réformistes des syndicats et des partis de gauche ne peuvent que gesticuler impuissamment. Incapables, en « réalistes » confirmés, d’envisager un autre système que le capitalisme, ils sont obligés de tenir compte de ses lois. Au mieux, ils protestent, s’indignent, dénoncent les « injustices » du capitalisme. Au pire, ils deviennent les complices de son œuvre destructrice.

Les vrais « réalistes » sont les travailleurs et les jeunes qui comprennent la nécessité de rompre avec le capitalisme. Contrairement à ce que pensent – ou feignent de penser – les dirigeants des confédérations syndicales, il n’y pas de solution aux problèmes fondamentaux de notre époque sur la base du capitalisme. Dans le contexte du déclin inexorable du système, une entente « négociée » entre les classes est impossible. Les acquis sociaux sont constamment minés, rongés, détruits. Les attaques momentanément repoussées, au prix de luttes et de sacrifices énormes, se renouvellent à la première occasion. Tel est le cas des régimes spéciaux, dont la destruction a été repoussée par la grève de 1995. Tel est le cas des 35 heures, de la sécurité sociale, du Code du Travail, des services publics et de l’Education nationale.

Dans ce contexte, la lutte contre la régression sociale doit aller de pair avec la lutte pour transformer les organisations syndicales, pour les armer d’un programme d’action militante et revendicative qui ne se limite pas à des compromis successifs avec les capitalistes et l’Etat. Le caractère « non politique » du syndicalisme est un mythe, un leurre. Au fond, le même problème se pose à la CGT et au PCF. Il faut conjuguer la lutte contre le patronat et le gouvernement avec une explication constante, patiente, pédagogique, appuyée par des faits et des arguments concrets, de la nécessité de mettre fin à la dictature économique des capitalistes. Il faut ouvrir les yeux des travailleurs et de la jeunesse sur la perspective d’une société nouvelle, d’une société socialiste.

Bien évidemment, nous ne parlons pas ici du « socialisme » bourgeois des Hollande, Royal et Strauss-Kahn, qui trouve son équivalent syndical chez Mailly et Chérèque. Nous ne parlons pas, non plus, du réformisme « anti-libéral » en vogue dans les milieux dirigeants du PCF, avec son usine à gaz de « bonus » et « crédits moins chers » pour le patronat, avec son économie capitaliste « équitable » et autres notions farfelues. S’il reste sur cette voie, le PCF ira de recul en recul. Nous parlons d’un socialisme – ou d’un communisme, c’est la même chose – qui s’attaque aux fondements du pouvoir des capitalistes, dont la domination est devenue incompatible avec les besoins fondamentaux de la société.

L’émancipation sociale, économique et politique des travailleurs passe par l’expropriation des capitalistes, c’est-à-dire par la nationalisation des banques, des assurances, de l’industrie et de la grande distribution. Celles-ci doivent être soumises – à la différence des nationalisations passées – au contrôle et à la gestion démocratique des salariés. Le gigantesque potentiel productif de la France, qui alimente les fortunes immenses des capitalistes, devrait appartenir à la collectivité. La richesse nationale est générée par le travail collectif du salariat. Il devrait en avoir la maîtrise. L’économie nationale, placée sous le contrôle collectif et démocratique des travailleurs eux-mêmes, pourra enfin répondre aux besoins de tous. Alors que le capitalisme tire la société vers le bas, le socialisme permettra d’éliminer l’exploitation et les inégalités sociales. Il remplacera l’économie de marché, aveugle, chaotique et destructrice, par une planification démocratique de l’économie par les travailleurs eux-mêmes. Il permettra d’améliorer radicalement les conditions de vie de la masse de la population qui, aujourd’hui, sombre dans la précarité, le chômage et la pauvreté.

A la place de la République actuelle, corrompue, bureaucratique, indissociablement liée aux intérêts capitalistes, nous avons besoin d’une République socialiste, fondée sur la défense des intérêts et aspirations des travailleurs. Voilà ce que devrait être le programme, l’ambition du mouvement syndical et communiste en France, sachant que sa réalisation se présentera aux peuples de l’Europe et du monde entier comme un exemple, une inspiration, une démonstration concrète de « l’autre monde » auquel ils aspirent, et ne serait que le prélude à la transformation socialiste de la société bien au-delà de nos frontières nationales.

 

Greg Oxley, PCF Paris
Publication : dimanche 2 décembre 2007

07.11.2007

Appel : MANIFESTATION NATIONALE POUR UNE GESTION PUBLIQUE DE L’EAU

Appello per la manifestazione
1° DICEMBRE 2007 ROMA con ritrovo ore 14.30 Piazza della Repubblica
MANIFESTAZIONE NAZIONALE
RIPUBBLICIZZARE L’ACQUA, DIFENDERE I BENI COMUNI!

Leggere l'appello qui
http://www.acquabenecomune.org/spip.php?article=3630

MANIFESTATION NATIONALE

ROME, 1er DÉCEMBRE 2007, RV 14h30 Place de la République
REPUBLICISER L’EAU, DÉFENDRE LES BIENS COMMUNS !

Ü MORATOIRE IMMÉDIAT CONTRE TOUTES LES PRIVATISATIONS !
Ü APPROBATION IMMÉDIATE DE LA LOI D’INITIATIVE POPULAIRE !
Ü UNE GRANDE OEUVRE PUBLIQUE : RESTRUCTURER LES RÉSEAUX HYDRIQUES !
Ü GESTION PUBLIQUE ET PARTICIPATION DES TRAVAILLEURS ET DES COLLECITIVITÉS LOCALES !

Nous sommes des femmes et des hommes appartenant à des comités territoriaux et associations, à des forces culturelles et religieuses, syndicales et politiques.
Ensemble nous avons constitué
le Forum Italien des Mouvements pour l’Eau.
Ensemble nous avons recueilli plus de
400.000 signatures à l'appui de la proposition de loi d'initiative populaire pour la tutelle, le gouvernement et la gestion publique de l’eau.
Notre expérience collective, plurielle et participative est le signe le plus évident qu'une réalité vaste et diffuse, d'un mouvement véritable et enraciné dans les territoires, qui veut arrêter les processus de privatisation menés en ces années de politiques libérales, qui réclament la reconnaissance dell’eau comme bien commun et droit humain universel à soustraire aux logiques du marché et du profit, que lutte pour obtenir les republicisation des services hydriques et leur gestion démocratique et participative.

Nous appelons toutes et tous à une manifestation nationale le 1er décembre pour rendre encore plus visible cette volonté et pour mettre au centre les objectifs que nous entendons soutenir dans cette phase de notre initiative.

Nous demandons à toutes les réalités engagées dans les batailles et dans les territoires pour la défense des biens communs et des droits sociaux de considérer le rendez-vous du 1er décembre comme un espace ouvert dans lequel tresser les expériences respectives avec le fil commun de la construction de l’autre « monde possible ».

NOUS DEMANDONS QU’IL SOIT PROCÉDÉ RAPIDEMENT À LA DISCUSSION SUR NOTRE PROPOSITION DE LOI JUSQU'À SA DÉFINITIVE APPROBATION

La discussion au parlement doit avoir lieu sans retard, être ouverte aux expériences et échéances en cours et aboutir à l’approbation des points fondamentaux de notre proposition : protection et planification des ressourcse hydrique, republicisation et administration parcipative des services hydriques, intervention de la fiscalité générale pour garantir à tous la quantité minimo vitale et pour financier une partie des investissements, ainsi que des mesures de solidarité internationale.

NOUS DEMANDONS UNE MESURE URGENTE DE MORATOIRE SUR LES DÉLÉGATIONS DE GESTION DES SERVICES HYDRIQUES ET QUE la LOI DE FINANCES CONTIENNE DES MESURES POUR l'ÉPARGNE HYDRIQUE Et la RESTRUCTURATION des RÉSEAUX.

Ces derniers jours le Sénat, sur la de base de notre initiative, a approuvé dans le décret fiscal lié à la Loi de Finances la mesure de moratoire sur les délégations de gestion des services hydriques pour un an. Maintenant ce décret dot être examiné par la Chambre, qui doit, d’après nous, voter rapidement de la même manière, en approuvant ainsi définitivement la moratoire.
La loi de finances doit en outre intervenir avec des mesures qui posent au centre l’eau comme bien commune et visent à l'épargne des ressources à travers :
a) l’encouragement à l'épargne hydrique dans l’agriculture (passage à des systèmes d'irrigation consommant moins d'eau), dans l’industrie et dans les usages domestiques (l'obligation de réseaux duels et systèmes de récupération de l’eau de pluie) ;
b) l’instauration d'un Fond national pour la restructuration des réseaux hydriques, doté de ressources adéquates, en mesure d'intervenir sur la situation désormais insupportable des pertes et des gaspillages.

LUTTER POUR L’EAU PUBLIQUE SIGNIFIE AUSSI SE BATTRE POUR LA DÉFENSE des BIENS COMMUNS ET CONTRE LEUR MARCHANDISATION

Nous sommes engagés pour obtenir que l’eau soit considérée bien commun et soustraite aux logique du marché.
Nous voulons au même temps affirmer avec force que notre bataille pour l’eau est aussi un combat pour tous les biens communs – de l’énergie aux déchets, du territoire à l’habitat, de la santé à l’éducation, de la connaissance à la sécurité sociale - et parle pour et soutient toutes les batailles qui ces dernières années se sont développées pour leur défense.
Notre manifestation vit et veut donner force à toutes les échéances territoriales où les gens se sont battus pour soustraire les biens communs naturels et sociaux à la prédominance de la logique du marché et pour affirmer un nouveau rôle de protagonistes et la volonté de compter de la part des collectivités locales.


Source : http://www.acquabenecomune.org
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

 

ÉMIRATS ARABES UNIS • L'intifada des travailleurs indiens

La révolte inattendue des travailleurs immigrés du sous-continent indien à Dubaï montre combien leurs conditions de vie sont insupportables dans une des régions les plus nanties de la terre, constate Abdel Bari Atwan, éditorialiste du quotidien panarabe de Londres Al-Quds al-Arabi.



Des ouvriers indiens sur un chantier de Dubaï, septembre 2007
AFP

Après les récentes manifestations, à Dubaï, des travailleurs indiens pour dénoncer leurs conditions de vie humiliantes, les autorités ont d'abord voulu les expulser. Mais elles ont finalement décidé de présenter à la justice ceux d'entre eux qui avaient vandalisé des biens publics et privés. Les manifestations ne sont pas chose courante dans les pétromonarchies du Golfe, et encore moins de la part des travailleurs immigrés indiens, pakistanais, sri-lankais ou bangladais, qui constituent pourtant l'écrasante majorité des résidents de Dubaï. Les entrepreneurs les apprécient justement parce qu'ils ont la réputation de se soumettre à leurs ordres et d'accepter des salaires extrêmement bas.

Or, le 27 octobre, plus de 4 000 personnes sont descendues dans la rue, ont bloqué des routes d'accès à la zone industrielle de Jebel Ali et ont jeté des pierres sur les voitures de police. Ils demandaient davantage de bus pour les amener sur leurs lieux de travail, des logements moins surpeuplés et des salaires leur permettant de vivre dignement. Car aujourd'hui, ils s'entassent tous les matins dans des véhicules plus adaptés au transport du bétail qu'à celui des hommes, sont confinés dans des campements en plein désert et gagnent l'équivalent de 100 dollars par mois. Les responsables politiques estiment que leur sort relève du secteur privé qui les a embauchés, que cette grève constitue une violation des conditions dûment établies dans des contrats de travail, et que tout cela relève de la loi de l'offre et de la demande sur le marché de la main-d'œuvre...

Ces arguments sont justes dans la forme, mais dangereux sur le fond. Cela veut dire que le gouvernement légitime l'exploitation, voire le trafic, d'êtres humains et plie devant des hommes d'affaires sans pitié ni conscience, dont le seul but est d'accumuler des dollars sur leurs comptes en banque. Le résultat de leur avidité sans scrupule est l'insécurité et l'instabilité. Et c'est l'Etat qui en paie le prix. C'est donc à lui d'intervenir et de promulguer des lois, d'établir un salaire minimum, d'améliorer les conditions de vie et de poursuivre les entrepreneurs coupables d'atteinte à la loi. Dans un pays considéré comme l'un des plus riches, et où le coût de la vie est l'un des plus élevés au monde, est-il pensable de payer un travailleur 100 dollars par mois seulement ?

Il s'agit d'une sorte de signal d'alarme pour les gouvernements du Golfe. Ils ne devraient plus ignorer ce sujet explosif, alors qu'ils croulent sous les dollars grâce à la hausse des prix du pétrole. Quand ces immigrés descendent dans la rue, cela veut dire que le volcan d'humiliation accumulée est entré en éruption et qu'une grande explosion se prépare. La main-d'œuvre bon marché en provenance d'Asie forme [au moins] les deux tiers de la population dans toutes les monarchies du Golfe. Rien qu'aux Emirats Arabes Unis, ils sont au moins 700 000 travailleurs émigrés. La langue arabe est marginalisée, au profit de l'ourdou et de l'anglais. C'est un sujet sensible, mais nous nous sentons le devoir de mettre en garde contre le tsunami qui menace les dirigeants et l'identité arabe de la région.

Il n'y a qu'une alternative. Soit nous acceptons de nous transformer en pays multiculturels, multiethniques et multireligieux, à l'instar des Etats-Unis, du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, soit nous cherchons à préserver notre identité arabe. Et, dans ce cas, il faut clairement assumer une politique de naturalisation. Il n'est pas normal que des ressortissants de pays arabes ou d'autres pays étrangers vivent ici durant plus de quarante ans avec l'épée de Damoclès d'une expulsion possible à chaque instant, sans obtenir le statut de résident permanent, sans sortir du système de "tutorat" qui les maintient dans la dépendance vis-à-vis d'un autochtone pour le renouvellement de leur titre de séjour, et sans que leurs enfants, qui sont nés dans notre pays et en ont adopté les coutumes, ne puissent ni acquérir la nationalité ni même le droit de se faire soigner dans les hôpitaux publics.

Dans les autres pays du Golfe non plus, ces travailleurs ne peuvent pas faire venir leurs familles, faute de salaire suffisant, ce qui provoque désordres en tous genres, viols, homosexualité et maladies dangereuses pour la société. Récemment, le ministre américain du Travail est allé au Koweït pour dire que cela devait changer. C'est nouveau et cela risque d'être suivi bientôt par des pressions internationales visant à imposer des naturalisations massives. N'oublions pas que l'Inde est une grande puissance économique et militaire. Elle n'acceptera plus longtemps le sort fait à ses ressortissants. Dans le Golfe, on méprise et on se moque de ces travailleurs indiens, mais les voilà qui relèvent la tête. Car ils appartiennent à un pays qui fabrique des fusées transcontinentales et des ordinateurs dernier cri, alors que nous autres Arabes ne sommes toujours pas capables de produire nous-même nos keffiehs et djellabas.


Source : Courrier international, 2 novembre 2007

 

06.11.2007

Révolte à Dubaibylone

par Fausto Giudice, 5 novembre 2007
Qui a construit Thèbes aux sept portes ?
Dans les livres, on donne les noms des Rois…
Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?
Babylone, plusieurs fois détruite,
qui tant de fois l’a reconstruite ?
Dans quelles maisons de Lima la Dorée,
logèrent les ouvrtiment ?
Quand la Muraille de Chine fut terminée,
où allèrent, ce soir-là, les maçons ?
Bertol Brecht, Questions que se pose un ouvrier qui lit
Dubai, la nouvelle Babylone
La nouvelle Babylone du XXIème siècle s’appelle Dubaï. Cet émirat pétrolier du Golfe a été pris d’une frénésie pharaonique et est en train de se transformer en un véritable cauchemar climatisé. Burj Dubai, la tour qui va dominer la nouvelle Babylone, sera la plus haute tour jamais construite. Le nombre de ses étages sera un secret jusqu’à l’achèvement du chantier. Mais la machine infernale vient de se gripper : les esclaves se sont révoltés. Ou dit en termes modernes, les ouvriers se sont mis en grève.
La grève ? C’est la seule activité exotique qui n’a pas droit de cité dans les Émirats arabes unis. Interrogé l’année dernière par l’émission de France2 Envoyé spécial sur les conditions de travail des ouvriers immigrés de ces chantiers babyloniens, le responsable émirati préféra laisser la parole à son conseiller français, lequel bafouilla : « Heu, travailler dans les Émirats, ce n’est pas la Sécu… »
En 2005, les 10 millions de travailleurs immigrés travaillant dans les pays du Conseil de Coopération des États arabes du Golfe : Arabie saoudite, Sultanat d'Oman, Koweït, Bahreïn, Qatar et Émirats arabes unis (Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn) ont envoyé dans leurs pays 30 milliards de dollars. Un argent durement gagné. Sur les chantiers de Dubaï, il fait 45° Celsius à l’ombre. Il n’y a pas d’horaires. Les chantiers tournent 24 h sur 24. Pour aller des chantiers à leurs logements, dans ce qui est à juste titre appelé des camps, les ouvriers doivent attendre leurs bus pendant des heures. Pour eux, le cauchemar n’est même pas climatisé.
Les patrons des émirats pétroliers ont commencé à procéder à une substitution massive de main d’œuvre à partir de la première guerre du Golfe, remplaçant les travailleurs égyptiens, palestiniens, jordaniens, irakiens et yéménites par des ouvriers d’Asie, principalement de 5 pays : Inde, Bangladesh, Pakistan, Srilanka et Chine. Les Indiens sont les plus nombreux. Sur les 1,5 millions de travailleurs indiens dans les émirats, plus de la moitié travaillent à Dubai et 300 000 à Abou Dhabi. Ils viennent généralement de trois États de l’Union indienne : Rajasthan, Pendjab et Andhra Pradesh.


Le chantier de Burj Dubai





La tour qui monte (janvier 2006)...


...qui monte (octobre 2007)...jusqu'où ?


Ce sont des ouvriers de la première génération, anciens paysans et ouvriers agricoles. Ils sont soit recrutés par des agences de négriers soit émigrent illégalement dans les Émirats. Ils touchent des salaires allant de 93 à 131 € par mois pour des journées de 12 heures et plus payées quelques Euros. Depuis deux ou trois ans, ces ouvriers se rendent compte qu’ils se sont faits bel et bien gruger : tout compte fait, ils auraient mieux fat d’aller s’employer dans une des zones spéciales qui poussent comme des champignons en Inde, de Delhi (Guraong) à Hyderabad (baptisée Cyberabad), où ils gagneraient autant sinon plus, avec l’avantage de rester dans leur pays.
En juin dernier, le gouvernement de Dubai a lancé une campagne de régularisation des ouvriers sans permis de séjour, leur laissant le choix entre un billet d’avion pour rentrer chez eux et un permis pour rester. 280 000 d’entre eux ont préféré repartir. Devant cette raréfaction de la main d’œuvre, on a assisté à un double phénomène : les travailleurs ont compris que la conjoncture était bonne pour revendiquer des augmentations de salaires et des meilleures conditions de travail et de vie, et les patrons ont commencé à recruter des travailleurs …au Tibet et en Corée du Nord !
Si les grèves sont exotiques dans les émirats, elles ne sont pas si rares que ça: à Dubaï, les dernières ont eu lieu en mars et avril 2006. 2500 ouvriers employés par la firme anglo-émiratie Al Naboodah Laing O'Rourke sur le chantier de Burj Dubai, la fameuse « plus haute tour du monde » avaient d’abord cessé le travail et s’étaient affrontés aux forces de répression (elles-mêmes composées en partie d'immigrés, en général yéménites). Ils réclamaient des choses banales : un meilleur salaire (ils gagnaient de 2,75 € pour un manœuvre à 5,25 € par jour pour un charpentier qualifié), des soins médicaux, un meilleur traitement par les contremaîtres. Cette grève avait été suivie, en avril, par celle des ouvriers de la Marina du « New Dubai », employés par la Al Ahmadiyah Contracting Company. Des affrontemnts violents avaient eu lieu, suivis par les habituelles expulsions des « meneurs violents ».
Le samedi 27 octobre de cette année, un nouveau cycle de grèves s’est ouvert sur les chantiers de Dubaibylone. Les premiers à se mettre en grève ont été les travailleurs de la zone industrielle de Jebel Ali et du quartier résidentiel en construction de Al Qusais. Ils ont affronté les policiers à coups de pierre et ont détruit un peu de matériel. Bref, un comportement de « non-civilisés », comme l’a dit un haut fonctionnaire émirati. 4500 ouvriers ont été arrêtés. Le gouvernement a d’abord annoncé leur expulsion, puis, sans doute rappelé à la raison par les patrons des chantiers, a finalement décidé de n’en expulser que 159, dont 90 Indiens. Les 4300 autres ont repris le travail le 31 octobre. Les résultats immédiatement visible de cette grève sont maigres : à l’entée du Camp de Sonapur, un bâtiment de béton de 3 étages où dorment les ouvriers, la société de construction a affiché une note annonçant que deux médecins commenceraient bientôt des visites pour s’enquérir des malades. Et le patron s’est aussi engagé à payer pour l’installation d’une climatisation dans le camp et pour les bonbonnes de gaz utilisées par les ouvriers pour faire cuire leur tambouille. Mais apparemment, il n’est pas question d’augmenter les salaires.La deuxième grève a éclaté sur les chantiers de la Arabtech Construction Company le jeudi 1er novembre. Cette fois-ci, ce sont 40 000 travailleurs, dont 10 000 originaires de l’Andra Pradesh, qui ont cessé le travail. Leurs revendications : augmentation des salaires, améliorations des conditions de logement et de transport et suppression des amendes (prélevées sur les salaires) infligées sous n’importe quel prétexte. Les réactions n’ont pas traîné. Le ministère du Travail et la « cellule des droits de l’homme » du ministère de la Police ont créé un comité conjoint qui a visité les campements et discuté avec les grévistes. Des promesses d’amélioration leur ont été faites, notamment, chose incroyable, l’instauration d’une assurance-maladie. Bref, de quoi faire mentir le conseiller français cité plus haut… Les diplomates indiens sont aussi entrés dans la danse et la société de construction leur a juré promis de « réviser les salaires » dans les deux mois. Les grévistes ont donc repris le travail le samedi 3 novembre. Et le général Dhahi Khalfan Tamim, commandant en chef de la police de Dubai a fait une déclaration proprement extraordinaire : « Nous pourrions engager des poursuites contre les entreprises de construction qui traitent leurs travailleurs de manière inhumaine. »
Par leur lutte, les parias de Dubai font souffler un vent nouveau sur les Émirats.

02.11.2007

Dubai : quand les esclaves à 3 € par jour se révoltent

Dubai, la nouvelle Babylone


La grève forcément « sauvage » qui a éclaté dimanche 28 octobre sur les chantiers de l’Émirat de Dubaï n’est pas, contrairement à ce qu’écrivent certains journaux, une « première ». Les révoltes sont fréquentes sur ces chantiers pharaoniques où les travailleurs sont payés des salaires de misère, sont entassés comme des poulets d’élevage dans des sinistres dortoirs et n’ont strictement que le droit de bosser, bosser et fermer leur gueule. Les salaires vont de 2,75 € pour un manœuvre à 5,25 € par jour pour un charpentier qualifié. Une grève précédente avait eu lieu en mars 2006 sur le chantier de Burj Dubai, qui doit être la plus haute tour du monde et dont le nombre final d’étages est un secret. 2500 ouvriers employés par la firme anglo-émiratie Al Naboodah Laing O'Rourke avaient alors cessé le travail et s’étaient affrontés aux forces de répression (elles-mêmes composées en partie d'immigrés, en général yéménites). Ils réclamaient des choses banales : un meilleur salaire, des soins médicaux, un meilleur traitement par les contremaîtres. Les ouvriers sont principalement originaires de 5 pays : Inde, Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh et Chine. Recrutés par des agences de négriers, ils arrivent très péniblement à gagner 200 € par mois, pour des journées de travail qui sont très loin de 8 heures : ça serait plutôt des « journées » de 16 heures, sur ces chantiers qui fonctionnent non-stop 24 h sur 24.La seule réponse des autortés émiraties à la nouvelle révolte d’esclaves est la répression. 4000 ouvriers vont être expulsés. Et remplacés par des ...Tibétains et des Nord-Coréens. Une nouvelle affaire juteuse en perspective pour les régimes "communistes" de Pékin et Pyongyang, dont quelques pontes vont sans doute toucher d'alléchantes commissions.


Le chantier de Burj Dubai





La tour qui monte (janvier 2006)...


...qui monte (octobre 2007)...jusqu'où ?


À Dubai, les travailleurs immigrés se rebiffent
Par PB,
L’Humanité, 30 octobre 2007



Golfe . Venus d’Asie du Sud, ils travaillent pour des salaires de misère dans une ville connue pour ses richesses. Ils sont en grève depuis dimanche.
Du jamais-vu à Dubai, cette ville du Golfe connue pour ses gratte-ciel d’avant-garde, ses résidences luxueuses et ses archipels d’îles artificielles : des milliers de travailleurs de la construction, pour la plupart originaire d’Asie du Sud, ont entamé, depuis dimanche, une grève pour protester contre leurs conditions de vie et de travail et pour réclamer de meilleurs salaires. Depuis des décennies, Dubai a connu un véritable boom dans la construction grâce aux investissements de ses riches voisins pétroliers et à la venue de légions de travailleurs asiatiques jamais syndiqués, malléables et corvéables à merci, acceptant des salaires indigents, tétanisés par la peur d’être expulsés et de retrouver la misère de leur pays d’origine.
La situation est devenue pourtant tellement insupportable que ces esclaves des temps modernes se sont rebellés. Provoquant le courroux du ministre du Travail, l’émir Ali ibn Abdullah al Kaabi qui les a décrits comme « non civilisés », dénonçant leur attitude en contradiction avec la sécurité nationale et mettant en danger celle des résidents de Dubai. Il en fallait pourtant pour que ces anonymes, dont on ne parle jamais, donne de la voix et lance des pierres sur les camions de la police qui les encerclaient dans la zone industrielle du Jebel Ali, où se trouve leur camp. Les salaires n’ont jamais suivi la hausse du coût de la vie malgré leurs demandes. À tel point que plus rien ou presque ne les retient à Dubai. En juin, le gouvernement a offert un billet d’avion sans retour aux travailleurs illégaux qui souhaitaient partir. Près de 280 000 d’entre eux, qui en avaient sans doute assez des bas salaires et de cette vie misérable, ont sauté sur l’occasion. Ils savent aussi que les projets pharaoniques nécessitent des bras et que les employeurs, à ce compte-là, ont de plus en plus de mal à flouer des populations bien au courant et d’autant moins enclines à partir que les conditions économiques s’améliorent dans leur propre pays, comme en Inde. Les compagnies sont maintenant forcées de se tourner vers la Corée du Nord et le Tibet. « Nous travaillons dur pour rien et il n’y a aucune raison de continuer ainsi », résume Mohammed Hussein, un travailleur du Bangladesh.



Quatre mille immigrés vont être expulsés de Dubai après des grèves



Quatre mille ouvriers originaires de pays d'Asie vont être expulsés de Dubai après des grèves organisées le week-end dernier pour obtenir de meilleurs salaires et conditions de travail, a rapporté mardi un quotidien citant un responsable du ministère du Travail.
Le haut responsable, Houmaid ben Dimas, a annoncé la prochaine "expulsion de 4.000 travailleurs qui ont fait la grève et commis des actes de vandalisme (...). Les organismes compétents ont été contactés pour mettre en application les mesures nécessaires", a-t-il dit selon le journal Emarat Al Youm. "Les ouvriers ne veulent pas travailler et nous n'allons pas les y obliger", a-t-il ajouté.
Les autorités des Emirats arabes unis avaient décidé de prendre des sanctions sévères après la grève de milliers d'ouvriers étrangers ce week-end à Dubaï. Le droit de grève y reste interdit et le mouvement s'est accompagné de violences, rarissimes dans le pays.
Plusieurs centaines de milliers d'ouvriers du bâtiment, originaires principalement d'Inde, du Pakistan et du Bangladesh, travaillent sur les chantiers de construction dans les Emirats, notamment à Dubaï, où est en construction la plus haute tour du monde, Burj Dubai.
M. Ben Dimas avait déclaré lundi que "les grévistes avaient franchi une ligne rouge, ce que nous ne pouvons pas tolérer".
Samedi, plus de 4.000 ouvriers du bâtiment avaient bloqué la principale artère menant à la zone de libre-échange de Jebel Ali (sud-ouest de Dubaï), avant de jeter des pierres contre des voitures, dont 18 au moins ont été sérieusement endommagées.
Des milliers d'ouvriers d'autres entreprises se sont ensuite joints aux grévistes.
Les forces anti-émeutes sont intervenues au canon à eau pour disperser les manifestants qui s'en sont pris à des voitures des forces de l'ordre.
Un hélicoptère a survolé la zone pour filmer la scène et identifier les meneurs.
Dimanche, le mouvement de grève s'était étendu à trois autres zones de Dubaï mais la police avait pu maîtriser la situation et renvoyer les grévistes dans leurs logements.
Source : AFP, 30 octobre 2007

21.07.2007

La lutte des classes et l’émancipation des femmes

La lutte des classes et l’émancipation des femmes

Cet article a été rédigé par le marxiste britannique Alan Woods, en juillet 2001. Nous avons décidé de le traduire et le publier pour alimenter les débats en cours, dans le mouvement communiste, sur la question du « féminisme ». Dans le Mouvement des Jeunes Communistes, en particulier, des idées extrêmement confuses circulent sur la prétendue hostilité des marxistes à l’égard de la lutte pour l’émancipation des femmes. Nous espérons que ce texte, qui formule les idées fondamentales du marxisme sur cette question, permettra de lever un certain nombre de malentendus.

*

Pour les marxistes, la racine de toutes les formes d’oppression consiste dans la division de la société en classes. Pour de nombreux féministes, l’oppression des femmes s’enracinerait dans la nature des hommes. Ce serait un phénomène, non pas social, mais biologique. C’est là une conception du genre humain complètement statique, non-scientifique et non-dialectique. Ceux qui adoptent cette vision an-historique de la condition humaine en tirent des conditions profondément pessimistes. Car si nous acceptons l’idée qu’il y a quelque chose d’inhérent aux hommes qui les détermine à opprimer les femmes, on voit mal comment remédier au problème. La conclusion de telles prémisses, c’est que l’oppression de la femme par l’homme a toujours existé et, doit-on supposer, existera toujours.

Le marxisme explique qu’il n’en est rien. Il montre que, tout comme la société de classes, la propriété privée et l’Etat, la famille bourgeoise n’a pas toujours existé, et que l’oppression des femmes ne date que de la division de la société en classes. En conséquence, son abolition dépend de l’abolition des classes – c’est-à-dire de la révolution socialiste. Cela ne signifie pas que l’oppression des femmes disparaîtra automatiquement avec la prise du pouvoir par la classe ouvrière. L’héritage psychologique de la barbarie de classe ne sera complètement éliminé que lorsque se seront développées des conditions sociales permettant l’établissement de rapports véritablement humains entre l’homme et la femme. Mais tant que la classe ouvrière n’aura pas renversé le capitalisme, posant les bases d’une disparition de la division de la société en classes, une authentique émancipation de la femme ne sera pas possible.

Pour mener à bien la révolution socialiste, il est nécessaire d’unir la classe ouvrière et ses organisations, en levant toutes les barrières liées à la langue, à la nationalité, à la race, à la religion et au sexe. Cela implique, d’une part, que la classe ouvrière doit lutter contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation, et se placer à la tête de toutes les couches opprimées de la société. D’autre part, la classe ouvrière doit rejeter catégoriquement toute tentative de diviser ses propres rangs – y compris lorsque ces tentatives viennent d’une section des opprimés eux-mêmes.

Il y a un parallèle assez net entre la position marxiste sur la question des femmes et sur la question nationale. Nous avons le devoir de lutter contre toute forme d’oppression nationale. Mais est-ce que, pour autant, nous soutenons le nationalisme ? La réponse est non. Le marxisme est un internationalisme. Notre objectif n’est pas d’ériger des frontières, mais au contraire de dissoudre toutes les frontières dans une fédération socialiste mondiale.

Les nationalistes bourgeois et petit-bourgeois jouent un rôle pernicieux en divisant la classe ouvrière suivant des lignes nationales. Ce faisant, ils exploitent le ressentiment – compréhensible – causé par de longues années de discrimination et d’oppression nationales. Lénine et les marxistes russes menaient une guerre implacable contre toute forme d’oppression nationale, mais aussi contre l’utilisation démagogique de la question nationale par les nationalistes bourgeois et petit-bourgeois. Ils insistaient sur la nécessité d’unir la classe ouvrière de toutes les nationalités dans la lutte contre les capitalistes et les propriétaires terriens – une fédération socialiste étant la seule garantie d’une résolution durable de la question nationale. En d’autres termes, les marxistes abordent la question nationale exclusivement d’un point de vue de classe.

Il en va de même pour l’attitude des marxistes vis-à-vis de l’oppression des femmes. Tout en luttant contre toute forme de discrimination et d’oppression, nous devons fermement rejeter le féminisme bourgeois et petit-bourgeois, qui considère l’essence du problème comme un conflit entre l’homme et la femme, et non comme une question de classe.

Toute l’histoire montre que la question de classe est déterminante, et qu’il y a toujours eu une lutte intense entre les femmes des classes opprimées, qui voulaient un changement révolutionnaire, et les femmes « progressistes » des classes supérieures, qui utilisaient la question de l’oppression des femmes pour promouvoir leur propres objectifs égoïstes. A chaque étape, cette différence de classe s’est manifestée de façon très nette. Quelques exemples suffiront à le montrer.

Dès le XVIIe siècle, les femmes commencèrent à défendre des revendications pour leur émancipation sociale et politique. La révolution anglaise a vu une large implication des femmes dans la lutte contre la monarchie, pour la démocratie et l’égalité des droits. En 1649, une Pétition des Femmes de Londres déclarait : « Puisqu’on nous assure que nous avons été créées à l’image de Dieu, que tous les hommes sont égaux aux yeux du Christ, ainsi que dans notre part des bienfaits du Commonwealth, nous ne pouvons que nous étonner et nous désoler de ce que nous soyons aussi méprisables à vos yeux, au point de nous considérer comme indignes de pétitionner ou de présenter nos doléances à cette honorable Chambre. N’avons-nous pas, comme tous les hommes de cette Nation, un intérêt égal dans les libertés et sécurités consacrées dans la Pétition du Droit et dans d’autres bonnes lois du pays ? » (Not in God’s Image, J. O’Faolain et L. Martines)

Les femmes étaient actives dans des groupes et des sectes religieuses qui se situaient sur la gauche du mouvement révolutionnaire et qui demandaient que les femmes puissent devenir prêtres ou ministres. Mary Cary, par exemple, participait au mouvement de la « Cinquième Monarchie ». Dans The New Jerusalem’s Glory, elle écrivait : « Et s’il y a si peu de hommes qui soient doués du don de l’Esprit, combien peut-il y en avoir parmi les femmes ? Et si tant est qu’il y ait des femmes pieuses, dont beaucoup ont effectivement reçu l’Esprit – quelle en est la proportion ? Sont-elles si faibles ? Sont-elles incapables de prophétie ? Car c’est de cela que je parle, cela qui se trouve dans le texte, mais que nous ne trouvons pas dans les faits. Mais l’heure approche qui verra la réalisation de cette promesse, et les Saints seront abondamment remplis de l’Esprit ; où non seulement les hommes, mais aussi les femmes, pourront prophétiser ; non seulement les hommes âgés, mais aussi les jeunes ; non seulement les supérieurs, mais aussi les inférieurs ; non seulement ceux qui ont appris dans les Universités, mais aussi ceux qui n’y ont pas appris ; et même les servants et domestiques. »

Le féminisme et la révolution française

A l’époque de la révolution française, la situation avait beaucoup évolué. Les rapports de classe – et, par conséquent, la conscience de classe – étaient devenus plus nets, plus tranchés. La révolution n’avait plus besoin de se parer d’un voile biblique. Elle parlait désormais le langage de la Raison et des Droits de l’Homme. Mais qu’en était-il des droits des femmes ?

La révolution française ne peut être comprise que d’un point de vue de classe. Les différents partis, clubs, tendances et individus, qui entrent en scène à un rythme déroutant, surgissant et retombant comme les vagues d’une mer agitée, n’étaient que l’expression de la lutte de différentes classes pour le contrôle de la situation, suivant une loi générale de toute révolution qui voit le tendances les plus radicales remplacer les plus modérées, jusqu’à ce que la dynamique de la révolution soit épuisée et que son film commence à se dérouler en sens inverse. Telle est la destinée de toute révolution bourgeoise : l’impulsion qui vient des masses finit par se heurter à la contradiction entre leurs illusions et le contenu de classe réel du mouvement.

Les divisions de classe, au sein du mouvement révolutionnaire, se sont manifestées dès le début. Les Girondins représentaient la tendance bourgeoise qui voulait arrêter la révolution à mi-chemin et conclure un accord avec le roi pour instaurer une monarchie constitutionnelle. C’eut été fatal à la révolution, qui n’a acquis son élan nécessaire que lorsque les masses sont entrées en action et ont commencé à régler leur compte avec la réaction par des méthodes plébéiennes et révolutionnaires. C’est l’irruption des masses qui a garanti la victoire de la révolution et a permis de complètement balayer l’ordre féodal.

On ignore souvent que les femmes ont joué un rôle dirigeant dans la révolution française (comme d’ailleurs dans la révolution russe). Nous ne parlons pas ici des petites-bourgeoises féministes et cultivées qui ont émergé au cours de la révolution, mais des femmes ordinaires du peuple et de la classe ouvrière qui se sont soulevées contre l’oppression de leur classe. Les femmes plébéiennes et semi-prolétariennes qui ont commencé la révolution, en 1789, réclamaient d’abord du pain, sans dans un premier temps poser la question de l’oppression des femmes – bien que cette question ait naturellement surgi au cours de la révolution.

Dans Le peuple et le révolution française, l’historien Gwynne Lewis écrit : « Exclues du vote et de la majorité des sociétés populaires, les femmes pouvaient jouer, et ont effectivement joué un rôle de premier plan dans les insurrections, en particulier celles d’octobre 1789, du 10 août 1792 et du printemps de 1795. Mêmes les femmes les plus radicales demandaient rarement qu’on leur accorde le droit de vote, conditionnées qu’elles étaient par la distinction qui plaçait l’homme dans la "sphère publique" et la femme dans la "sphère privée". Elles ont constitué des sociétés populaires de femmes, dont la plus connue était la Société des Citoyennes Républicaines Révolutionnaires. Mais ce club n’a duré que de mai à octobre 1793. Cependant, cela ne signifie pas que les femmes ne partageaient pas le programme économique et politique des hommes. Les femmes soutenaient les hommes, et les poussaient même à l’action. Elles prenaient place dans les galeries des sociétés populaires ; elles créaient leur propre espace politique à la sortie des boulangeries, sur les marchés, dans les rues. »

Une révolution secoue la société jusque dans ses profondeurs, libérant les sentiments et les aspirations des masses et de toutes les couches opprimées. La revendication de l’émancipation des femmes a donc acquis un caractère brûlant, au cours de la révolution. Mais cette revendication était comprise différemment par les différentes tendances politiques, lesquelles reposaient en dernière analyse sur différents intérêts de classe. Ce n’est pas un hasard si les femmes pauvres du prolétariat et du semi-prolétariat parisiens étaient à l’avant-garde. Elles constituaient la couche la plus opprimée de la société, celles qu’accablaient le plus de souffrances. Par ailleurs, elles n’avaient pas d’expérience de la lutte et des organisations politiques, et sont entrées dans l’action sans être encombrées de préjugés. Par contraste, les hommes étaient plus prudents, plus hésitants, plus « légalistes ». Depuis, on a pu observer ce contraste à de nombreuses reprises. Dans de nombreuses grèves impliquant des femmes, elles ont fait preuve d’une combativité, d’une élan et d’un courage bien supérieurs aux hommes. Il est significatif que, lors de la révolution française, les femmes ont commencé à se mobiliser sur des questions de classe – la question du pain. Et c’était également le cas plus d’un siècle après, à Petrograd.

A chaque tournant décisif de la révolution française – tout au moins dans ses premières phases – les femmes des classes inférieures ont joué un rôle dirigeant. En octobre 1789, alors que les membres de l’Assemblée Constituante se perdaient en discours interminables sur les réformes et la Constitution, les femmes pauvres de Paris – les poissonnières, les lavandières, les couturières, les vendeuses, les domestiques et femmes de travailleurs – se sont spontanément révoltées. Elles ont organisé une manifestation et marché jusqu’à l’Hôtel de Ville, réclamant une baisse du prix du pain. Elles défiaient les hommes de marcher sur Versailles et d’en ramener le roi et la reine pour les placer, à Paris, sous la surveillance du peuple (elles ne faisaient d’ailleurs aucune différence entre le roi et la reine, celle-ci – la « femme autrichienne » – étant peut-être encore plus détestée que son mari). Cette scène est très bien décrite dans le livre de George Rudé, La foule dans la révolution française :

« Les femmes ont commencé à prendre les choses en main. La crise du pain les affectait tout particulièrement, et ce sont elles, plus que les hommes, qui ont joué le rôle dirigeant dans le mouvement. Le 16 septembre, Hardy rapporte que des femmes ont arrêté, à Chaillot, cinq charrues chargées de blé et les ont amenées à l’Hôtel de Ville de Paris. Le 17, à midi, l’Hôtel de Ville était assiégé par des femmes en colère qui fustigeaient l’attitude des boulangers ; elles ont été reçues par Bailly, au Conseil Municipal. "Ces femmes, notait Hardy, disaient hautement que les hommes n’y entendaient rien et qu’elles voulaient se mêler des affaires". Le jour suivant, l’Hôtel de Ville était de nouveau assiégé, et les femmes reçurent des promesses. Le soir même, Hardy rapporte avoir vu des femmes saisir un chargement de blé, Place des Trois Maries, et l’escorter jusqu’au quartier général le plus proche. Ce mouvement devait se poursuivre jusqu’à la manifestation politique du 5 octobre, et au-delà. »

Plus loin : « Les femmes convergèrent vers l’Hotel de Ville. En premier lieu, elles réclamaient du pain, et en deuxième lieu des armes et des munitions pour leurs hommes. Un marchand passant par le vieux marché, vers 8 h 30, dit avoir aperçu des groupes de femmes qui arrêtaient des passants et les forçaient à les suivre jusqu’à l’Hôtel de Ville, "où l’on devait aller pour se faire donner du pain". Les gardes étaient alors désarmés et leurs armes livrées aux hommes qui suivaient les femmes en les encourageant. Un autre témoin, caissier de l’Hôtel de Ville, rapporte comment, vers 9 h 30, un grand nombre de femmes, parmi lesquelles se trouvaient également des hommes, ont dévalé les escaliers et pénétré de force dans tous les bureaux du bâtiment. Un témoin dit qu’elles étaient armées de bâtons et de piques, et un autre qu’elles avaient des haches, des pieds-de-biche, des matraques et des mousquets. Un caissier de la Mairie qui avait eu la témérité de protester s’est entendu dire "qu’ils étaient les maîtres et les maîtresses de l’Hôtel de Ville". A la recherche d’armes et de poudre, elles déchiraient des documents et des livres de compte. Une liasse de billets de la Caisse des Comptes disparût de l’un des bureaux. Mais leur but n’était pas de piller ou de voler de l’argent. Le trésorier municipal rapporta à la police que les femmes n’avaient pas touché aux 3,5 millions de livres en billets qui se trouvaient sur les lieux, et, quelques semaines plus tard, la liasse de billets manquante a été intégralement restituée. Après avoir sonné le tocsin, les manifestants se retrouvèrent Place de la Grève, vers 11 heures.

« C’est à ce moment que Maillard et ses Volontaires arrivèrent. D’après son témoignage, les femmes menaçaient de mort Bailly et Lafayette. Soit pour les empêcher de mettre leur menace à exécution, soit pour promouvoir les objectifs politiques des "patriotes", Maillard s’est persuadé de la nécessité de prendre la tête de la longue marche sur Versailles, où une pétition réclamant du pain devait être remise au roi et à l’Assemblée. En partant, dans l’après-midi, elles enlevèrent les canons du Châtelet et obligèrent les femmes de toutes conditions – "même des femmes à chapeau"– à se joindre à elles. »

Ici, on voit parfaitement comment les femmes pauvres de Paris concevaient la lutte. L’inaction de leurs hommes les frustrait, et elles se lancèrent elles-mêmes dans le combat avec un fougue extraordinaire qui balayait tout sur son passage. Mais à aucun moment elles n’ont considéré cela comme une lutte « des femmes contre les hommes ». C’était une lutte de toute la classe des pauvres et des exploités contre les riches oppresseurs. Avec des revendications économiques (« du pain »), elles marchaient vers la Mairie. Puis une autre revendication a commencé à émerger : les femmes demandaient des armes et des munitions pour leurs hommes. Elles cherchaient à susciter la honte chez les hommes, pour les pousser à l’action. Ce faisant, elle sont brillamment parvenues à sauver la révolution.

L’irruption des masses sur la scène politique est la caractéristique première et fondamentale de toute révolution. C’est tout particulièrement vrai concernant les femmes. Dans la révolution française, les femmes n’avaient pas du tout l’intention de laisser la politique aux hommes. A Paris, les Citoyennes Républicaines Révolutionnaires, vêtues de pantalons rouges et blancs et du bonnet rouge, organisaient des manifestations armées. Elles demandaient que les femmes aient le droit de vote et de siéger dans les plus hautes instances civiles et militaires de la République – c’est-à-dire l’égalité politique complète et le droit de se battre et de mourir pour la cause de la révolution.

Cependant, la révolution se caractérisait par une lutte constante entre différents partis et tendances, dont les plus radicaux devançaient et remplaçaient constamment les plus modérés, jusqu’à ce que la révolution ait épuisé son potentiel et commence à se dérouler en une spirale descendante menant au Bonapartisme et à Waterloo. Cette lutte entre les partis, au sommet, reflétait la lutte entre différentes classes. Les Girondins représentaient la section de la bourgeoisie qui avait peur des masses et cherchait à tout prix un accord avec le roi. Ces antagonismes de classe – qui prirent des formes particulièrement aiguës dans la révolution française – affectaient d’une façon fondamentale la question des femmes.

Les militantes girondines – dont certaines défendaient des positions très avancées sur la question formelle des droits des femmes – posaient la question d’une façon différente des femmes « sans-culottes », que les historiens hostiles appelaient ironiquement les « tricoteuses » à cause de leur habitude de tricoter en regardant les têtes aristocratiques tomber dans le panier de la guillotine. Les femmes des classes pauvres de Paris étaient animées d’un grand esprit révolutionnaire, d’une conscience de classe très nette – et d’une haine sans faille à l’égard des riches. Les Girondines venaient de familles privilégiées des classes moyennes ou de la bourgeoisie, et leurs intérêts immédiats n’étaient pas les mêmes que ceux des femmes des quartiers pauvres de Paris.

Les Girondines firent voter une loi sur le divorce qui était indiscutablement un progrès pour les femmes. Mais les Girondines insistaient beaucoup sur la question du droit des femmes à la propriété. Or, à l’époque de la révolution française, cette revendication n’était certainement pas une question brûlante pour la majorité des femmes, pour la simple raison que ni celles-ci, ni leur mari n’avaient la moindre propriété. Conformément à leur point de vue de classe, les femmes « sans-culottes » étaient opposées au « droit sacré à la propriété ». Hostiles aux femmes bourgeoises, même lorsque celles-ci portaient un bonnet rouge, elles luttaient instinctivement pour une République dans laquelle les hommes et les femmes seraient véritablement égaux – et non seulement égaux devant la Loi. Autrement dit, elles luttaient pour une société sans classes, sans riches et pauvres. Nous savons aujourd’hui que cet objectif était irréalisable, à l’époque. Les forces productives, qui constituent la base matérielle du socialisme, n’étaient pas suffisamment développées. La nature de classe de la révolution française était nécessairement bourgeoise. Mais cela n’apparaissait pas du tout clairement aux masses qui rallièrent la révolution avec un enthousiasme immense, et qui ont versé leur sang pour sa victoire. Ni les hommes, ni les femmes du peuple ne se battaient pour donner le pouvoir à la bourgeoisie ; ils se battaient pour défendre les intérêts de leur classe.

La lutte entre tendances révolutionnaires et modérées s’exprimait d’une façon très aiguë dans les rangs des femmes. Olympe de Gouges (1748-93) était le type même de la féministe girondine. Née Marie Gouges, fille illégitime d’un noble et de la femme d’un boucher de Montauban, dans le sud de la France, elle se rebella contre l’étroitesse de la vie provinciale et la façon dont son père traitait sa mère. Après un mariage malheureux, elle s’empressa d’aller à Paris, changea de nom et s’engagea dans le théâtre. Typique des femmes des classes moyennes que la révolution enthousiasmait, sans jamais vraiment en comprendre l’essence, elle écrivit des pièces de théâtre et des pamphlets, réclamait l’abolition du commerce d’esclaves, des ateliers publics pour les chômeurs (idée adoptée plus tard par le socialiste réformiste Louis Blanc) et un théâtre national pour les femmes. En 1791, elle écrivit une Déclaration des Droits de la Femme, en réponse à la Déclaration des Droits de l’Homme adoptée par l’Assemblée.

Il y a des choses très intéressantes dans ce document, dont ce vibrant appel aux femmes : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? »

Elle écrivit également une Forme de Contrat Social de l’Homme et de la Femme, dont elle voulait qu’il remplace les serments existants, et qui commençait par ces mots : « Nous, __ et __, mus par notre propre volonté, nous unissons pour le terme de notre vie, et pour la durée de nos penchants mutuels, aux conditions suivantes. Nous entendons et voulons mettre nos fortunes en communauté, en nous réservant cependant le droit de les séparer en faveur de nos enfants, et de ceux que nous pourrions avoir d’une inclination particulière, reconnaissant mutuellement que notre bien appartient directement à nos enfants, de quelque lit qu’ils sortent, et que tous indistinctement ont le droit de porter le nom des pères et mères qui les ont avoués, et nous imposons de souscrire à la loi qui punit l’abnégation de son propre sang. Nous nous obligeons également, au cas de séparation, de faire le partage de notre fortune, et de prélever la portion de nos enfants indiquée par la loi ; et, au cas d’union parfaite, celui qui viendrait à mourir se désisterait de la moitié de ses propriétés en faveur de ses enfants ; et si l’un mourait sans enfant, le survivant hériterait de droit, à moins que le mourant n’ait disposé de la moitié du bien commun en faveur de qui il jugerait à propos. »

Plus loin : « J’offre un moyen invincible d’élever l’âme des femmes ; c’est de les joindre à tous les exercices de l’homme : si l’homme s’obstine à trouver ce moyen impraticable, qu’il partage sa fortune avec la femme, non à son caprice, mais par la sagesse des lois. Le préjugé tombe, les mœurs s’épurent, et la nature reprend tous ses droits. Ajoutez-y le mariage des prêtres, le Roi raffermi sur son trône, et le gouvernement français ne saurait plus périr. »

Cependant, les idées d’Olympe de Gouges étaient celles d’une Girondine – c’est-à-dire d’une bourgeoise libérale. Notons que, dans le nouveau contrat de mariage, elle insiste surtout sur la question de la propriété. Et à la fin, elle parle de la nécessité de « raffermir le roi sur son trône ». C’est entièrement dans l’esprit girondin. Plus tard, elle publia un appel contre l’exécution du roi – ce qui scella son sort. Les Jacobins l’exécutèrent. Sur le chemin de la guillotine, elle fit un discours dans lequel elle disait, entre autres choses : « Echafauds et bourreaux – voilà donc les résultats d’une révolution qui devait être la gloire de la France, rayonnant sans distinction sur les deux sexes et servant de modèle à l’univers ? » Ces paroles montraient qu’elle ne comprenait pas la réalité de la révolution. L’exécution du roi était une ligne de démarcation nette séparant les deux phases de la révolution dans sa période ascendante. Elle fut un coup décisif porté au centre nerveux de la contre-révolution, d’où des complots étaient constamment organisés. Elle intimida l’aristocratie et envoya un message de défi à tous les trônes d’Europe. Surtout, elle permit de distinguer les éléments modérés et vacillants de ceux qui brûlaient de faire avancer la révolution.

Des philistins ont condamné la révolution française parce qu’elle a usé de la violence. La Terreur a été universellement condamnée en des termes qui rappellent les dernières paroles d’Olympe de Gouges. Mais sans la Terreur révolutionnaire, la révolution n’aurait pas survécu. Les masses devaient recourir à des mesures extrêmes pour se défendre contre la menace de la contre-révolution royaliste qui, si elle l’avait emporté, aurait noyé la révolution dans le sang. Toute l’histoire, à commencer par la révolte des esclaves dirigée par Spartacus, montre qu’il n’y a pas de limites à la cruauté d’une classe dirigeante qui prend sa revanche. Dans une premier temps, la Terreur dirigée contre l’aristocratie, les prêtres et la contre-révolution avait un caractère progressiste. Lorsque, plus tard, la Terreur fut dirigée contre les révolutionnaires, dans le but de consolider la réaction thermidorienne, elle était contre-révolutionnaire. Nous sommes navrés pour tous ceux qui ne voient pas la différence, mais ils ne peuvent pas être pris au sérieux.

Théroigne de Méricourt (1766-1817) était une autre personnalité féministe et girondine. Elle avait vécu comme une courtisane avant la révolution, et s’est saisi de la question des droits des femmes – là encore, d’un point de vue purement girondin. La malheureuse fut attaquée par des Jacobines alors qu’elle marchait dans le jardin des Tuileries, en juin 1793. Elle fut déshabillée et lapidée. Elle termina sa vie dans un asile de fous.

D’un point de vue humain, on peut éprouver de la sympathie pour cette femme qui, d’une certaine façon, voulait améliorer le sort des femmes – ou plus exactement des femmes bourgeoises. Mais ce que montre avant tout son destin, c’est qu’un abyme de classe séparait la féministe bourgeoise des femmes révolutionnaires des classes opprimées, et qu’une ligne de sang séparait les riches des pauvres, les Girondins des Jacobins. Les appels à l’unité de toutes les femmes, indépendamment de leurs classes sociales, ne rencontraient aucun écho parmi la masse des femmes du peuple qui se battaient aux côtés de leurs hommes pour une société plus juste.

Divisions de classe chez les Suffragettes

Les premières années de développement du mouvement ouvrier, en Grande-Bretagne, étaient une période d’agitation intense dans la classe ouvrière, et notamment parmi les femmes. Le syndicalisme de masse était né, à la fin de XIXe siècle, d’une série de grèves militantes qui mobilisèrent des travailleurs jusqu’alors passifs et inorganisés. Certaines de ces grèves impliquaient des ouvrières, comme par exemple la célèbre grève des vendeuses d’allumettes. Dans le même temps, parmi les femmes des classes moyennes, il y avait une agitation croissante en faveur du droit de vote. Cependant, les « Suffragettes » de la petite-bourgeoisie ne s’intéressaient qu’à l’égalité formelle, et se seraient contentées d’un droit de vote limité aux femmes propriétaires – c’est-à-dire aux femmes de leur classe. N’oublions pas qu’à l’époque, bien des hommes n’avaient pas le droit de vote. Et les événements démontrèrent rapidement la nature réactionnaire du féminisme bourgeois, qui était hostile à la cause des travailleurs – et des travailleuses.

Comme l’écrit Jen Pickard dans un article sur Sylvia Pankhurst : « La famille Pankhurst était associée à la lutte pour le droit de vote des femmes. Mais ce qui distinguait l’approche de Sylvia de celle de sa mère Emmeline et de sa sœur Christabel, c’est la question de classe. En conséquence, dans les années 20, au terme de près de 20 années de lutte, Emmeline fut candidate aux législatives pour les Tories (les Conservateurs), alors que Sylvia participait à la création du Parti Communiste Britannique. »

La fondation de l’Union Sociale et Politique des Femmes (WSUP), en 1903, était une conséquence des vacillations du Parti Travailliste Indépendant sur la question du droit de vote des femmes. Le WSUP grandit rapidement et, en 1907, comptait 3000 sections, composées notamment d’enseignantes, de vendeuses, d’employées de bureau, de couturières et d’ouvrières du textile. Son journal, Votes for Women, se vendait à 40 000 exemplaires par semaines. Le WSUP était capable de remplir la salle de l’Albert Hall et d’organiser une manifestation de 250 000 personnes, à Hyde Park.

En 1911, au moment où le gouvernement libéral d’Asquith promettait la « Home Rule » aux Irlandais, il ouvrait également la perspective d’un droit de vote des femmes (propriétaires). Mais les Libéraux renièrent ces deux engagements. Lorsque les Suffragettes recoururent à l’action directe, elles furent brutalement réprimées : tabassages, arrestations, alimentation forcée des grévistes de la faim, etc. La campagne des Suffragettes était essentiellement organisée par les femmes des classes moyennes. Mais la tactique consistant à briser les vitres des opposants au droit de vote, défendue par l’aile bourgeoise des Suffragettes, ne menait nulle part. La classe dirigeante demeurait implacablement opposée au droit de vote des femmes.

La seule voie, pour le mouvement des femmes, consistait à nouer des liens avec le mouvement ouvrier, qui à cette époque menait une lutte intense contre la classe capitaliste. C’était une période de montée en puissance de la lutte des classes, en Grande-Bretagne, avec des grèves massives des dockers et des travailleurs du transport. Le « Libéral » Asquith envoya l’armée briser la grève des mineurs, dans le sud du Pays de Galles. Une section du mouvement des femmes choisit de s’unir au mouvement ouvrier, avec un certain succès. Sylvia Pankhurst s’engagea dans une stratégie d’agitation et de propagande parmi les femmes de la classe ouvrière, dans l’Est de Londres. A Bermondsey, au sud de Londres, des femmes grévistes d’une usine d’alimentation ont été rejointes par 15 000 autres, venues d’usines et d’ateliers de la région, pour participer à un meeting de masse, à Southwark Park. Elles réclamaient une augmentation de salaire – et le droit de vote. C’était la bonne stratégie : utiliser le levier de la lutte des classes pour lier des revendications économiques aux revendications politiques, dont notamment le droit de vote.

Ces différences d’approches provoquèrent une scission dans le mouvement, suivant une ligne de classe – ainsi qu’une division dans la famille Pankhurst. En janvier 1914, quelques mois avant la guerre, Sylvia fut convoquée à Paris pour une réunion avec sa mère, Emmeline, et sa sœur, Christabel. Installée dans un confortable exil, à Paris, Christabel respirait la santé, alors que Sylvia était épuisée par la prison et les grèves de la faim. En opposition complète avec la position de classe défendue par Sylvia Pankhurst, sa sœur Christabel insistait sur l’indépendance du WSPU à l’égard de tous les partis politiques (les « partis des hommes »). Christabel exigeait l’exclusion de la Fédération de l’Est de Londres du WSPU. En d’autres termes, elle demandait l’exclusion des femmes de la classe ouvrière.

Cette arrogante petite-bourgeoise expliquait que la Fédération de l’Est de Londres reposait trop sur les ouvrières. Il semble que sa mère ait cherché un compromis, mais Christabel n’en voulait pas, et demandait « une coupe franche » dans le mouvement. En conséquence, la Fédération de l’Est de Londres dût rompre avec le WSPU et constituer une organisation distincte : la Fédération des Suffragettes de l’Est de Londres (ELFS). Cela illustre parfaitement l’attitude du féminisme petit-bourgeois à l’égard de la classe ouvrière. Comme l’écrit Jen Pickard, « la scission du WSPU reflétait la polarisation générale dans la société britannique. Entre 1911 et 1914, dès grèves ont éclaté dans toutes les sections décisives de la classe ouvrière (dockers, travailleurs des transport, cheminots, métallurgistes). Et parmi les membres du WSPU qui étaient emprisonnés et nourris de force, ce sont les femmes de la classe ouvrière qui subirent les pires traitements. »

Là encore, la question de classe est fondamentale. La scission des Suffragettes illustre l’attitude des féministes bourgeoises à l’égard des travailleuses, du socialisme et du mouvement ouvrier. En posant le problème en terme de lutte « des femmes contre les hommes », elles jouèrent un rôle négatif et finirent inévitablement par adopter une politique réactionnaire, comme on l’a vu quelques mois après la scission. En 1914, la première guerre mondiale brisa le développement de la lutte des classes en Grande-Bretagne. Et du jour au lendemain, les « rebelles » féministes Emmeline et Christabel Pankhurst se muèrent en véritables chauvines. Le journal du WSPU (Votes for Women) fut rebaptisé Britannia. Sa devise était : « Roi, Patrie, Liberté ».

Cette abjecte et honteuse trahison de la cause des femmes mettait à jour la véritable nature de classe du féminisme bourgeois, ainsi que le gouffre le séparant de la classe ouvrière et du socialisme. Malgré toute leur démagogie et tout leur radicalisme verbal, en dernière analyse, elles étaient prêtes à s’unir aux hommes de leur classe – la classe dirigeante – contre les hommes et les femmes du salariat, qui allaient devoir souffrir et mourir au combat pendant que, bien au chaud et bien nourries, elles agiteraient le drapeau national. C’est toujours la même histoire.

Sylvia Pankhurst, elle, s’opposa à la guerre – bien que d’un point de vue pacifiste confus – et organisa une campagne pour que les femmes qui remplaçaient les hommes – partis au front – dans les industries d’armement et de la métallurgie, reçoivent un salaire équivalent. Elle publia une journal, The Workers’ Deadnaught, puis rejoint le Parti Communiste, où elle adopta une position gauchiste. Elle avait une compréhension très limitée du marxisme, mais, au moins, elle essayait de défendre une position de classe.

En 1918, les femmes britanniques de plus de 30 ans obtenaient le droit de vote. Ce n’était pas le résultat des méthodes des Suffragettes, mais une conséquence indirecte de la révolution russe et de l’effervescence révolutionnaire qui suivit la première guerre mondiale. La classe dirigeante britannique était prise de panique et forcée de faire des concessions. Une fois de plus, la réforme dérivait de la révolution.

L’émancipation des femmes et le socialisme

Les révolutions bourgeoises du passé ont proclamé les « droits de l’homme » – mais, dans la pratique, n’ont jamais accompli l’égalité des hommes et des femmes. En fait, les progrès de la condition féminine, sous le capitalisme, ont été la conséquence, d’une part, de la lutte des classes, et d’autre part de l’évolution du rôle des femmes dans la production. Certains droits politiques ont été gagnés dans bon nombre de pays, mais il n’y a pas eu d’authentique émancipation des femmes, et il ne pourra jamais y en avoir sur la base du capitalisme.

Dès 1848, Marx et Engels soulevaient la revendication de l’abolition de la famille bourgeoise. Cependant, elle ne peut pas être abolie du jour au lendemain. Pour cela, il faut une base matérielle qui ne peut être réalisée que par le renversement du capitalisme et l’établissement d’une société nouvelle, fondée sur un plan de production harmonieux et démocratique, impliquant toute la population dans la tâche commune de l’administration. Dès lors que les forces productives seront libérées des chaînes de la propriété privée et de l’Etat-nation, il sera possible d’atteindre rapidement un très haut niveau de bien-être économique. La vieille psychologie faite de peur, de cupidité et de convoitise disparaîtra au fur et à mesure que seront abolies les conditions matérielles qui lui ont donné naissance.

La voie sera alors ouverte à une transformation radicale de la vie humaine, ainsi qu’à une transformation conséquence des rapports entre les hommes et les femmes, de leur façon de penser et d’agir. Sans de telles prémisses, tous les discours sur la nécessité de changer le caractère et la psychologie des gens ne mènent à rien. L’être social détermine la conscience.

Les femmes de la classe ouvrière ont joué un rôle déterminant dans la Russie de février 1917. Le tsar a été renversé par une révolution qui a commencé lors de la Journée Internationale de la Femme, les femmes russes ayant décidé de faire grève et de manifester, à Petrograd, contre l’avis des Bolcheviks locaux, qui craignaient un massacre. Guidées par leur instinct de classe, elles ont balayé toutes les objections et ont commencé la révolution. Nous verrons de nombreux exemples de ce type à l’avenir.

Une authentique émancipation de la femme n’est possible que si la classe ouvrière dans son ensemble est émancipée. Le socialisme permettra le développement de la personnalité humaine et l’établissement de rapports authentiquement humains entre l’homme et la femme, c’est-à-dire de rapports libres de toute pression externe, qu’elle soit sociale, économique ou religieuse. Cependant, une telle société présuppose un niveau de développement économique et culturel supérieur au plus développé des pays capitalistes. Dans la Russie arriérée d’octobre 1917, une telle base n’existait pas. Par conséquent, malgré les énormes avancées dues à la révolution, la condition des femmes régressa de nouveau, d’abord à cause du stalinisme, puis plus encore avec la restauration du capitalisme. Aujourd’hui, en Russie et en Europe de l’Est, la situation des femmes est plus mauvaise que jamais. Cela ne devrait surprendre personne. Il n’y a pas de progrès possible sur la base du capitalisme – en Russie moins encore que partout ailleurs.

Les femmes joueront un rôle essentiel dans le renversement du capitalisme et la construction du socialisme. Mais encore une fois, nous parlons ici des femmes de la classe ouvrière luttant pour leur propre émancipation – et celle de toute leur classe. Nous parlons de travailleuses acquérrant une conscience de classe et de la confiance en elles à travers leur participation à la lutte des classes – et non d’universitaires féministes « enseignant » aux femmes comment se battre pour la « cause des femmes ». Dans le processus de la lutte pour transformer la société, les hommes et les femmes se transformeront eux-mêmes. Nous pouvons voir comment, dans chaque grève, les travailleurs s’élèvent au rang de véritables êtres humains et se débarrassent de la mentalité d’esclave. Ce sera infiniment plus vrai dans le cas d’une révolution !

C’est la seule façon de parvenir à une authentique libération – non des femmes, mais des femmes et des hommes. En fait, l’une sans l’autre est impossible. Nous ne luttons pas pour la libération de tel ou tel groupe social, mais de l’humanité elle-même. Cela ne signifie nullement que les femmes doivent renoncer à la lutte pour des améliorations immédiates de leur condition. Au contraire. Sans la lutte quotidienne pour des avancées sous le capitalisme, la révolution socialiste serait impossible. Mais d’une part, il faut comprendre que sous le capitalisme, toute amélioration aura un caractère partiel, instable, et sera constamment menacée par la crise du système et la situation de déclin social, moral et culturel. D’autre part, il est nécessaire de lier fermement la lutte contre l’oppression des femmes à la lutte de la classe ouvrière contre le capitalisme. C’est la seul voie possible vers la victoire.

Bien sûr, même après le renversement du capitalisme, les cicatrices psychologiques de la barbarie de classe, avec son égoïsme calculateur et sa cupidité, ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Il faudra du temps avant que tout le vieux fatras ne disparaisse. Mais immédiatement, les rapports entre les hommes et les femmes commenceront à s’améliorer. Les terribles pressions économiques qui brisent des vies et enveniment tous les rapports humains seront abolis avec la provision d’emplois, d’une éducation et de logements décents pour tous. Un plan démocratique de production créera les conditions pour que tout le monde participe à l’administration de la société. Entre autres choses, cela permettra d’éliminer la vieille structure familiale introvertie et l’atomisation de l’individu, et créera les conditions de l’émergence d’une psychologie complètement différente, enracinée dans des rapports sociaux nouveaux, libres et véritablement humains.

L’élimination de la société de classe – et de la mentalité d’esclave qui en découle – débouchera sur la formation d’hommes et de femmes nouveaux : des êtres libres, capables de vivre ensemble en harmonie, entièrement libérés de la vieille psychologie égoïste. Après avoir libéré les hommes et les femmes de l’humiliante lutte pour leurs moyens matériels d’existence, il sera pour la première fois possible aux hommes et aux femmes d’agir les uns à l’égard des autres en être humains. Le rapport entre l’homme et la femme – ce rapport si beau et si naturel – sera libre de se développer à l’abri de toute coercition, de tout calcul égoïste et de toute dépendance humiliante.

Alan Woods (Juillet 2001)

 

Publication : vendredi 20 juillet 2007

10.07.2007

Syndicalistes de Jbel Aouam

Syndicalistes de Jbel Aouam
La lutte ouvrière des mineurs de Jbel Aouam continue, leur calvaire aussi. On les appelle des syndicalistes, mais on ne voit pas de syndicats, l'histoire et l'expérience de la CDT dans les mines de Jbel Aouam est catastrophique. L'UMT tout le monde sait ce qu'elle est devenue, le reste est un copie presque conforme aussi bien dans la méthodologie que dans les teneurs. Les différences résident uniquement dans les figures. le mode de négociation et les discours tenus devant les micro sont les mêmes.

Donc, c'est normal que les luttes ouvrières de Jbel Aouam, Boudhar, Imini, Bouaâzer, Imitr et autres ne soient qu'un moyen d'expression d'une colère. Les grands chiffres interviennent par la suite pour faire tous les "hableurs".

24.06.2007

Droit du travail en grand danger

UNION NATIONALE CGT CEGELEC et filiales

ZI Artois Flandres 62092 Haines cedex

Fax/tel : 03-21-77-74-47 Cgtcegelec62@voila.fr
Un coup terrible contre les travailleurs ! Un reniement de la démocratie élémentaire ! En silence ! Ils ont cassé 70 ans de droits sociaux ! Un affrontement classe contre classe se prépare !

Un coup de force a eu lieu et continue d'avoir lieu dans le silence général contre le Code du travail. Malgré l’opposition unanime des syndicats, c’est la vengeance du patronat sur les droits acquis par la lutte dans l’unité au 20éme siècle, celles de 36, 45, 68…

Ce qui s’est passé le 7 mars dernier dans le silence général, est proprement inouï.

Un nouveau Code du Travail entièrement réécrit a été promulgué, en France, en Conseil des ministres et publié le 12  mars, applicable à partir du 30 septembre 2007 dans sa partie législative, et à partir du 1er janvier 2008 dans sa partie réglementaire.

Aucun grand journal, aucun média de masse, aucune télévision n’en a parlé.

Il n’y a eu aucun débat dans la campagne présidentielle sur ce sujet vital. Il paraît que c’est “trop technique” : alors qu’il s’agit de la vie intime, quotidienne de 16 millions de salariés du privé auxquels vont s’additionner les futurs « privatisés »....

La censure, récurrente depuis des mois, s’est exercée dans les comités de rédaction, contre les journalistes qui voulaient traiter le sujet (eh oui, ils sont aussi concernés).

C’était la première fois qu’une telle opération était réalisée depuis 130 ans qu’existent les premières lois importantes du travail. Même sous Pétain, ils ne l’avaient pas fait !  

Quand on le raconte aux collègues, il règne un scepticisme : comment cela a t il été possible ? En France ! Chez nous !

Qu’est ce que c’est que cette “histoire” direz-vous        

Réponse : « C’est une forme de « bordel antidémocratique » dirigé par les « souteneurs » du Medef … ! Un mensonge, NON, voilà la vérité, rien que la vérité » :

Hé bien, cela a commencé avec des “ordonnances” permettant aux gouvernements de MM. Raffarin puis Villepin de “simplifier des lois et textes administratifs” pour les “moderniser” afin de les rendre prétendument plus accessibles aux usagers. C’est la suite du projet commandé par Fillon en 2004, ficelé et présenté par le réactionnaire DRH de Renault et membre de l’exécutif du Medef, Davy de Virville (ce projet qui fût décortiqué et analysé par la CGT de Cegelec en 2005, se met en place et nous avions prévenu que cela allait être terrible…)  

Une commission a été mise en place le 16 février 2005 par Gérard Larcher : dirigée par cinq technocrates sous la houlette de Denis Combrexelle1, qui ont “re-codifiés” les 3851 articles du Code du Travail.

Cette commission a re-divisé les 9 livres en 8 livres et 38 chapitres, et re-numéroté toutes les lois, reclassé des lois en décrets, et supprimé des droits au passage.

1] Combrexelle est celui qui a signé la lettre de licenciement du syndicaliste CGT métallo, Serge PIEDPLAT, contre l’avis de l’ inspecteur et du directeur du travail du Pas de Calais, et ce  avec la complicité du Maire UMP de Bapaume, Médiateur de la République, ancien ministre, Jean-Paul Delevoye…  

Cette commission, complètement liée à l’UMP donc au Patronat (Médef-CGPME,UA…) a réécrit “à droits constants”, mais en touchant à des questions fondamentales, de plan, de concept, de droits concrets : par exemple la “durée du travail” qui était dans la partie “conditions de travail” est passée dans la partie “salaires” ! (la préparation du « travailler plus pour gagner plus » : slogan de campagne des Sarko-zis ! Et on ose nous dire qu’il y a séparation des pouvoirs)

Le sale boulot de cette commission antidémocratique devait, après les ordonnances d’août 2005, déboucher sur la promulgation du nouveau Code en mai-juin 2006. Mais De Villepin n’a pu tenir ce délai, défait comme il l’a été par la mobilisation contre le CPE. La date limite d’habilitation prévue par les ordonnances était le 31 octobre 2006...  

Alors, toujours masqués et dans une pseudo clandestinité réactionnaire, De Villepin et Larcher ont introduit un amendement de type “cavalier parlementaire” (article 57) dans la loi sur la “participation et l’intéressement” votée le 15 décembre 2006 et promulguée le 30 décembre 2006, permettant de reporter ce délai d’habilitation de 9 mois - soit du 1er janvier 2007 au 30 septembre 2007. (une cabale organisée pour tromper les électeurs : démocratie bananière !)

Le ministre Larcher a déclaré devant le Sénat le 29 janvier qu’il entendait promulguer le nouveau Code avant l’élection présidentielle. Silence. Larcher l’a répété le 6 février devant la Commission nationale des conventions collectives. L’opposition exprimée dans de nombreux textes et communiqués de tous les syndicats est unanime.  

[… Mais le blocus a et est encore orchestré dans les média et pas que dans les média ! Car comme dit plus haut, la CGT de Cegelec avait prévenu dés février 2005 dans son texte-analyse intitulé : « Du projet de Virville au projet de la Constitution Européenne, en passant par les directives européennes et la loi dite de « cohésion sociale » de Borloo » … Et pourtant! ...]

Et  ils osent enfin le faire : en Conseil des ministres le 7 mars ! Se moquant éperdument de la “concertation sociale”, de l’obligation légale de consulter les syndicats, du débat électoral en cours, de l’information des salariés et de leurs droits : ils passent en force, s’assurant de la censure médiatique de surcroît. Et aucun candidat n’en a rien dit,  pas même à gauche, et ce, en dépit que Ségolène Royal fut informée, alertée, et couverte de notes sur ce sujet  si décisif pour la vie intime, quotidienne de 16 millions de salariés du  privé, auxquels s’ajouteront rapidement les centaines de milliers de « privatisés » privés de leurs statuts historiques (Edf-Gdf, La Poste, Atos..)  

Le nouveau Code du Travail fait aussi entrer l’Inspection du Travail (indépendante) dans l’administration du travail. Ils ont déplacé l’apprentissage du chapitre contrat de travail à celui de la formation professionnelle, sachant que, par l’application de la « Loi Borloo de Cohésion sociale » dont le CPE faisait parti, le travail a été rendu possible à 14 ans, et qu’un enfant de 15 ans peut travailler de nuit et le dimanche : le travail de nuit pour les enfants de 16 ans avait été interdit depuis...1874. (Comme quoi le Napoléon IV élu en 2007 a bien remplacé le Napoléon III déchu en 1871, pourtant on nous avait dit que la CGT de Cegelec exagérait en parlant d’un retour à Germinal).

Ils ont préparé la place pour le contrat unique qui va permettre le licenciement simplifié type CNE, le licenciement au cas par cas étendu à tous et sans recours possible (Il faut le savoir, c’est la fin du CDI et peut être même des CDD). Ils ont déclassé des Lois et prévu des réglementations malléables sur des droits fondamentaux. (les Traités européens sont passés par là : Maastricht, Nice, Barcelone...). Tout cela a été analysé, disséqué par les syndicats et les professionnels du droit (conseillers prud’hommes, du salarié, avocats, juristes...). La jurisprudence va s’effondrer devant les articles re-numérotés et re-découpés… terrible encore, un travail de boucher ripoux antisocial !  

Les mauvais projets du gouvernement Sarkozy – Fillon - Médef and C°, contre le salariat, les travailleurs, les retraités, vont pouvoir s’imposer sans coup férir et sans perte de temps !

Tout en sachant que les Conventions Collectives Nationales et locales (Métallurgie) sont remises en cause secteur par secteur, afin de diviser encore plus les luttes et les unités qu’ils craignent avant tout. (n’ont-ils pas déjà modifié dangereusement les CCN des cadres et des Etam dans les TP)

 

LA BATAILLE VA ÊTRE RUDE ! LA PARADE : LA LUTTE et L’UNITE DE LUTTES ! Et le choix de son camp : celui des revendications ! Personne ne peut laisser un héritage social historique se briser, sans réagir !

19.06.2007

Législatives : la fin de l’état de grâce



Législatives : la fin de l’état de grâce<br>

Le deuxième tour des élections législatives a donné aux partis de droite une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Forts de leur contrôle de l’Elysée et du Parlement, l’UMP et ses alliés vont, dès le mois de juillet, engager de graves attaques contre les droits et les conditions de vie de la vaste majorité de la population : limitation du droit de grève, casse de l’université publique, mise en place de « franchises » médicales, etc. Avec une rapacité décuplée par la victoire de ses représentants, la classe capitaliste exigera de Sarkozy et du gouvernement Fillon qu’ils aillent vite et frappent fort.

Cependant, les résultats des élections de dimanche ont crevé le nuage d’euphorie sur lequel vivaient la droite et la classe dirigeante. Non seulement la « vague bleue » annoncée par tous les grands médias et instituts de sondages n’a pas déferlé, mais le deuxième tour indique une égalité de voix entre la droite et la gauche, les deux camps en cumulant chacun un peu plus de 10 millions. Au passage, on ne peut que savourer la défaite d’Alain Juppé, qui n’a même pas eu le temps de promener son arrogance dans tous les recoins de son « grand ministère ».

Tous ceux qui, depuis des semaines, nous assommaient de leurs conclusions sensationnelles sur « le niveau historiquement bas de la gauche, du jamais vu depuis le XIIe siècle avant Jésus-Christ, etc. » – vont devoir y réfléchir à deux fois. La théorie du « profond glissement de la société française vers la droite » est mort-née. Au lendemain de la victoire de Sarkozy, La Riposte écrivait : « Une élection est comme une photographie. Elle donne une image figée d’une société en mouvement, dans un contexte d’instabilité croissante. La conscience sociale, l’humeur des différentes classes sociales sont des choses extrêmement mobiles, fluides. » Le deuxième tour des législatives en est une illustration frappante, puisque le net redressement électoral de la gauche s’est effectué en l’espace d’une semaine.

Ces résultats apportent donc un clair démenti à l’idée, que la droite rabâche depuis l’élection de Sarkozy, selon laquelle « les Français approuvent largement le projet du président ». La vérité, c’est que Sarkozy a été élu sur la base d’une présentation démagogique de son programme, en l’absence d’une alternative crédible de la part du Parti Socialiste. Or, un mois à peine après la formation du gouvernement Fillon, le deuxième tour des législatives marque une première poussée de défiance de la jeunesse et des travailleurs. Pêchant sans doute par excès de confiance, la droite s’est aventurée, en pleine campagne électorale, à lever un peu le voile de démagogie qui recouvrait ses projets réactionnaires, annonçant notamment une augmentation de la TVA, ce qui se solderait par une baisse du pouvoir d’achat de la masse de la population.

La droite essaye de se consoler en considérant que « l’équilibre des forces », au Parlement, désamorcera la contestation sociale. Le Monde du 19 juin écrit : «  Avec une gauche dotée de 227 sièges, le Parlement sera, plus sûrement que la rue, le lieu de discussion des sujets qui fâchent. » Mais il n’en sera rien, car il n’y aura rien d’autre à « discuter », au Parlement, qu’une longue série d’attaques contre la jeunesse et le mouvement ouvrier. Ceux-ci n’auront pas d’autre choix, pour y faire face, que de reprendre le chemin de la lutte massive, comme ils l’ont fait à l’époque du CPE. Il est bien sûr impossible de déterminer à l’avance le rythme et l’ampleur exacts des mobilisations futures. Des flux et des reflux sont inévitables. Mais les perspectives générales nous semblent claires : la période à venir sera marquée par une énorme instabilité politique et sociale, et la crise du capitalisme français prépare les éléments de confrontations majeures entre les classes – confrontations au cours desquelles la gauche, si elle rejette les idées réformistes au profit d’un programme révolutionnaire, sera en position de mener les travailleurs au pouvoir et d’engager la transformation socialiste de la société.

 

La Riposte
Publication : lundi 18 juin 2007

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